L’image du tigre dans l’estampe populaire de Hàng Trông

Le Seigneur Trente, nom que les Vietnamiens donnent au tigre, est souvent présent dans les salles de culte, maisons communes, pagodes et temples à travers sa représentation sur les estampes de Hàng Trông.

Hanoï (VNA) - Le Seigneur Trente, nom que les Vietnamiens donnent au tigre, est souvent présent dans les salles de culte, maisons communes, pagodes et temples à travers sa représentation sur les estampes populaires de Hàng Trông.

L’image du tigre dans l’estampe populaire de Hàng Trông ảnh 1"Cinq tigres", l’une des œuvres célèbres de l’estampe populaire de Hàng Trông.

Dans l’estampe populaire de Hàng Trông (Hanoï), les images de cinq tigres sont équilibrées sur le papier. Chacun est représenté différemment. L’un se tient debout, l’autre est assis, l’autre chevauche les nuages... Pour insuffler de l’âme à l’estampe, l’artisan accorde une attention particulière à la combinaison des couleurs. Cinq tigres est d’abord créé par l’impression de traits noirs, puis l’artisan utilise un pinceau pour le colorer.

La peinture converge cinq couleurs symbolisant les cinq Éléments du cosmos (Ngu hành) : Bois, Métal, Feu, Eau, Terre, correspondant aux cinq tigres. Assis majestueusement au milieu de l’estampe se trouve un tigre jaune, entouré de quatre autres de quatre couleurs différentes (rouge, bleu, blanc et noir).

"Les estampes populaires de Hàng Trông sont beaucoup utilisées à l’occasion du Nouvel An lunaire, notamment celle des cinq tigres. Dans le culte Dao Mâu (culte des Déesses-Mères), la représentation des cinq tigres signifie les cinq directions (Est/Bois, Ouest/Métal, Sud/Feu, Nord/Eau, Centre/Terre). Actuellement, dans les belles maisons modernes et spacieuses, on l’utilise pour le culte mais aussi pour la décoration intérieure", explique l’artisan Lê Dinh Nghiên. 
 
Il souligne : "Dans le folklore, on stylise la queue, le visage et la posture assise du tigre, de sorte que l’image de l’animal sur la peinture n’a pas les caractéristiques du vrai tigre. C’est aussi grâce à l’ingéniosité et la sophistication de nos ancêtres artisans que cette estampe a pu survivre jusqu’à nos jours".

Cinq tigres, cinq éléments du cosmos

L’estampe populaire de Hàng Trông est l’une des lignes d’estampes populaires uniques, cristallisant des valeurs esthétiques, spirituelles et religieuses de Hanoï d’antan. Il serait né au XVIe siècle, résultat de la rencontre entre le bouddhisme et le confucianisme.

La raison pour laquelle on les appelle les "estampes de Hàng Trông" vient du fait que ces peintures sont produites et vendues dans les rues Hàng Non, Hàng Hom, Hàng Quat, Hàng Trông (Hanoï). Mais celles qui requirent le plus d’attention au fil du temps furent celles de Hàng Trông. 

À leur apogée, entre la fin du XIXe et début du XXe siècles, ces estampes étaient indispensables aux Hanoïens, en tout cas à l’occasion du Nouvel An lunaire, lorsque toutes les familles les arboraient avec fierté dans leurs maisons, sur l’autel des ancêtres.

Les estampes de Hàng Trông sont présentes dans le temple, le sanctuaire, dans certaines collections privées les plus précieuses et dans les musées de nombreux pays sur tous les continents. Au fil du temps, leurs thèmes se sont diversifiés. On peut néanmoins les diviser en deux catégories principales selon leur utilisation : les estampes de culte et celle de la décoration, notamment du Têt.

"Pour autant que je sache, il y a encore quelques œuvres datant de 300 à 400 ans, conservées dans quelques temples et pagodes. Les estampes de Hàng Trông sont des peintures sur papier, elles s’abîment donc facilement avec le temps. La guerre, le climat humide et les épidémies ont emportées la plupart d’entre elles malheureusement, partage Nghiên. Chacune de ces estampes aborde un thème particulier. Comme dans les peintures du Têt, les thèmes principaux sont le paon ; le poisson ; les félicitations ; les trois génies Phuc-Lôc-Tho (Bonheur-Prospérité-Longévité) ; la famille heureuse, ; les quatre plantes (tu quy) représentant les quatre saisons : abricotier, pin, chrysanthème, bambou ; les quatre femmes qui jouent des instruments musicaux et chantent exprimant le désir d’air joyeux dans la maison".  

