Quand les artistes se réapproprient une mémoire oubliée

L’insertion d’éléments de la culture traditionnelle devient une tendance parmi les jeunes artistes, permettant d’insuffler un nouveau vent de créativité.
Quand les artistes se réapproprient une mémoire oubliée ảnh 1L’imagerie populaire utilisée à des fins décoratives pour les abat-jour. Photo: CVN/VNA

Hanoï (VNA) - L’insertion d’éléments de la culture traditionnelle devient une tendance parmi les jeunes artistes, permettant d’insuffler un nouveau vent de créativité et de dépoussiérer des savoir-faire qui sont appelés à connaître une deuxième jeunesse.

Créées il y a plus de 400 ans, les estampes populaires de Hàng Trông étaient exclusivement destinées au culte ou à la décoration.

À leur apogée, elles étaient indispensables aux Hanoïens, surtout à l’occasion du Nouvel An lunaire, lorsque toutes les familles les arboraient avec fierté dans leurs maisons, sur l’autel des ancêtres.

Vers le début du XXe siècle, elles se sont diversifiées pour aborder des thèmes de la vie quotidienne ou des contes populaires. Mais ces dernières années, leur production comme leur vente ont peu à peu décliné. Aujourd’hui, on ne voit des estampes de Hàng Trông que dans les musées.

Afin de réveiller cet art, un groupe d’étudiants spécialisés en soie et en son mài (laque poncée) de l’École supérieure des beaux-arts du Vietnam a réalisé début 2021 une exposition intitulée "Tu truyên thông toi truyên thông" (De la tradition à la tradition) dans la maison communale de Nam Huong, rue de Hàng Trông, à Hanoï. La manifestation avait pour but de mettre en valeur l’art populaire via des laques poncées inspirées des estampes de Hàng Trông.

Les visiteurs ont pu admirer une œuvre inspirée de Cô Ba (Madame Ba), l’une des estampes de Hàng Trông les plus connues. Ainsi, une Cô Ba datant de plusieurs centaines d’années était présentée à côté d’une nouvelle Cô Ba en laque poncée. Cela a permis au public de se plonger dans l’histoire de cet art tout en reconnaissant le talent des jeunes artistes contemporains. Le message que voulaient en effet faire passer les jeunes était celui-ci : l’art actuel et contemporain peut faire revivre la culture traditionnelle, tout en le prolongeant.

Il semble que la redécouverte des savoir-faire ancestraux soit d’actualité, comme en témoigne différentes activités organisées par le Centre d’activités culturelles et scientifiques de Van Miêu. Cet établissement est en effet à l’origine de plusieurs évènements permettant au public de découvrir et de s’essayer à la fabrication d’œuvres artistiques et de cadeaux-souvenirs selon des méthodes artisanales traditionnelles.

"Nous créons des objets comme des stylos, des carnets, des horloges. Sur lesquels sont imprimées ou gravées des images du Temple de la Littérature (Van Miêu-Quôc Tu Giam) du passé, telles que les candidats passant des examens, des motifs typiques d’ouvrages architecturaux de Van Miêu…", déclare le directeur du Centre, Lê Xuân Kiêu.

L’empreinte vietnamienne

Depuis une dizaine d’années, artistes, créateurs et fabricants mettent l’accent sur l’insertion de détails de la culture nationale dans leurs créations.

L’exploitation du patrimoine, de la culture traditionnelle commence simplement par l’utilisation de matériaux locaux ou par l’application de connaissances et techniques de certains artisans afin de fabriquer des produits à la fois contemporains et classiques.

"Le Vietnam compte 54 ethnies. Il s’agit d’un véritable trésor culturel inestimable, qui nous fournit une inspiration infinie, nous permettant de créer des produits uniques en combinant d’anciennes techniques et des matériaux modernes. C’est ainsi que nous préservons la diversité de la culture traditionnelle du pays", affirme le vice-président et secrétaire général de l’Association des exportateurs de produits d’art et d’artisanat du Vietnam (VIETCRAFT), Lê Ba Ngoc.

Selon la co-fondatrice de Collective Son Son (un groupe de designers), Trân Thao Miên, l’empreinte vietnamienne est présente dans les images de lion, dragon, phénix qui existent partout dans la littérature, la poésie, l’architecture.

"Nous trouvons dans ces images tout le charme de l’esthétique vietnamienne. Ainsi, nous les insérons dans nos créations afin de refléter l’harmonie entre la nature et l’homme. Nos produits tels que paravent, tableau, table en bronze sont aussi inspirés des matériaux et détails de la culture des ethnies minoritaires des régions montagneuses", indique Trân Thao Miên.

Transmission entre générations

La tradition se réalise dans la transmission de génération en génération. Des artisans chevronnés tiennent dans leur main des savoir-faire précieux que les jeunes se doivent aujourd’hui d’apprendre.

"Les activités d’échanges, de formation, de partage entre les personnes âgées et les jeunes doivent être renforcées. En apprenant des techniques ancestrales, les jeunes peuvent combiner ces savoir-faire avec leur technique et leur imagination modernes", souligne M. Ngoc.

