Une fête printanière populaire

Le dixième jour de la deuxième lune en 1994, en compagnie d’amis vietnamiens et suédois, j’ai assisté à une des fêtes printanières de village qui font le charme du delta du fleuve Rouge.

Hanoï (VNA) - Le dixième jour de la deuxième lune en 1994, en compagnie d’amis vietnamiens et suédois, j’ai assisté à une des fêtes printanières de village qui font le charme du delta du fleuve Rouge, prolongeant de plusieurs mois l’atmosphère d’allégresse populaire du Têt.

Une fête printanière populaire ảnh 1La fête traditionnelle du village de Da Hoà se tient chaque année du 10e au 12e jour du 2e mois lunaire pour rendre hommage à Chu Dông Tu. Photo : CTV/CVN

Passé le pont Chuong Duong, notre Toyota tourne à droite et suit la digue du fleuve Rouge en aval. De Hanoï au village de Da Hoà (district de Khoai Châu, province de Hung Yên, Nord), la distance est d’une vingtaine de kilomètres. Le dernier tronçon sillonné d’ornières nous fait goûter une véritable danse de Saint-Guy.

Les pétarades lointaines annoncent que la fête bat son plein. Les bannières carrées aux couleurs des Cinq éléments cosmiques nous accueillent. Les abords du temple de Chu Dông Tu où se serrent des tentes et des étals improvisés qui vendent victuailles et objets cultuels, sont envahis par une foule bigarrée: femmes d’un certain âge en turban et en robe jaune apportant l’encens et d’autres offrandes, jeunes filles vêtues de blanc pour la danse sacrée, vieillards à longue barbiche en costume traditionnel, petits pionniers au foulard rouge exécutant la danse des bambous ou jouant à la balançoire... La jeunesse est en jean et en T-shirt, signe des temps. Les tams-tams et les gongs résonnent.

Toute fête villageoise comprend deux parties : liturgie (lễ), réjouissances (hội) qui se mêlent souvent. Le rituel de l’eau qui a lieu après le Têt ne manque pas de pittoresque. C’est une pratique courante de nombreux villages de la plaine et de la Moyenne Région : les planteurs de riz aquatique invoquent le Ciel pour avoir assez de pluies fertilisantes. À Da Hòa, des centaines d’officiants s’amassent sur les berges du fleuve Rouge, formant une procession imposante. La foule descend dans des dizaines de grandes barques à fond plat qui gagnent le milieu du fleuve. Un vieillard choisi pour son âge respectable et pour sa vertu irréprochable se penche sur les vagues pour puiser de l’eau avec une écope laquée rouge, eau qu’il déverse dans un beau vase en porcelaine, eau employée dans les sacrifices et les ablutions de saintes statues.

Histoire d’amour entre pêcheur et princesse

J ai mentionné le nom de Chu Dông Tu, héros d’un mythe né sans doute à l’aube de notre histoire, pendant le premier millénaire avant J.-C. Un des Quatre Immortels de la mythologie essentiellement vietnamienne, il était un pauvre pêcheur qui n avait rien pour se couvrir le corps. La princesse un jour fit amarrer sa barque sur la berge du fleuve pour prendre un bain ; en versant l’eau sur son corps, elle mit à nu le jeune homme qui s’était blotti dans le sable. Contre la volonté de son père, elle l’épousa.

Une fête printanière populaire ảnh 2Le temple de Da Hoà dans le village éponyme dans le district de Khoai Châu, province de Hung Yên. Photo : ND/CVN

Après avoir fait du commerce pour vivre, ils apprirent l’art de l’immortalité et regagnèrent le Ciel. En une nuit, leur palais terrestre se volatilisa, ne laissant plus qu’un étang baptisé Dâm Da Trach (Étang d’une nuit). Cette légende est intéressante à plusieurs niveaux. Elle prône un comportement pré-confucéen, avant l’adoption de l’éthique rigoriste chinoise : hymne de l’amour charnel, reconnaissance de l’amour libre conçu hors de l’autorité paternelle et de la séparation des castes et des classes, désobéissance au monarque Fils du Ciel.

