Transformation numérique et durabilité : les nouveaux leviers de l’aquaculture vietnamienne

Selon l’Association des exportateurs et producteurs de produits aquatiques du Vietnam (VASEP), les exportations nationales de produits de la mer connaissent une forte reprise. Au cours des neuf premiers mois de l’année, elles ont dépassé 8,3 milliards de dollars.

Transformation des produits aquatiques pour l'exportation. Photo: VNA
Transformation des produits aquatiques pour l'exportation. Photo: VNA

Hô Chi Minh-Ville (VNA) – Selon l’Association des exportateurs et producteurs de produits aquatiques du Vietnam (VASEP), les exportations nationales de produits de la mer connaissent une forte reprise. Au cours des neuf premiers mois de l’année, elles ont dépassé 8,3 milliards de dollars, et devraient atteindre près de 11 milliards sur l’ensemble de l’année — un niveau inédit depuis trois ans.

La région du Delta du Mékong joue un rôle clé dans cette dynamique, notamment les provinces de Cân Tho, Cà Mau et An Giang, qui intensifient l’application de technologies de pointe et la transformation numérique dans l’élevage et la transformation, afin de promouvoir une production durable et « verte ».

À Cân Tho, les autorités locales ont classé la filière aquacole comme secteur économique prioritaire. La crevetticulture d’eau saumâtre constitue l’axe central des exportations. Entre 2015 et 2024, la production est passée de 90 000 à près de 233 000 tonnes, soit une croissance annuelle moyenne de plus de 11 %. Pour 2025, l’objectif est fixé à 229 700 tonnes de crevettes, avec un chiffre d’affaires à l’exportation supérieur à 1 milliard de dollars.

Pour y parvenir, la ville a déployé de nombreux modèles de crevetticulture à haute technologie : bassins équipés de bâches multicouches, système « semi-biofloc », dispositifs de surveillance automatique de l’environnement, mécanisation intégrale de l’élevage — de la remise en état du bassin à la récolte.

Fin 2024, la superficie de culture équipée de bâches atteignait près de 8 700 ha, soit une progression de 12 % en glissement annuel. Par ailleurs, plus de 7 500 numéros d’identification de zones d’élevage ont été délivrés pour garantir la traçabilité des produits destinés à l’exportation.

L’accent est aussi mis sur la numérisation des processus de transformation et de distribution, formant une chaîne de valeur intégrée de la production à la consommation.

Selon Vu Tuân Cuong, directeur du Centre d’essai, d’analyse et de certification de l’aquaculture, « la filière enregistrera une croissance positive cette année malgré un contexte économique mondial incertain.

Le Vietnam dispose non seulement d’atouts naturels, mais également de capacités croissantes en transformation, en technologie et en valeur ajoutée. L’objectif d’exportation de 10,5 à 11 milliards de dollars paraît parfaitement réalisable. »

À la fin du troisième trimestre 2025, les exportations aquacoles nationales s’élevaient à environ 8,33 milliards de dollars, en hausse de 15,5 % par rapport à la même période de l’an dernier. Parmi elles, la crevette représente plus de 40 % du total, soit 3,36 milliards de dollars, portée par un regain de demande sur les marchés américain, européen, japonais et sud-coréen.

Dans la province de Cà Mau — issue de la fusion administrative avec Bạc Liêu —, la superficie d’élevage de crevettes dépasse 427 000 ha, la plus vaste du pays.

Pour 2025, le chiffre d’affaires à l’exportation est estimé à 2,43 milliards de dollars, soit une hausse de 7 % par rapport à 2024. D’ici 2030, la province vise un niveau d’exportation stable de 2,4 milliards de dollars par an et se restructure vers des élevages certifiés aux normes internationales (ASC, BAP, GlobalGAP), la crevette biologique et la numérisation intégrale des procédés.

Un représentant d’entreprise locale souligne que la crevette de Cà Mau bénéficie d’un avantage compétitif grâce à sa qualité et à sa forte valeur ajoutée.

Toutefois, la filière fait face à des défis importants : les maladies, les coûts de production plus élevés que ceux de pays comme l’Inde ou l’Équateur. Le renforcement des infrastructures d’élevage et des technologies de transformation en profondeur est indispensable pour maintenir cette position.

Au-delà de la crevette, Cà Mau développe également la filière du crabe — surnommé « l’or vert » — avec environ 260 000 ha de culture combinée crevette-crabe-poisson-riz, produisant plus de 31 000 tonnes par an. Des coopératives locales, comme celle de Cái Bát (commune de Tân Hưng), ont obtenu la certification ASC, mis en place la production biologique et assuré la traçabilité des produits.

Selon Nguyên Chi Thiên, directeur du Département de l’Industrie et du Commerce de Cà Mau, la province compte également plus de 26 projets d’énergie éolienne en mer approuvés, dont 14 déjà en exploitation, pour une capacité totale de près de 700 MW.

Parallèlement à l’aquaculture, Cà Mau s’affirme ainsi comme un futur pôle énergétique du Delta du Mékong — une stratégie déterminante pour un développement durable. Dans un contexte de changement climatique, de salinisation et de durcissement des barrières techniques, les experts estiment que la transition vers des modèles d’élevage « intelligents » et respectueux de l’environnement est devenue vitale.

Nguyên Hoai Nam, secrétaire général de la VASEP, souligne que l’industrie aquacole vietnamienne doit accélérer la digitalisation des chaînes logistiques, renforcer la traçabilité des matières premières et garantir une transparence totale afin de conserver la confiance des grands marchés d’importation.

Cela constitue également la voie pour permettre au Vietnam de sortir de la surveillance liée à la pêche INN (illégale, non déclarée et non réglementée) et d’améliorer sa position internationale.

Pour l’avenir, Cà Mau et les autres provinces du Delta du Mékong poursuivent leurs efforts de coopération régionale, d’investissement dans les infrastructures logistiques, de transformation avancée et de recherche de nouvelles souches génétiques, afin d’asseoir les bases d’un secteur aquacole durable.

Avec détermination et une stratégie bien calibrée, cette région s’affirme comme la « capitale aquacole » du Vietnam et contribue à propulser les exportations nationales vers de nouveaux sommets. -VNA

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