L’éléphant dans la tradition vietnamienne

Les Vietnamiens considèrent l’éléphant comme un ami, un compagnon et un proche. On le voit dans plusieurs régions, dont les hauts plateaux du Centre.
L’éléphant dans la tradition vietnamienne ảnh 1Les éléphants domestiques sont un symbole original de la province de Dak Lak (hauts plateaux du Centre). Photo: VNA

Hanoi (VNA) - Les Vietnamiens considèrent l’éléphant comme un ami, un compagnon et un proche. On le voit dans plusieurs régions, dont les hauts plateaux du Centre. Ce mammifère est aussi une figure en général sympathique, représentant l’intelligence, la docilité, la fidélité et la force.

Dès l’aube de notre histoire, l’éléphant a fait partie de notre tradition patriotique. En témoignent les images populaires du Têt représentant les héroïnes nationales Trung Trac - Trung Nhi (Ier siècle) et Triêu Âu (IIIe siècle) chassant à dos d’éléphant les envahisseurs chinois. En 1789, le roi Quang Trung, brillant capitaine, monta un assaut foudroyant contre le poste de Ngoc Hôi, avec le concours de ses éléphants. Ce succès décisif permit la libération de la capitale occupée par l’armée sino-mandchoue des Qing. Dans la période contemporaine, les éléphants ont contribué efficacement aux deux guerres de résistance contre les colons français et les agresseurs américains : ils transportaient des armes et des munitions en montagne, en particulier sur la piste Hô Chi Minh. Plus d’un a été décoré pour «Service rendu à la Patrie».

Les amis géants en péril

Au Vietnam, l’éléphant vit dans plusieurs régions, surtout sur la longue Cordillère de Truong Son (comme autrefois sous le nom de Chaîne Annamitique). Il appartient à l’espèce asiatique (Elephas indicus), espèce qui peut être domestiquée pour le transport. L’espèce africaine (Loxodonta africana) dont les oreilles et les défenses sont plus grandes, est moins apprivoisée. Au niveau mondial, le nombre d’éléphants baisse de plus en plus.

Le précieux ivoire a valu aux éléphants d’être chassés au point d’être menacés d’extinction en Afrique.

L’ancienne Indochine française (Vietnam, Laos, Cambodge) regroupait presque la moitié du troupeau d’éléphants de l’Asie. Ce chiffre a fortement diminué à cause d’une guerre de trente ans et d’autres facteurs de destruction de l’environnement. On estime qu’au début du XXe siècle, le nombre d’éléphants s’élevait à 5.000, alors que vers 1980, il ne dépassait pas 1.500-2.000.

Le gouvernement a décrété des mesures légales pour la préservation des éléphants. Mais, au cours des années récentes, la population a dû parfois les enfreindre pour défendre leur vie et leurs biens. En effet, par suite de la détérioration de leur habitat forestier, les éléphants sont revenus en groupes attaquer les exploitations nouvellement établies. Au cours de leurs pérégrinations à la recherche des sources d’eau ou des réserves alimentaires, ils ont semé la destruction et la mort sur leur passage. Les régions les plus menacées se trouvent dans les plateaux du Tây Nguyên, le Nam Bô oriental, les provinces de Nghê An et Hà Tinh (Centre). Auparavant, les villageois pouvaient effrayer les assaillants nocturnes en frappant les gongs, les casseroles ou en soufflant dans les conques. Aujourd’hui, de tels tintamarres n’arrêtent pas leur attaque frontale.

L’éléphant est un grand mammifère herbivore à peau épaisse, aux membres en piliers, à la longue trompe nasale respiratoire, olfactive et prenante. L’espèce vietnamienne a une hauteur de 2,5 m à 3 m, un corps long de 4 m à 6 m, un poids de 3 tonnes à 6 tonnes. La bête peut courir à une vitesse de 35-40 km/h. Elle vit environ 70-75 ans, mais peut atteindre plus de 100 ans. Une horde comprend de 10 à 100 individus.

La femelle peut engendrer un petit à l’âge de 16 ans, après une gestation de 20 mois. Le nouveau-né pèse environ 100 kg. L’animal se nourrit de plantes, de fruits, d’herbe, de bambous.

Quand une horde se déplace, elle est guidée par un mâle intelligent qui prend la tête tandis que le plus vieux mâle ferme la marche. Sur le point de mourir, l’éléphant aime s’isoler et rejoint l’endroit où ses ascendants ont quitté le monde.

Éléphant, l’un des animaux sacrés

En Occident, l’éléphant évoque la personne lourde et lente, maladroite, rancunière, l’éternel gaffeur. 

Au Vietnam, il est une figure en général sympathique, représentant l’intelligence, la douceur, la docilité, la fidélité et la force. Considéré comme monture royale et même divine, sa statue et son image sont présentées dans les palais et mausolées royaux, les pagodes, les maisons communales. Autrefois, il jouait le rôle de justicier en foulant à mort la femme condamnée pour adultère ; de là l’expression «Dô voi giày» (Espèce de femme propre à être foulée par l’éléphant) pour désigner une femme de mauvaises mœurs.

Le terme «voi» (éléphant) entre dans la composition de nombreux proverbes et locutions : Khoe nhu voi (Fort comme un éléphant), Chi buôc chân voi (Attacher la patte de l’éléphant avec un bout de fil = faire un travail inutile) ; Tram voi không duoc bát nuoc xáo (Avec ses cent éléphants, on ne peut même pas préparer un bol de bouillon = se dit d’un vantard) ; Tránh voi chang xâu mat nào (Il n’y a aucune honte à s’esquiver pour éviter de faire face à un éléphant), Duoc voi doi tiên (Quand il obtient l’éléphant, il demande la fée) se dit d’une personne qui demande toujours plus ; Troi sinh voi troi sinh co (Le ciel qui engendre les éléphants fera pousser assez d’herbe), formule antimalthusienne. -CVN/VNA

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