L’agriculture du delta du Mékong face aux changements climatiques

Grenier à riz du Vietnam, le delta du Mékong se heurte de plein fouet aux conséquences des changements climatiques. Son agriculture doit s’adapter et se restructurer, sans perdre de temps.

Hanoi (VNA) - Grenier à riz du Vietnam, le delta du Mékong se heurte de plein fouet aux conséquences des changements climatiques. Son agriculture doit s’adapter et se restructurer, sans perdre de temps. Il en va de la sécurité alimentaire du pays.

L’agriculture du delta du Mékong face aux changements climatiques ảnh 1Plusieurs secteurs littoraux de la province de Cà Mau ont été gravement détruits par la montée des eaux en raison des impacts liés aux changements climatiques. Photo VNA

Le delta du Mékong est le garant de la sécurité alimentaire du pays. Il contribue également largement aux exportations nationales de produits agricoles. Chaque année, 50% des produits agricoles proviennent de ces terres : 70% pour les fruits et 90% pour le riz destiné à l’exportation notamment. Sans oublier les produits aquatiques, qui représentent 60% du chiffre d’affaires à l’échelle du pays. Des chiffres flatteurs qui risquent fort de diminuer, la faute aux changements climatiques, à commencer par la salinisation des sols due à la hausse du niveau des océans.

Des dégâts visibles

La communauté scientifique sonne déjà l’alerte, affirmant que d’ici 15 ans, 45% de la superficie du delta du Mékong est menacée par l’incursion de l’eau salée. Si le niveau de la mer s’élève d’un mètre et que rien n’est fait, 39% de la superficie du delta du Mékong sera sous les eaux, et 70% des terres dédiées à la riziculture rendues infertiles en raison du trop fort taux de sel dans les sols, affectant directement 35% de sa population.

Les impacts tant sociaux qu’économiques seront catastrophiques. Des millions d’habitants devront quitter leurs terres, et le terme de «grenier à riz» que l’on donne habituellement à cette région ne sera plus qu’un lointain souvenir...

Le dérèglement climatique est déjà visible. Les phénomènes météorologiques extrêmes tels que tempêtes, tornades, sont de plus en plus fréquents dans cette région.

Normalement, chaque année, dans les provinces du delta du Mékong, l’invasion de l’eau salée se limite à la saison sèche, de février à mai. Cependant, ce phénomène s’est produit cette année en pleine saison des pluies, avec des conséquences dramatiques pour la région.

Dans la province de Hâu Giang, 12.000 ha de rizières ont été affectés à divers degrés, ainsi que des milliers d’hectares de vergers. À Kiên Giang, outre la riziculture, l’élevage de crevettes a aussi pâti de cette incursion saline, notamment dans les districts de Hon Dât, Tân Hiêp ou encore de Châu Thành.

La pénurie d’eau douce s’aggrave ainsi même pendant la saison des pluies. Illustration avec la ville côtière de Rach Gia (province de Kiên Giang). Aujourd’hui, l’eau salée s’incruste dans les champs relativement loin dans les terres. Assez pour nuire aux activités des usines de la Sarl d’approvisionnement en eau et d’évacuation des eaux usées de Kiên Giang.

Protéger les terres

De plus, avec le dérèglement climatique, les épisodes de montée des eaux - provoqués par les forts coefficients de marée et ou les tempêtes - seront de plus en plus forts et fréquents, avec de lourds impacts sur les plans matériel et humain. Et ceci à court terme. D’autant que le système de digues en place n’est en aucun cas capable, aujourd’hui, de contrer ce phénomène.

Conscients de cette catastrophe qui se prépare, le secteur de l’agriculture, les localités du delta du Mékong ont mis en place plusieurs programmes d’action sur le renforcement de la gestion des ressources naturelles, ainsi que sur la protection de l’environnement. Avec de premiers résultats encourageants.

Le Comité de pilotage du Nam Bô occidental fait savoir que les provinces de la région s’efforcent actuellement de restructurer leur agriculture de sorte qu’elle s’adapte au bouleversement du climat. Elles multiplient les modèles d’exploitation de plantes pouvant pousser sur des sols à la teneur en sel élevée ou dans des eaux saumâtres, réorganisent les saisons de culture, consolident et étendent le système de digues, de barrages, développent le système de forêts de protection (mangroves notamment), etc.

Dans ce souci d’adaptation, le Centre des variétés végétales de la province de Soc Trang mène actuellement une vaste expérience : 90 variétés de riz ont été semées afin de sélectionner lesquelles pourront s’adapter aux régions touchées par la salinisation.

Formation des paysans

Autre exemple avec le secteur agricole de Bac Liêu, qui organise des cours de formation en faveur des agriculteurs sur les techniques rizicoles adaptées à ces nouveaux paramètres.

En parallèle, plusieurs projets et ouvrages de résilience aux changements climatiques sont aussi mis en œuvre. La province a d’ores et déjà réalisé 16 projets pour la période 2012-2020 (construction des digues Nhà Mat, Bac Liêu, Gành Hào, plantation de forêts de protection, etc.), lesquels ont englouti plus de 3.300 milliards de dôngs d’investissements.

L’agriculture du delta du Mékong face aux changements climatiques ảnh 2Après deux ans de la restructuration agricole pour faire face aux changements climatiques, la province de Kiên Giang a multiplié le modèle de «la culture du riz réduisant les émissions de gaz à effet de serre". Photo : VNA

En outre, le ministère de l’Agriculture et du Développement rural vient d’approuver le plan d’aménagement des terres agricoles dans le contexte des changements climatiques d’ici à 2020 pour le delta du Mékong.

Son objectif : valoriser les atouts de toute la région, de la subrégion et de chaque localité pour le développement durable de l’agriculture. Selon ce plan, en 2020, les terres agricoles devront couvrir 3,25 millions d’hectares dont 1,82 million réservés à la culture du riz, 400.000 à la culture des arbres fruitiers, 330.000 ha à la sylviculture, etc.

Si l’évolution du climat est conforme aux modèles établis par les scientifiques, quelque 30.000 ha de terres arables auront été «avalés» par la mer en 2030 dans le delta du Mékong. Cela signifierait la perte de 15.000 ha de rizières, mais aussi dire la possibilité d’étendre l’aquaculture de l’ordre de 558.000 ha. Pas de quoi cependant compenser les pertes. En résumé, des travaux d’aménagement dépendent en grande partie de l’avenir économique de cette région particulièrement exposée. -CVN/VNA

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