Le narcisse ou le plaisir printanier des Hanoïens

Un vase garni de belles fleurs de narcisse peut être une œuvre d’art. Pour les amateurs de la capitale, le bonheur ultime est de voir les narcisses qui s’épanouissent précisément la nuit du réveillon.
Hanoi (VNA) – Un vase garni de belles fleurs de narcisse peut être une œuvre d’art. Pour les amateurs de la capitale, le bonheur ultime est de voir les narcisses qui s’épanouissent précisément la nuit du réveillon.
Le narcisse ou le plaisir printanier des Hanoïens ảnh 1Les narcisses, belles fleurs de la fin de l’hiver au printemps. Photo : CTV/CVN

À l’approche du Têt traditionnel (Nouvel An lunaire), une ambiance amicale règne dans le café de Nguyên Viêt Bac installé rue Tông Dan dans le centre-ville de Hanoï. Autour d’une tasse de thé, les jeunes sont nombreux à écouter attentivement le patron parler avec passion du narcisse : de son histoire, de ses fleurs d’une grande finesse et au parfum délicat, de la manière de créer une composition florale. Viêt Bac, tout juste 35 ans, fort de ses longues années de recherche, est déjà considéré comme l’un des rares experts de la capitale de cette plante.

Fleurs printanières ou chef-d’œuvre du Têt

Personne ne sait exactement depuis quand les Hanoïens sont envoûtés par le narcisse. On sait toutefois qu’au début du siècle dernier, cette fleur était déjà en vogue chez les citadins de la capitale. À l’arrivée du Têt, chacun cherchait à embellir sa maison avec un vase de narcisses fleuris qu’il avait plantés et soignés lui-même. L’occasion pour le propriétaire de se vanter avec fierté, devant ses invités, de son "chef-d’œuvre" : un vase resplendissant de narcisses dont les fleurs s’épanouissaient lors de la nuit du réveillon. La tradition veut que le narcisse qui fleurit juste à l’heure du passage à la nouvelle année apportera chance et bonheur à la famille durant l’année qui débute. On peut donc dire sans exagérer que ce plaisir printanier fait pleinement partie de la culture millénaire de Hanoï.
Le narcisse ou le plaisir printanier des Hanoïens ảnh 2Le narcisse est une espèce de plante bulbeuse qui se distingue par ses fleurs campanulées blanches et odorantes. Photo : CTV/CVN

À cause de la guerre, les jolis narcisses fleuris sont devenus pendant longtemps très rares à Hanoi, même en période de Têt. D’aucuns pensaient avec tristesse à la disparition de ce noble plaisir printanier des Hanoïens d’antan. Ce n’est qu’au début des années 1990 que le narcisse fit sa réapparition dans les foyers hanoïens, grâce notamment à la passion et aux efforts de certains passionnés, dont Nguyên Phu Cuong et Nguyên Viêt Bac.

"Un vase garni de narcisses peut être vu comme une œuvre d’art.  Pour la créer, il faut à la fois connaître les techniques de composition florale, être patient, méticuleux et passionné. Un vase de narcisses aux fleurs épanouies juste à l’occasion du Têt fait la fierté du jardinier amateur", indique Viêt Bac. Pour l’expert, la création d’un "chef-d’œuvre" implique un processus de soin adapté qui dure environ 20 jours. Et bien entendu, l’auteur doit être à la fois un fin connaisseur et un mordu de cette fleur.

Un labeur récompensé

On commence par le choix d’un bulbe vigoureux. Vient ensuite l’étape de "l’épluchage" (got en vietnamien) où, à l’aide d’un canif, on enlève les vieilles feuilles (de couleur brune) les plus proches du bulbe, avant d’agir avec ingéniosité (toujours avec le canif) sur les jeunes bourgeons cachés derrière les feuilles charnues blanches du bulbe. Ces actions permettent de faire pousser les tiges selon son bon vouloir et d’obtenir la forme de feuilles désirée. Ensuite, après avoir lavé minutieusement les racines, on met le bulbe dans un vase en verre rempli d’eau de pluie (la plus pure possible). Débute alors la période de croissance.

"Normalement, celle-ci dure 20 jours avant que les fleurs s’épanouissent. Cette plante exige des soins méticuleux et continus. À mon narcisse, je consacre une demi-heure de soin chaque jour pour changer l’eau (deux fois par jour), laver ses racines, éplucher ses feuilles… Tout en veillant à conserver des conditions environnementales convenables (comme la température de l’eau ou la luminosité) qui influencent aussi fortement le développement des racines et feuilles", confie Viêt Bac.
Le narcisse ou le plaisir printanier des Hanoïens ảnh 3Un vase de narcisses aux fleurs épanouies juste à l’occasion du Têt fait la fierté du horticulteur amateur. Photo : CTV/CVN

Pour l’artisan Nguyên Phu Cuong, dont le père défunt était un grand amateur de cette plante synonyme de printemps et de renouveau, le Têt semblait plus radieux avec la présence d’un vase de narcisses dans la maison. "La nuit du réveillon, mon père mettait avec respect le vase dans le salon, où toute la famille se réunissait pour accueillir le passage à la nouvelle année. Par miracle, les fleurs s’épanouissaient presqu’au moment où sonnaient les 12 coups de minuit".

Un souvenir lui revient : 20 jours avant le Têt, son père allait chercher quelques bulbes au marché. Le travail d’épluchage fini, il s’occupait minutieusement, jour après jour, de ses narcisses, surveillant le développement graduel des pousses, la forme des boutons… "L’important, c’est de faire en sorte que le narcisse fleurisse au moment désiré. Expérimenté, mon père modifiait la température de l’eau du vase afin d’avancer ou de ralentir l’épanouissement des boutons", rappelle Phu Cuong.

D’après lui, la floraison dure environ dix jours. C’est pendant cette période qu’auparavant les Hanoïens passionnés de cette fleur organisaient un concours printanier original où les narcisses rivalisaient de beauté, de parfum, de charme… Les compositions candidates étaient très variées en port et évoquaient parfois l’image d’un dragon en vol, d’un phénix en danse ou d’une tortue stylisée.

Animés par l’amour pour cette espèce floricole distinguée, nombreux sont les jeunes Hanoïens qui s’évertuent à faire revivre ce plaisir printanier des ancêtres. Fin 2015, la "Maison des Narcisses" a été créée sous le patronage de certains citadins expérimentés dont l’artisan Phu Cuong et la jolie dame Thanh Thuy.  Un lieu de rendez-vous des amoureux de cette fleur délicate.

Quant à Viêt Bac, il organise régulièrement chez lui des discussions sur le sujet, réunissant de plus en plus de jeunes fans de cette fleur. "En créant un vase de narcisses, j’ai le sentiment de devenir plus patiente, plus tranquille. Quelle joie lorsque les fleurs s’épanouissent en répandant leur odeur délicate et subtile", s’exprime-t-il.

Signes d’un retour florissant d’un plaisir délicat d’antan.

* La Fée de l’Eau  

Du nom vietnamien de Thuy Tiên (la Fée de l’Eau), le narcisse est une espèce de plante bulbeuse qui se distingue par ses fleurs campanulées blanches et odorantes. Arrangé dans un vase en verre d’eau, il expose une beauté sublime et intégrale de ses racines blanches, longues et minces, de ses tiges au port élancé ou fléchi, de ses feuilles en spirale, jusqu’à ses fleurs diaphanes et odorantes, agrémentées au milieu des pétales d’une étamine dorée. Une fleur noble qui fut, plus d’une fois, mentionnée dans les vers et romans d’auteurs de renom. – CVN/VNA

 

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