Il y a de nombreux temples dédiés à Chu Dông Tu. Celui que nous visitons à Châu Xa est le plus important. Bâti en 1894 sur une haute étendue de terre au bord du fleuve, il occupe une superficie de 18.720 m2. Par ses dimensions, sa verdure et l’agencement des 18 toits symbolisant les 18 rois senti légendaires Hùng Vuong et les 18 ans de la princesse, il soutien la comparaison avec le Temple de la Littérature (Van Miêu) de Hanoï.

Le maître d’œuvre de ce joyau architectural  fut Chu Manh Trinh (1862-1905), mandarin mais surtout lettré dilettante qui s’est distingué par ses poèmes inspirés du Truyên Kiêu (Histoire de Kiêu) du poète Nguyên Du (1766-1820). -CVN/VNA

Voir plus

La Résolution 80 définit une nouvelle vision pour une stratégie de développement culturel durable

La Résolution 80 définit une nouvelle vision pour une stratégie de développement culturel durable

« La Résolution n°80 a été adoptée à un moment particulièrement opportun, alors que le pays entre dans une nouvelle étape de son développement national. À l’ère de l’essor de la nation, cette résolution a posé un nouveau cadre idéologique, au sein duquel la culture est appelée à jouer de toute urgence un rôle transversal, en soutien à la science et à la technologie, à l’intégration internationale, à l’innovation, à la réforme institutionnelle, au développement de l’économie privée, ainsi qu’aux secteurs de l’éducation et de la santé.

L’ambassadrice Nguyên Thi Vân Anh, cheffe de la délégation permanente du Vietnam auprès de l’UNESCO lors de la 19e session du Comité intergouvernemental pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Photo diffusée par la VNA

Le Vietnam défend la mise en œuvre du traitement préférentiel pour les pays en développement

L’ambassadrice Nguyên Thi Vân Anh, cheffe de la délégation permanente du Vietnam auprès de l’UNESCO, a proposé de mettre l’accent sur le renforcement des capacités, le partage d’expériences, le renforcement de la coopération internationale et la mise en œuvre des recommandations adoptées en ce qui concerne l’article 16 de la Convention sur le «traitement préférentiel pour les pays en développement».

Quand une enveloppe rouge dit bien plus que de l’argent

Quand une enveloppe rouge dit bien plus que de l’argent

Coutume ancienne apparue en Asie, les étrennes du Têt incarnent des vœux de paix, de chance et de prospérité pour la nouvelle année. Si les formes ont évolué avec le temps et le numérique, cette tradition demeure un symbole indissociable du Têt traditionnel vietnamien.

Des femmes khmères de la commune d’An Cư, province d’An Giang, s’emploient à préserver et à valoriser le métier traditionnel de tissage de brocart de leur communauté. Photo : VNA

An Giang : le brocart khmer, un patrimoine vivant au service du tourisme culturel

Au pied de la chaîne des Sept Monts, le village de tissage de brocart khmer de Van Giao, province d’An Giang, illustre une dynamique réussie de valorisation du patrimoine culturel associée au développement du tourisme communautaire, contribuant à créer des moyens de subsistance durables et à promouvoir l’identité culturelle des minorités ethniques du Vietnam.

Le Têt traditionnel – Identité culturelle des Vietnamiens

Le Têt traditionnel – Identité culturelle des Vietnamiens

Le « Têt Nguyên Dan », également connu sous le nom de fête du Nouvel An lunaire ou plus simplement « Têt », est la célébration la plus significative et la plus attendue du calendrier vietnamien. Il s’agit de la fête à ne pas manquer, où chaque détail des préparatifs est soigneusement exécuté selon des rituels transmis de génération en génération.
Le Têt symbolise le début d’une nouvelle année, et les événements qui se produisent ce jour-là sont traditionnellement considérés comme annonciateurs des fortunes et des défis pour les mois à venir.

Les us et coutumes du Têt vietnamien

Les us et coutumes du Têt vietnamien

Pour les Vietnamiens, le Nouvel An lunaire est la plus grande et la plus attrayante de toutes les fêtes. De nombreux us et coutumes sont transmis de génération en génération.

Huynh Công Ly (chemise blanche) et sa famille perpétuent la tradition d’ériger le mât rituel depuis plus de 50 ans. Photo : CVN

Le gardien du cây nêu dans le Delta du Mékong

Dans le Delta du Mékong, la famille de Huynh Công Ly perpétue depuis plus d’un demi-siècle la tradition d’ériger le cây nêu, perche rituelle du Têt, symbole ancestral chargé de sens spirituel et culturel.