Le rituel Mo Muong, parcours vers l’inscription au patrimoine mondial

À Dak Lak où résident environ 16.000 personnes issues de l'ethnie Muong, cette expression culturelle a été inscrite à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel. Elle fait aujourd’hui l’objet d’efforts accrus pour sa sauvegarde et sa valorisation.

Le Mo Muong est une forme de rituel chanté traditionnel, pratiqué dans les cérémonies spirituelles des Muong. Photo: VOV
Le Mo Muong est une forme de rituel chanté traditionnel, pratiqué dans les cérémonies spirituelles des Muong. Photo: VOV

Hanoi (VNA) – Le Mo Muong est une forme de rituel chanté traditionnel, pratiqué dans les cérémonies spirituelles des Muong, une communauté ethnique originaire du Nord du Vietnam.

À Dak Lak, sur les Hauts Plateaux du Centre, où résident environ 16.000 personnes issues de ce groupe, cette expression culturelle a été inscrite à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel. Elle fait aujourd’hui l’objet d’efforts accrus pour sa sauvegarde et sa valorisation.

Dans un village de Buôn Ma Thuôt, Quach Thi Hoa Phuong prépare minutieusement un plateau d’offrandes, selon la tradition. Elle accueille avec respect le maître des rituels, venu représenter la famille lors d’une cérémonie de commémoration des ancêtres. Originaire de Hoa Binh, la communauté Muong installée à Dak Lak depuis plus d’un demi-siècle perpétue fidèlement ses coutumes. Parmi celles-ci, les rites de bénédiction et de prière, confiés au chaman, restent essentiels.

«Lors des fêtes ou des anniversaires de décès de nos ancêtres, il est impératif de faire appel à un maître des rituels», explique Mme Phuong. «Chaque année, à la date anniversaire, il vient invoquer nos aïeux pour les inviter à partager un repas. Et une fois la cérémonie achevée, il les raccompagne par ses prières.»

Pour les Muong, le maître des rituels, qu’ils appellent thầy mo, est bien plus qu’un officiant: il est le gardien d’un art oral sacré. Le Mo est en effet une performance rituelle mêlant récitation et chant, transmise oralement de génération en génération. Les textes sont des vers composés de mythes fondateurs, de légendes populaires, d’épopées et de récits cosmogoniques. Ils constituent une mémoire vivante du peuple Muong, offrant une vision du monde et de son origine.

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Un maître des rituels. Photo: VOV

Le thầy mo connaît par cœur des milliers de vers et maîtrise une grande diversité de rites: funérailles, bénédictions pour la naissance, les mariages, les nouvelles maisons ou encore les cérémonies de protection spirituelle. Bùi Van Minh est un thầy mo respecté à Buôn Ma Thuôt.

«Que ce soit à Muong Bi, Muong Vang, Muong Thàng ou Muong Dông, chaque région a ses propres variantes du mo. Les paroles changent selon l’occasion: Nouvel An, mariage, fêtes du printemps ou fin de récolte. Chaque moment a son langage rituel», explique-t-il.

Aujourd’hui, les Muong de Dak Lak sont principalement établis dans les districts de Ea Kar, Krông Nang, Ea H’leo, Krông Bông et à Buôn Ma Thuôt. Malgré leur nombre, seuls six maîtres possèdent encore une connaissance complète du Mo Muong.

En février 2024, le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme a officiellement inscrit cette pratique au patrimoine immatériel national. Un geste porteur d’espoir, comme le souligne le thầy mo Bùi Van Thành.

«Être reconnu comme maître de Mo Muong par l’État est pour moi une immense fierté. Toutes ces années à bénir les foyers, à accompagner les mariages ou les pendaisons de crémaillère… Voir tout cela reconnu, c’est sentir l’attention profonde portée à notre peuple», partage-t-il.

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Bùi Van Ngòi, originaire du district d'Ea H'leo, présente des objets liés au Mo Mường. Photo : VOV

D’après le Département du patrimoine culturel, le Mo Muong subsiste actuellement dans sept provinces vietnamiennes. À Dak Lak, depuis 2022, les autorités collaborent avec l’Institut national de musicologie et les provinces concernées pour constituer un dossier en vue d’une reconnaissance par l’UNESCO comme patrimoine nécessitant une sauvegarde urgente.

«Le travail prioritaire à Dak Lak consiste à filmer et enregistrer les rituels les plus représentatifs. L’Institut se chargera du montage et de la rédaction du dossier, tandis que les autorités locales devront réaliser un inventaire complet des pratiques», précise-la directrice de l’Institut, Pham Minh Huong.

Face au risque de disparition, l’inscription du Mo Muong au patrimoine culturel immatériel national représente plus qu’un symbole: c’est une chance de préserver une voix singulière dans le concert polyphonique des cultures des Hauts Plateaux du Centre. Ce chant ancien, transmis dans le silence des maisons ou au rythme lent des tambours rituels, est un fil ténu mais solide reliant les vivants et les ancêtres, la mémoire et le devenir. – VOV/VNA

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