Dans ces tableaux, on trouve six couleurs principales : bleu, rouge, orange, jaune, noir et blanc. Mais avec leur virtuosité, les artisans ont su créer un monde à la fois brillant, contrasté, mais aussi très majestueux. En particulier, les créations de Hàng Trông sont prisées pour leurs messages philosophiques et servent à souhaiter paix et bonheur. 

Le dernier gardien

"Le principe de l’imagerie populaire de Hàng Trông est d’utiliser des couleurs vives avec peu de mélange. Dans les œuvres de culte, les couleurs montrent la majesté, le yin et le yang, les couleurs chaudes côtoyant les couleurs froides", souligne Nghiên.

Toujours selon Nghiên, la fabrication dépend du type d’estampe. Il y a des peintures qui peuvent prendre jusqu’à 15 jours de travail. Pour les estampes gravées sur bois, la fabrication est divisée en deux étapes : l’impression à partir de la planche en bois, le contre-collage du papier. Certaines estampes nécessitent une seule couche de papier, d’autres deux ou trois. Il faut attendre que la colle sèche pour dessiner des couleurs supplémentaires. Pour les estampes non gravées, l’artisan esquisse l’idée pour sa clientèle puis dessine des images détaillées.

L’image du tigre dans l’estampe populaire de Hàng Trông ảnh 2Lê Dinh Nghiên, né en 1950 (année du Tigre), le dernier gardien des estampes populaires de Hàng Trông. Photo : CVN/VNA

Lê Dinh Nghiên, né en 1950 (année du Tigre), est l’un des artistes emblématiques de cet art typiquement hanoïen. Il est la 3e génération d’une famille de peintres dans le village de Binh Vong, district de Thuong Tin (province de Hà Tây, actuellement en banlieue de Hanoï). Son grand-père est Lê Xuân Quê et son père Lê Dinh Liêu. Parmi ses six frères et sœurs, Nghiên est le seul à avoir choisi de perpétuer cette tradition familiale. C’est en regardant son père dessiner dans la rue, quand il avait dix ans, qu’il a noué un attachement particulier pour les estampes. En 1972, à 22 ans, le Musée des beaux-arts du Vietnam lui propose de reproduire les estampes les plus anciennes et les plus rares.  

"Je suis resté travailler pendant  40 ans au Musée des beaux-arts du Vietnam et pendant tout ce temps je suis resté fidèle aux principes de combinaison des couleurs laissés par les ancêtres. J’essaie de conserver ce principe, puis je l’améliore pour rendre l’image plus belle, plus juste".

Lê Dinh Nghiên s’est vu décerner en 2004 le titre d’"Artisan de Hanoï" par le Comité populaire municipal. En 2015, il a reçu celui d’"Artisan Émérite".

À la différence des estampes de Dông Hô qui sont obtenues grâce à l’impression de plusieurs couches de couleurs avant l’impression des traits, celles de Hàng Trông utilisent à la fois des techniques d’impression et de dessin.

"Les peintures de Hàng Trông utilisent le style de la calligraphie, plus concrètement être dessinées avec un pinceau. Ces œuvres ne sont pas limitées par la taille. Avoir des mains habiles, une haute expertise rendra assurément de beaux traits, de belles images", confie l’artisan.   

Il ajoute : "L’artisan doit être calme et ne pas faire trembler sa main lors qu’il dessine.  Dessiner sur papier n’est pas comme sur d’autres matériaux, il ne peut pas être effacé. Si l’artisan tremble, l’image sera endommagée".

Parmi les œuvres uniques des estampes populaires de Hàng Trông, il est impossible de ne pas mentionner celles de tigres dans la catégorie de culte. En particulier, Cinq tigres a obtenu de grandes valeurs des arts plastiques. Cela transforme la peinture de culte en une œuvre d’art de haute valeur. -CVN/VNA

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