La production de riz à faibles émissions, tremplin pour une agriculture verte et le marché du carbone

Des rizières familières émergent peu à peu de nouvelles pratiques : les agriculteurs s’initient aux notions de réduction des émissions et de crédits carbone. Chaque grain de riz devient l’emblème d’une agriculture verte, moderne et responsable face aux enjeux climatiques.

Récolte de riz de haute qualité à faibles émissions. Photo : Ta Quang/Laodong
Récolte de riz de haute qualité à faibles émissions. Photo : Ta Quang/Laodong

Hanoi (VNA) - Des rizières familières émergent peu à peu de nouvelles pratiques : les agriculteurs s’initient aux notions de réduction des émissions et de crédits carbone. Chaque grain de riz devient l’emblème d’une agriculture verte, moderne et responsable face aux enjeux climatiques.

Sous le soleil de juillet, dans les rizières de Kho Ngoai, hameau de Giang Trieu (commune de Ung Hoa, Hanoï), de jeunes pousses de riz grandissent selon des méthodes radicalement différentes de la culture traditionnelle. C’est ici qu’est expérimenté un modèle de riziculture à faibles émissions, adossé au mécanisme de crédits carbone — une étape pionnière dans la stratégie de Hanoï pour une agriculture verte, résiliente face au changement climatique.

Sur une parcelle pilote de 0,3 hectare, le modèle est déployé conjointement par le Comité populaire de la commune d’Ung Hoa, le Service de la culture et de la protection des végétaux de Hanoï, et la société Faeger Vietnam.

Il repose sur la technique d’irrigation alternée sèche-humide (SRI - AWD), qui permet de limiter les émissions de méthane (CH₄) et de protoxyde d’azote (N₂O), deux gaz à effet de serre majeurs générés par les rizières. Des prélèvements hebdomadaires sont effectués de juin à octobre 2025 pour mesurer et analyser les résultats en matière de réduction des émissions.

Déjà répandue à l’échelle mondiale, la méthode d’irrigation alternée AWD (Alternate Wetting and Drying – alternance de phases sèches et humides) montre, ces dernières années, une efficacité remarquable au Vietnam.

Combinée au système de riziculture intensifiée (SRI), elle permet aux plants de riz de mieux se développer, avec des racines plus robustes, tout en réduisant de 30 à 40 % les besoins en eau d’irrigation.

Fait notable, selon les experts de l’Institut des sciences hydrauliques du Vietnam, le méthane est principalement émis lors de la décomposition anaérobie dans les rizières inondées.

Le maintien d’un assèchement contrôlé des parcelles permet de limiter ce phénomène sans compromettre les rendements.

Selon les données explicatives du projet mené à Ung Hoa, la nouvelle méthode de culture permettrait de réduire d’environ 10 % les émissions de gaz à effet de serre, tout en économisant 30 % des coûts de production et en augmentant de 50 % le taux de rentabilité.

Plus important encore, les agriculteurs peuvent désormais accéder au marché des crédits carbone — un mécanisme jusqu’ici largement appliqué dans les secteurs de l’industrie et de l’énergie, et qui commence à s’étendre au domaine agricole.

Si la certification internationale est obtenue, les crédits carbone issus des rizières pourraient être vendus entre 50 et 60 dollars la tonne de CO₂.

La société Faeger Vietnam s’engage à reverser 40 % des recettes générées — soit l’équivalent de 20 à 25 dollars par tonne — aux agriculteurs et aux autorités locales, avec un paiement annuel effectué après la vérification des résultats.

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Modèle de riziculture à faibles émissions associé aux crédits carbone, mis en œuvre dans la commune d’Ung Hoa, Hanoï. Photo : Phung Luong/Baodautu

Nguyen Thanh Tung, représentant de la société Faeger, a déclaré : « Au-delà de l’assistance technique, nous accompagnons les agriculteurs dans l’exploration d’une nouvelle source de financement issue directement de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement.

Si le modèle est étendu à plus grande échelle, ces revenus pourront constituer une ressource durable pour réinvestir dans une agriculture verte. »

Si les résultats s’avèrent concluants, les autorités locales prévoient de mettre en place une feuille de route pour étendre progressivement le modèle, en transformant les zones de culture traditionnelles en surfaces agricoles à faibles émissions adossées au mécanisme des crédits carbone.

Lors de la COP26, le Vietnam a pris l’engagement fort d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

Dans cette trajectoire, l’agriculture — deuxième secteur le plus émetteur du pays — figure parmi les priorités majeures de la transition.

Nguyen Tien Thiet, secrétaire du Comité du Parti de la commune d’Ung Hoa, a confié : « Ung Hoa, l’un des pôles agricoles majeurs de la capitale, se situe dans la ceinture verte et bénéficie d’un fort potentiel de production. Mais pour assurer un développement durable, il ne suffit plus de viser uniquement la quantité. Ce modèle constitue une étape pilote déterminante, avant d’envisager son déploiement à plus grande échelle sur les vastes rizières de la région. »

Selon les données du ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, la riziculture représente environ 75 à 80 % des émissions totales de méthane du secteur agricole.

L’extension des modèles de culture à faibles émissions, en particulier dans les grandes régions rizicoles comme le delta du fleuve Rouge, pourrait jouer un rôle clé dans la concrétisation des objectifs nationaux en matière de neutralité carbone.

Au Vietnam, plusieurs entreprises commencent à tester des modèles de décarbonation appliqués aux plantations forestières, au café ou au poivre durable.

La filière rizicole, quant à lui, en est encore à ses débuts. S’il parvient à être rapidement structuré et certifié, le Vietnam pourrait devenir l’un des pays pionniers de l’ASEAN dans l’exportation de crédits carbone issus de l’agriculture.

Encore modeste par son envergure, le modèle lancé à Ung Hoa véhicule pourtant un message puissant : les agriculteurs vietnamiens ont les capacités d’adopter des technologies de pointe, de prendre part au marché des crédits carbone et de s’inscrire pleinement dans la dynamique du développement durable à l’échelle mondiale.

Pour permettre la généralisation du modèle, les experts recommandent l’élaboration d’une stratégie nationale sur les crédits carbone dans le secteur agricole, l’adoption de normes techniques pour la mesure des émissions, la mise en place d’un système de vérification transparent, ainsi que la création d’un mécanisme de répartition équitable des bénéfices entre entreprises, agriculteurs et collectivités locales. – NDEL/VNA

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