Un peintre américain utilise l'art pour soulager les douleurs de la guerre

David Thomas, peintre américain et vétéran de la guerre, s'est rendu à plusieurs reprises au Vietnam, cherchant à se guérir des douleurs du passé et a utilisé l'art pour s'opposer à la guerre.

Vietnamplus - David Thomas, peintre américain et vétéran de la guerre, s'est rendu à plusieurs reprises au Vietnam, cherchant à se guérir des douleurs du passé et a utilisé l'art pour s'opposer à la guerre.

Ses dernières œuvres sont exposées au Musée des beaux-arts du Vietnam, rue Nguyen Thai Hoc à Hanoï.

L'artiste, qui a combattu pendant la guerre dans les Hauts plateaux du Centre du Vietnam en 1969, a raconté au correspondant de VietnamPlus ses histoires et son amour pour le Vietnam.

Journaliste : Vous avez dit que vous êtes venu au Vietnam pour la première fois pendant la guerre. Comment vous sentez-vous lorsque vous vous remémorez ces jours ?

David Thomas : En juin 1968, après avoir été diplômé de la Portland Art School, j'ai rejoint l'armée. Du 11 avril 1969 au 22 mars 1970, j'étais en poste à Pleiku, Buon Me Thuot, Kon Tum, Sud du Vietnam. Mon travail consistait à conduire une jeep pour transporter des marchandises et dessiner des cartes.

Ce dont je me souviens le plus, ce sont les enfants des Hauts plateaux du Centre qui entouraient ma jeep et jouaient avec ma radio chaque fois que je m'arrêtais. A cette époque, j'étais très content de jouer avec eux. Dans le groupe, j'étais surtout proche d'une fille sourde-muette. Il n'y avait aucune barrière linguistique, nous "parlions" avec nos mains.

Un peintre américain utilise l'art pour soulager les douleurs de la guerre ảnh 1Un des œuvres de Davis Thomas.  (Photo: VietnamPlus)
 

A cette époque, pour moi c'était simple que je parte en mission. Plus tard, plus j'y pensais, plus je me sentais désolé et tourmenté pour les enfants qui avaient grandi dans une mauvaise situation. Quand je suis retourné en Amérique, ce dont je me souvenais le plus, c'était les sourires des enfants.

Quand les gens parlent du Vietnam, ils pensent à la guerre, mais j'ai découvert d'autres beautés du pays et de ses habitants, les belles âmes pleines de poésie et de désir de paix, et la résilience pour surmonter toutes les difficultés de la guerre.

Je n'ai pas participé aux manifestations anti-guerre dans les rues. Au lieu de cela, j'ai peint de nombreuses images d'enfants vietnamiens, reflétant la dévastation que les Américains ont causée dans ce pays.

Journaliste : Qu'avez-vous pensé lorsque vous avez entendu parler de la réunification du Vietnam le 30 avril 1975 ?

David Thomas : Je suis content que la guerre soit finie. Le peuple vietnamien a maintenant la paix qu'il mérite après des siècles de lutte contre les invasions de nombreux pays. Je pense aux enfants de la forêt des Hauts plateaux du Centre, ils pourront aller à l'école et mener une vie normale.

La guerre est finie, mais la réalité est que ses conséquences persistent. L'héritage de l'Agent Orange dont je souffre en est un exemple. Des millions de Vietnamiens sont également victimes de cette arme mortelle. Cette génération est peut-être en bonne santé, mais ses descendants en subiront-ils les conséquences ? Des munitions non explosées sont toujours dans le sol, ce qui peut causer des accidents et des blessures aux personnes.

Donc, d'une certaine manière, l'ombre de la guerre est toujours là. C'est pourquoi je crée encore, pour en parler aux gens.

Journaliste : Qu'est-ce qui vous a ramené au Vietnam en 1987 et les années suivantes ?

David Thomas : C'était simplement un effort personnel pour retourner dans le pays où j'ai été impliqué dans la guerre dans ma jeunesse, pour trouver un moyen de se connecter et de réparer le passé.

Je ne savais pas que je passerais le reste de ma vie à essayer de soulager la douleur causée par la guerre américaine là-bas, à éduquer les Américains ici sur la véritable tragédie de notre invasion du Vietnam.

J'ai été invité plusieurs fois dans les maisons de notre « ancien ennemi » uniquement pour découvrir tout ce que nous avons en commun. Nous avons ri et pleuré ensemble et partagé de nombreux beaux souvenirs et espoirs pour l'avenir.

