Du plaisir de converser

Le Têt constitue l’occasion d’un grand plaisir pour les Vietnamiens, celui de bavarder entre amis, devant une tasse de thé bien chaud.
Du plaisir de converser ảnh 1Le thé se consomme au Vietnam sans lait ni sucre. Photo: VNA

Hanoï (VNA) - Le Têt constitue l’occasion d’un grand plaisir pour les Vietnamiens, celui de bavarder entre amis, devant une tasse de thé bien chaud.

L’homme éprouve le besoin de communiquer par la parole. Rappelons à ce sujet l’histoire symbolique de Midas, roi de Phrygie (environ 700 ans av. J.-C.). Ce dernier, ayant des oreilles d’âne, dissimule sa disgrâce sous une tiare. Son coiffeur doit alors promettre, sous peine de mort, de garder le silence. Après quelque temps, n’en pouvant plus, il creuse un trou dans un endroit désert et crache au fossé son secret trop lourd, mais les roseaux poussés là confient à tous les vents la nouvelle : "Midas a des oreilles d’âne". Le coiffeur est, bien sûr, exécuté par la suite.

Heureusement que nous n’avons pas toujours à nous murer dans un mutisme pesant.

"La conversation est la dernière fleur de la civilisation" (Conversation is the last flower of civilization), a remarqué le philosophe américain du transcendantalisme R.W. Emeroon.

D’après O. Henry, à la "pâte fade de l’existence", il faut chercher à "ajouter quelques raisins de la conservation". On apprend beaucoup de choses en causant : "Une simple conversation au-dessus de la table avec un homme sage vaut mieux que dix années d’études livresques". (H.W. Longfellow)

L'art de choisir un partenaire

Cependant, la conversation est un jeu qui demande une certaine appréciation intuitive, spontanée et délicate, de ce qu’il convient de dire ou de ne pas dire, de faire ou d’éviter de faire. Au Vietnam, nos anciens lettrés observaient scrupuleusement cette règle, parfois même un petit peu cérémonieusement. Ils parlaient posément, en sirotant du thé chaud ou de l’alcool de riz versé dans une petite tasse. Les jeunes générations, surtout depuis une quinzaine d’années, avec l’adoption massive de la bière à la pression, ignorent souvent toute réserve. Dans les buvettes qui poussent comme des champions à chaque coin de rue, on se presse autour de petites tables, on se dispute la parole, on gesticule, souvent on ne parle pas, on braille en vidant bock après bock.

Il convient de réapprendre du moine poète japonais Kenko (XIVe siècle) l’art de choisir un partenaire et de mener la conversation : "C’est un vrai plaisir que de causer en toute intimité avec quelqu’un de très proche, de parler sans réserve des choses dignes d’intérêt, ou des sujets fugitifs de ce monde". Mais il y a si peu de telles personnes, hélas ! Non pas qu’on désire un compagnon qui s’assoie devant vous sans prononcer un mot de contradiction. Ce qui équivaudrait à être seul. Bien mieux que les heures de solitude sont la compagnie de quelqu’un qui écoute respectueusement vos points de vue, dit un peu de désaccord, raisonnant : "Oui, c’est cela, mais" ou "Par cette raison, tel est le cas", etc.

L’esprit de la conversation

"Avec des personnes qui ne pensent pas comme vous ou qui sont discuteurs, on ne peut parler que de choses d’intérêt passager, tant il est vrai qu’il ne doit y avoir de gouffre profond entre des amis de cœur. Pour qu’il y ait du plaisir dans la conversation, ce qu’il faut éviter le plus, c’est d’ennuyer l’autre par des propos interminables et oiseux""Un raseur, c’est une personne qui parler quand on souhaite qu’il écoute" (A. Bierce).

I. Billings ne se soucie pas "combien de temps une personne parle, si seulement elle le dit en peu de mots".

Selon O. W. Holmes, "les pensées des hommes bornés se déplacent dans un cercle si petit que cinq minutes de conversation suffisent à vous donner un arc de cercle assez long pour déterminer la courbe tout entière ?".

Et ceci aussi : "Vous pouvez parler de tous les sujets, sauf un : vos maladies" (R.W. Emeson).

Dans la conversation, le "moi" doit s’effacer : "Il y a des années de cela, j’essayais de surpasser tout le monde. Je ne le fais plus. Je me suis rendu compte que cela tuait la conversation. Quand vous voulez être toujours le premier, vous n’écoutez plus. Cela ruine la communication" (Grouche Marx).

La Bruyère abonde dans le même sens : "L’esprit de la conversation consiste bien moins à en montrer beaucoup qu’à en faire trouver aux autres : celui qui sort de votre entretien, content de lui, de son esprit, l’est de vous parfaitement !".

Jules Renard a remarqué non sans pertinence : "La conversation est un jeu de sécateur, où chacun taille la voix du voisin aussitôt qu’elle pousse". Car "beaucoup de personnes peuvent raisonner sans fin, mais bien peu savent converser" (A.B Alcott).

Il faut un certain goût d’amertume pour relever la causerie : "La laitue est comme la conversation : elle doit être fraîche et croquante, et si étincelante qu’on remarque à peine ce qu’il y a d’amer dedans" (C.D. Warner).

