Les marionnettes de Bao Hà : une histoire qui ne tient plus qu’à un fil

Depuis cinq siècles, les artistes amateurs du village de Bao Hà, ville de Hai Phong, ont su préserver l’art des marionnettes de leurs ancêtres. Des techniques et un savoir-faire uniques.

Hai Phong (VNA) - Depuis cinq siècles, les artistes amateurs du village de Bao Hà, ville de Hai Phong, ont su préserver l’art des marionnettes de leurs ancêtres. Des techniques et un savoir-faire uniques, qui essaient aujourd’hui de garder leur place dans la culture locale et nationale.

Les marionnettes de Bao Hà : une histoire qui ne tient plus qu’à un fil ảnh 1Une scène dans le numéro Dôi ngoc luu ly (Deux pierres précieuses). Photo : Van Anh/CVN

Un matin ensoleillé. Le siège de la Coopérative des produits artisanaux du village de Bao Hà, commune de Dông Minh, district de Vinh Bao, ville de Hai Phong (Nord), devient particulièrement animé. Le son tumultueux des tambours et les airs de chèo (théâtre populaire) poussent les villageois, notamment les plus jeunes, et les touristes à venir assister au spectacle de la Troupe de marionnettes. Vers 10h 00, le spectacle commence. Sur scène, un dragon, une licorne, une tortue et un phénix, les légendaires animaux du folklore vietnamien, dansent et exhibent leur force par des mouvements des plus harmonieux.

Ce dernier est suivi par le numéro intitulé Dôi ngoc luu ly (Deux pierres précieuses), et qui compte de nombreux personnages : une vieille mère malade, une belle-fille très pieuse envers sa belle-mère, un démon méchant et cruel, ou encore une fée généreuse. Chacun a un visage caractéristique, recréant tantôt la tristesse, l’angoisse, la pitié, la colère ou la joie. Une longue et émouvante histoire interprétée par les mains habiles des artistes non professionnels locaux.

L’histoire des marionnettes de Bao Hà remonte à bien longtemps. Selon les villageois, le fondateur serait un certain Nguyên Công Huê. Au XVe siècle, alors que les Chinois dominaient le Vietnam, de nombreux jeunes vietnamiens ont été déracinés pour aller travailler en Chine. Et le jeune Nguyên Công Huê, de Bao Hà, était l’un d’entre eux. Après plus de dix ans passés en dehors de son pays natal, il est revenu en emportant avec lui les secrets de la sculpture sur bois et de la laque. Il a choisi d’initier les villageois à ces techniques, et ces dernières ont jeté les bases pour développer les métiers liés aux marionnettes. Depuis, ce savoir transmis de génération en génération a permis aux paysans de s’offrir des moments de détente précieux après leurs heures passées à travailler dans les champs.

Confier son âme dans les marionnettes

Aujourd’hui, la Troupe de marionnettes du village de Bao Hà regroupe une vingtaine d’artistes amateurs. Le plus jeune a 21 ans et le plus vieux, plus de 80 ans. «Tous partagent une grande passion pour les marionnettes, cet art traditionnel du village», souligne Nguyên Van Tuom, un des artistes. Et d’ajouter que malheureusement ils ne gagnent pas leur vie de ces spectacles. «Être joueur de marionnettes n’est qu’un métier secondaire, un métier de plaisir. Nous sommes principalement paysans, sculpteurs et ouvriers d’usines», explique-t-il.

Les marionnettes de Bao Hà : une histoire qui ne tient plus qu’à un fil ảnh 2 Les artistes présentent à des touristes l’art des marionnettes de leurs ancêtres. Photo : Van Anh/CVN

Nguyên Van Tuom ne cache pas sa fierté, car cette «art» requiert une habileté rare. Les marionnettes sont composées de trois bâtonnets bien cachés dans leurs costumes. Les marionnettistes gagnent ainsi en mobilité, et donnent plus de vie aux scènes. «Ce n’est cependant pas si simple. Il faut avoir une bonne dextérité», remarque Marie Rumignani, une spectatrice venue de Suisse. Et d’insister sur le fait qu’il est «difficile d’arriver à recréer des expressions et émotions, et de créer un lien entre les marionnettes et le public». Pour Duong Dang, un autre visiteur de Hanoï, chaque personnage a des critères pour ses mouvements.

Les artistes de la Troupe de marionnettes du village de Bao Hà sont très doués. Chacun est capable de gérer les différentes marionnettes. «J’ai intégré la troupe il y a une vingtaine d’années. J’aime bien cet art et souhaite préserver le métier traditionnel. J’ai tout appris en observant les prédécesseurs, et je n’ai suivi aucune autre formation», confie Nguyên Thi Oanh, 46 ans.

La fabrication des marionnettes demande aux artisans de redoubler d’efforts. «Outre la passion pour le métier, ils doivent avoir un sens esthétique», affirme Nguyên Van Tuom, l’un des meilleurs sculpteurs de marionnettes du district de Vinh Bao. «Chaque marionnette a un aspect précis. Les génies doivent avoir les jeux vifs et de longues moustaches, et pour le monstre, une tête ébouriffée, et de gros yeux. Les costumes doivent également respecter des critères», explique le sculpteur. «La fabrication des marionnettes est minutieuse. Les artisans confient leur âme dans chaque étape. Les marionnettes manifestent le sens esthétique et le talent des artisans», conclut-il. -CVN/VNA

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