Tu Phuong Thao, directrice de la compagnie Sadec District, spécialisée dans la fabrication d’objets de décoration, fait savoir que les jeunes générations s’imprègnent rapidement de nouvelles tendances artistiques du monde. Selon elle, leur réappropriation des arts ancestraux permet de se distinguer sur le marché et de valoriser "la nation vietnamienne". Mais pour ce faire, les jeunes doivent comprendre profondément la culture et les traditions du Vietnam pour les faire entrer dans leurs œuvres.

La culture traditionnelle est ainsi une ressource inépuisable pour la créativité de la nouvelle génération d’artistes. Cette réappropriation moderne permettra également à la culture nationale de vivre et de se réinventer en permanence.-CVN/VNA

Voir plus

La fête du nouveau riz de l’ethnie Muong. Photo. VNA

Cinq nouveaux patrimoines culturels immatériels nationaux reconnus au Vietnam

Le savoir-faire lié à la culture et à la transformation du longane de Hung Yen, la fête du nouveau riz de l’ethnie Muong, le mariage traditionnel de l’ethnie Muongprovince de Ninh Binh, le savoir-faire relatif à la préparation des plats à base d'anguilles à Nghe An, la fête du temple de Mai Bang, quartier de Cua Lo, province de Nghe An sont les cinq nouveaux patrimoines culturels immatériels nationaux récemment reconnus par le ministère vietnamien de la Culture, des Sports et du Tourisme.

Cérémonie de demande en mariage de l'ethnie Jrai à Gia Lai

Cérémonie de demande en mariage de l'ethnie Jrai à Gia Lai

La cérémonie traditionnelle de demande en mariage (fiançailles) de l’ethnie Jrai a été reconstituée dans le village d’Op, à Gia Lai, reproduisant fidèlement les rituels caractéristiques de la vie matrimoniale des Jrai au sein d’une société matriarcale.

"Love in Vietnam" est la première coproduction cinématographique entre le Vietnam et l’Inde depuis l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays il y a 75 ans. Photo: NDEL

"Love in Vietnam" sert de pont entre les cultures à l’écran

Une romance interculturelle captivante se déroulant dans les paysages et les villes du Vietnam, la coproduction vietnamo-indienne "Love in Vietnam" se positionne à la fois comme un film populaire et une vitrine du soft power vietnamien, visant à rehausser l’image du pays à l’international tout en suscitant l’intérêt pour son tourisme, sa culture et son peuple.

L’ouvrage bilingue vietnamien-anglais «Le Vietnam vu de la mer» vient de paraître aux éditions de la Maison d’édition Politique nationale-Vérité.

"Le Vietnam vu de la mer" offre un portrait saisissant des mers et des îles

Bien plus qu’une simple description de paysages, cette publication bilingue vietnamien-anglais constitue également un précieux ouvrage de référence, permettant aux lecteurs d’appréhender les mers et les îles comme un espace historique, culturel et de développement. Ce faisant, elle suscite l’attachement, l’appréciation et l’amour pour les mers et les îles de la patrie.

Le sélectionneur Kim Sang-sik lors de la conférence de presse. Photo: VFF

Le Vietnam prêt à viser les quarts de finale de la Coupe d’Asie AFC U23 2026

Conscient de la difficulté du défi à venir, le sélectionneur sud-coréen Kim Sang-sik s’est dit confiant quant à la condition physique, au mental et à la préparation générale des joueurs, affirmant qu’il était convaincu que l’équipe le démontrerait sur le terrain et que tout se déroulerait bien.

L'héritage de Phu Long : l'art ancestral des nouilles de riz

L'héritage de Phu Long : l'art ancestral des nouilles de riz

Au cœur du quartier de Ham Thang, dans la province de Lam Dong, la fabrication artisanale des nouilles de riz de Phu Long perpétue un héritage ancestral. Ici, le riz n'est pas qu'un simple ingrédient ; il est le support d'un savoir-faire d'exception. La singularité de ces nouilles réside dans un rituel immuable : le trempage nocturne du grain, le broyage millimétré, puis la cuisson à la vapeur sur des plateaux de bambou tressé. Du pressage des filaments jusqu'au séchage final, chaque geste est empreint de patience et de dévouement. C'est une œuvre de précision, transmise de génération en génération, où la main de l'artisan et son regard aguerri donnent vie à une émotion culinaire unique.

Le Train du Café de Da Lat offre des paysages enchanteurs et des récits culturels, le tout accompagné d’un arôme persistant de café vietnamien. Photo : internet

Voyage en train : nostalgie et café vietnamien

Sous la fraîcheur de fin d’année, la gare historique de Da Lat — autrefois joyau de l’Indochine — invite à une escale sensorielle inédite. Entre patrimoine architectural et effluves de café local, les visiteurs savourent désormais une immersion au cœur de l’art de vivre vietnamien, au rythme nostalgique des rails.