La conversation entre homme et femme prend une saveur particulière. Mon professeur de philosophie P. Foulon au Lycée du Protectorat de Hanoï disait : "Conversation avec les hommes : prétexte à fumer et à boire. Avec des femmes : prétexte à les regarder dans les yeux".

Pour A.B Alcott, "la discussion est pour l’homme, la conversation pour la femme".

Saint-Evremond fait ainsi le point de ses expériences : "Le premier mérite, auprès des dames, c’est d’aimer. Le second est d’entrer dans la confidence de leurs inclinations. Le troisième, de faire valoir ingénieusement tout ce qu’elles ont d’aimable… Dans leur conversation, songez bien à ne les tenir jamais indifférentes : leur âme est ennemie de cette langueur".

En terminant, Madeleine de Seudery recommande aux amants : "Il n’y a point de conversation plus ennuyeuse que celle d’un amant qui n’a rien à désirer, ni rien à se plaindre". -CVN/VNA

Voir plus

Le défilé d'ao dai est l'un des points d'orgue de l'événement le matin du 3 mars. Photo : baotintuc

Ho Chi Minh-Ville : le Festival de l'''ao dai" 2026 célébrera l’héritage et les ambitions de la mégapole

Organisé conjointement par le Département municipal du Tourisme et l’Union des femmes de Ho Chi Minh-Ville, le Festival de l'''ao dai" 2026 proposera un programme dense comprenant 17 activités majeures. L’objectif est d’intégrer cette tunique traditionnelle non seulement dans les spectacles artistiques, mais également au cœur de la vie quotidienne, urbaine et touristique. 

Bol en céramique de la culture Hoa Lôc. Photo : Musée de la céramique de la période fondatrice de la nation

Bol de la culture Hoa Lôc et statuettes polychromes reconnus trésors nationaux

Deux objets de Hô Chi Minh-Ville viennent d'être inscrits sur la liste des trésors nationaux : un bol en céramique de la culture Hoa Lôc (environ 4.000 à 3.800 ans av. J.-C.) et une collection de statuettes en céramique polychromes de Tam Quan Dai Dê, trois divinités célestes dans les croyances taoïstes.

Des jeunes découvrent le festival de Co Loa et le site de l’ancienne citadelle de Co Loa dans un espace numérique. Photo : nhandan.vn

À Hanoï, les fêtes traditionnelles entrent dans l’ère du numérique

Hanoï compte environ 1.500 festivals. Si la transformation numérique était d’abord centrée sur la communication et la promotion, son application à la gestion opérationnelle s’est élargie en 2026 à la sécurité, à l’ordre public et à la préservation de l’environnement.

L’“Artisan Émérite” Nguyên Dang Chê. Photo: baobacninhtv.vn

Nguyên Dang Chê, de l’âme et des couleurs des estampes de Dông Hô

Par son engagement passionné, Nguyên Dang Chê redonne vie à un héritage séculaire récemment inscrit au patrimoine culturel de l’UNESCO. Les couleurs de Dông Hô continuent de briller sur le papier dó, racontant l’histoire de la culture vietnamienne d’hier à aujourd’hui.

Programme artistique ouvrant la Fête des fleurs de bauhinie 2025. Photo: VNA

La Fête des fleurs de bauhinie 2026 s’épanouit plus tôt à Diên Biên

Célébrée chaque année par les ethnies minoritaires du Nord-Ouest à chaque retour du printemps, la floraison des bauhinies se fait plus précoce à cause des conditions météorologiques et du calendrier de floraison, a indiqué un représentant du Département de la culture, des sports et du tourisme de la province de Diên Biên.

La sérénité imprègne chaque ruelle de la vieille ville, alors que les échoppes n’ont pas encore ouvert leurs portes. (Photo : Thanh Phong/Vietnam+)

Aux premières lueurs du jour, Hoi An révèle sa beauté intemporelle et sereine

Aux premières lueurs de l’aube, loin de l’agitation touristique, Hoi An révèle une beauté mélancolique et d’une sérénité rare. La vieille ville, joyau classé au patrimoine mondial, semble alors exister hors du temps. Les rues pavées désertes, les façades ocre doucement éclairées et la brume légère sur la rivière créent une atmosphère intemporelle et apaisante. 

Le Comité provincial du Parti, le Conseil populaire, le Comité populaire et le Comité du Front de la Patrie de Ninh Binh viennent d'organiser la cérémonie solennelle de réception du certificat classant le complexe paysager et archéologique de Tam Chuc en Vestige national spécial. Photo : VNA

Tam Chuc, joyau spirituel de Ninh Binh, reconnu Vestige national spécial

Le Comité provincial du Parti, le Conseil populaire, le Comité populaire et le Comité du Front de la Patrie de Ninh Binh viennent d'organiser la cérémonie solennelle de réception du certificat classant le complexe paysager et archéologique de Tam Chuc en Vestige national spécial.

La conférence de presse sur la Journée de la poésie. Photo: qdnd.vn

Quang Ninh accueillera la Journée de la poésie vietnamienne 2026

Les festivités auront lieu dans les quartiers de Bai Chay et Ha Long, le jour de la pleine lune du premier mois lunaire. La Nuit de la Poésie sera le point d’orgue de cette édition. Le public pourra découvrir des œuvres sur la mer écrites par plusieurs générations de poètes vietnamiens, et écouter des lectures de poèmes accompagnées de performances musicales inspirées de textes poétiques.