Un an plus tard, à l'été 1988, j'ai fondé l’Association à but non lucratif Indochina Arts Partnership (IAP)  pour créer un pont entre la culture, l'art et la diplomatie interpersonnelle des deux pays. Je veux que les Américains et le monde sachent que le Vietnam est un pays merveilleux, avec des gens formidables. Comme à cette époque, les gens ne connaissaient le Vietnam qu'avec le mot-clé "guerre".

Journaliste : C'est dommage qu'après plus de 30 ans de travail actif, l'IAP ait dû cesser ses activités.

David Thomas : Oui, l'IAP a mis en relation de nombreux artistes vietnamiens et américains, organisé de nombreuses expositions montrant les perspectives artistiques d'artistes des deux pays, et a également amené des dizaines d'artistes vietnamiens aux États-Unis pour des expositions, des échanges et des études. Depuis, j'ai eu des amis proches comme le peintre Le Huy Tiep, le peintre Phan Cam Thuong...

Mais c'est une organisation à but non lucratif qui a besoin de lever des fonds pour fonctionner. En 2019, j'étais vieux et j'avais la maladie de Parkinson, j'ai donc décidé d'arrêter d'utiliser IAP.

Un peintre américain utilise l'art pour soulager les douleurs de la guerre ảnh 2David Thomas lors de l'exposition de ses œuvres au Musée des beaux-arts du Vietnam. (Photo : VietnamPlus) 
 

Journaliste : En quoi cette maladie vous a-t-elle causé des difficultés à faire des travaux artistiques ?

David Thomas : En 2015, on m'a diagnostiqué la maladie de Parkinson, peut-être causée par une exposition à l'agent orange/dioxine pendant la guerre.

Pendant l'année où j'étais en poste dans les Hauts plateaux du Centre, mon unité était également chargée de tuer la végétation à une centaine de mètres de chaque côté des routes que nous construisions et sur tous les chantiers. Cela a été fait principalement pour éliminer la croissance de la jungle où les tireurs d'élite et les soldats ennemis pouvaient se cacher.

Bien que mes supérieurs m'aient assuré que ce poison ne tue que les plantes et qu'il est inoffensif pour l'homme, j'en ai toujours douté.

Le 14 décembre 2020, j'ai vu mon cerveau pour la première fois après une IRM. J'ai donc décidé d'utiliser ces images pour créer des œuvres graphiques sur les conséquences de la guerre. Alors, cette maladie va-t-elle me freiner ou devenir un moyen pour moi de continuer à être créatif ? Le temps nous le dira.

Un peintre américain utilise l'art pour soulager les douleurs de la guerre ảnh 3Quelques livres d'œuvres de Davis Thomas.  (Photo: VietnamPlus)

Journaliste : De nombreux artistes vietnamiens qui sont venus aux États-Unis dans le cadre du programme IAP ont visité votre maison et ont dit qu'il y avait un cyclo unique à Boston ?

David Thomas : C'est exact. J'ai été au Vietnam plusieurs fois au cours des décennies. Dans les années 90, le cyclo était très populaire, notamment dans le Vieux Quartier et autour de l'hôtel Métropole. Je cherchais habituellement un pilote de cyclo familier chaque fois que je venais ici. Il s'appelait Bang.

Vers 1995, Bang souffrait de maux de dos et voulait donc prendre sa retraite. En même temps, il planifiait un mariage pour sa fille et voulait vendre le cyclo pour de l'argent. Je l'ai racheté pour 100 dollars. À cette époque, 100 dollars n'étaient pas beaucoup pour les Américains, mais c'était suffisant pour couvrir un mariage décent au Vietnam. Nous étions tous les deux très heureux de l'accord.

Cependant, transporter le cyclo chez moi à Boston n'a pas été facile. J'ai dû demander de l'aide à des amis au Vietnam. Ils ont démonté le cyclo, l'ont envoyé au Laos, au Cambodge puis aux États-Unis par voie maritime.

Je l'ai repeinte, changé ses pneus et son toit. Jusqu'à présent, ça marchait bien. Dans le passé, j'avais l'habitude d'emmener mes petits-enfants sur ce cyclo autour de la maison. J'aime beaucoup ce cyclo parce que c'est une partie de Hanoi, très différente du cyclo à Hue ou Ho Chi Minh-Ville.

Journaliste : Merci pour votre temps./.

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