Lê Huynh Châu est, à 26 ans, le fer de lance du taekwondo vietnamien. Ayant débuté cet art martial à l’âge de 10 ans, il a peu à peu gravi les échelons et fait désormais partie du gratin international, comme l’atteste son palmarès.

Après sa séance d’entraînement matinale au club Vân Dôn, dans le 4 e arrondissement à Hô Chi Minh-Ville, le taekwondoiste Lê Huynh Châu nous emmène chez lui, à quelques encablures de là.
Située dans une ruelle étroite et sinueuse du quai Vân Dôn, il est surprenant de voir que ce sportif, qui fait tout de même partie de l’élite internationale dans sa discipline, habite une bicoque de seulement 10 m². Aucun signe ostentatoire de richesse ici. Le décor est des plus minimalistes : un petit frigo, un vieux poste de télévision et, accrochées dans un coin, toutes ses médailles. Une collection qui sonne comme la juste récompense pour un jeune homme talentueux, mais surtout très bosseur à l’entraînement, et à qui la vie n’a pas fait de cadeaux...


Lê Huynh Châu s’entraîne avec son épouse, également taekwondoiste professionnelle.

Une enfance privée de tout

Il n’a d’abord jamais connu son père, qui est mort avant sa venue au monde. Veuve et enceinte, sa mère décide de tenter de trouver une vie meilleure en quittant sa terre natale du district de Duc Hoà, province de Long An (Sud) pour Hô Chi Minh-Ville. Elle doit alors exercer divers petits boulots pour subvenir aux besoins élémentaires de ses enfants. Pendant qu’elle travaille la journée pour les nourrir, le petit Huynh Châu, livré à lui-même, rôde dans la rue, exposé, de fait, à de nombreux risques. Ému devant cette situation, l’oncle maternel - un taekwondoiste renommé à l’époque - prend son neveu sous son aile, lui demandant de venir s’entraîner pour mettre fin à ces vagabondages qui ne peuvent rien lui apporter de bon.
« C’est à dix ans que j’ai commencé le taekwondo, grâce à mon oncle. J’étais tellement heureux ! Très rapidement, j’ai montré des dispositions pour cet art martial. Après l’école, je partais directement rejoindre le dojo pour m’entraîner. Et voilà où j’en suis aujourd’hui », se souvient Lê Huynh Châu.

Plus il pratique, plus il montre de maîtrise de soi et de force de caractère. Seulement un plus d’un an après sa première leçon, Huynh Châu remporte le titre de champion de Hô Chi Minh-Ville et est convoqué dans la sélection de la mégapole du Sud, avec à la clé une compensation mensuelle de 250.000 dôngs. « Même si ce n’était pas grand chose, cela permettait de soutenir un peu le quotidien de ma mère. Ça m’a en tout cas motivé pour continuer dans cette voie et en faire ma profession. Je m’entraînais tellement dur qu’il m’arrivait de perdre deux kilos lors de certaines séances» , raconte le taekwondoiste, non sans émotion.

Un travail récompensé

Des efforts qui paient, puisque Lê Huynh Châu parvient à réaliser son vœu le plus cher : vivre de son sport. En 2003, il est sacré vice-champion d’Asie chez les juniors (moins de 45 kg) dès sa 1re participation à cette compétition. Une performance auréolée d’une prime de dix millions de dôngs, qui à l’époque lui permet d’aider sa mère à recouvrir le toit de la maison.
Un an plus tard, il est sélectionné pour le programme de formation des sportifs de la génération dorée de Hô Chi Minh-Ville (2004-2006). Grâce à ses allocations mensuelles, il peut enfin prendre soin de sa mère.

Il commence à se faire un nom, jusqu’à remporter la médaille de bronze chez les moins de 63 kg aux Championnats du monde en 2011, qui lui vaut d’être de l’aventure olympique pour Londres en 2012.

Pour l’heure, avec un salaire mensuel fixe supérieur à dix millions de dôngs - sans compter les primes glanées lors des tournois -, Lê Huynh Châu est, à 26 ans, en train de faire construire sa propre maison dans le 7e arrondissement. En parallèle à sa carrière de sportif de haut niveau, il poursuit des études à l’École normale supérieure de l’éducation physique et des sports de Hô Chi Minh-Ville, afin de préparer sa reconversion.

« Le taekwondo m’a tout donné, vraiment, avec un logement, des médailles, de l’argent. Mieux encore, il m’a permis de rencontrer mon épouse Trân Huyên Yên Nhi, médaillée d’argent aux Championnats d’Asie du Sud-Est en 2009, avec qui je partage tout», nous révèle le champion, plein d’étoiles dans les yeux. Un magnifique symbole de réussite à montrer dans toutes les écoles.
Lê Huynh Châu en quelques dates
- Né en 1987
- Quadruple médaillé d’or aux Championnats du Vietnam (2005, 2006, 2009 et 2010)
- Médaillé d’argent aux Championnats
juniors d’Asie en 2003 chez les moins
de 45 kg
- Médaillé de bronze aux Championnats d’Asie
en 2010 (moins de 68 kg) et en 2012
(moins de 58 kg)
- Médaillé de bronze aux Championnats du
monde 2011 (moins de 63 kg).
Qualifié aux JO de Londres 2012. - VNA