Photo: Ngoc Anh/VOV5
 
Hanoï (VNA) - Lai Phu Thach est le dernier de la famille Lai à connaître le secret de fabrication du papier ‘sac’, le papier utilisé pour les ordonnances royales. Aucun de ses fils ne voulant lui succéder, Lai Phu Thach craint que son métier ne s’arrête après sa mort. 

Le papier ‘sac’ n’est pas un papier comme les autres. Très résistant à l’eau et à l’usure du temps, il servait de support d’écriture aux décrets et ordonnances royales. La famille Lai a commencé à fabriquer ce papier, au 15e siècle, sous le règne des Lê postérieurs et des seigneurs Trinh. Depuis cette époque, elle détient le monopole de sa fabrication dont le secret est transmis par le chef de famille à son fils aîné. La famille habite le village Cô Âm, l’actuel village Trung Nha, à Hanoï. Aujourd’hui soixantenaire, Lai Phu Thach se souvient : «Ma famille détient le monopole de la production du papier ‘sac’ depuis 600 ans. C’est un grand honneur pour ma famille. Je suis le 26e descendant du dernier fabricant qui travaillait à la cour royale des Nguyên».
 
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La matière première servant à fabriquer le papier ‘sac’ est le papier ‘dzo’, utilisé pour les estampes de Dông Hô. Ce dernier provient de l’écorce du ‘rhamnoneuron balansae’, un arbre du Nord du Vietnam et du Sud-Est de la province chinoise de Yunnan. Pour obtenir la qualité nec plus ultra du papier ‘sac’ : adaptabilité au climat, résistance au froid et à l’humidité, le papier ‘dzo’ sera retraité selon la formule que seul monsieur Thach connaît.
 
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«Les techniques et formules que nous utilisons permettent de rendre le papier imperméable, lisse et résistant aux mites. Quand il y a du soleil, le papier devient dur et quand il fait humide, il devient souple. Même mouillé, le papier ne se délite pas. Certaines ordonnances royales datent de sept siècles. Je me souviens d’un colloque tenu il y a 18 ans à Huê. Un expert étranger avait alors déclaré que ce ‘sac’ était le meilleur de tous les papiers utilisés pour les édits royaux au monde».

Pendant des années, monsieur Thach s’est appliqué à reproduire la qualité ancestrale de ce papier mais ce n’est qu’en 2008 qu’il s’est déclaré satisfait du résultat. Aujourd’hui, il est le seul à détenir la formule et les techniques de fabrication de ce papier unique au Vietnam.

Malgré son savoir-faire extraordinaire, sa clientèle reste limitée aux seuls édifices religieux ayant fait l’objet d’ordonnances royales. L’institut sino-vietnamien fait parfois appel à lui pour reproduire à l’identique des documents sacrés. Monsieur Thach indique : «Je regrette de ne pas avoir trouvé la clientèle pour ce produit tout à fait exceptionnel. Aujourd’hui personne ne connaît ce papier qui pourtant présente des atouts incroyables et notamment celui de conserver intacts les documents pendant des siècles. Ce papier serait idéal pour les diplômes, les satisfecit et autres documents importants».

Si le papier ‘sac’ est capable de défier les affres du temps, il risque néanmoins de disparaître faute de repreneur. -VOV/VNA