Village des fondeurs de Ngu Xa

Il y a fort longtemps, au XVIe siècle, les habitants de cinq villages des provinces de Bac Ninh et Hung Yên ont déménagé pour Thang Long, Hanoï aujourd’hui, afin de créer un nouveau village de fondeurs
Village des fondeurs de Ngu Xa ảnh 1Un artisan de Ngu Xa et ses statues en bronze. Photo : An Khang - Van Phuc/CVN

Hanoï (VNA) - Il y a fort longtemps, au XVIe siècle, les habitants de cinq villages des provinces de Bac Ninh et Hung Yên ont déménagé pour Thang Long, Hanoï aujourd’hui, afin de créer un nouveau village de fondeurs qu’ils ont baptisé Ngu Xa.

Je pensais non sans humour au karma (nghiêp en vietnamien) lors de ma dernière visite à la pagode Thân Quang (Lumière miraculeuse) située dans la rue Ngu Xa (Cinq villages). Cette dernière était anciennement une des deux îles lacustres du lac de Trúc Bach qui jouxte celui de l’Ouest ou le Grand Lac de Hanoï.

Pourquoi le nom Ngu Xa ? Parce que cet endroit était habité depuis très longtemps par des fondeurs venus de cinq villages des provinces voisines de Bac Ninh et de Hung Yên (Nord).

Ce métier artisanal, qui s’est transmis de génération en génération, a beaucoup décliné. Chaque atelier familial ne comprenait que de cinq à sept personnes. Il était installé dans une pièce assez vaste pour contenir un four à deux étages destinés à la fusion du cuivre et au moulage. Les matières premières employées étaient le charbon de bois apporté de la haute région et le cuivre revendu par des marchandes ambulantes, qui battaient les rues pour acheter de vieux objets (douilles de cartouche, pièce de machine, sapèques…). Les produits fabriqués (objets de culte : grues, brûle-parfums, urnes, chandeliers, crachoirs, cuvettes) étaient vendus Rue du Cuivre (phô Hàng Ðông en vietnamien).

Une grande spécialité qui fait la renommée des artisans de Ngu Xa est la fonte des cloches et des statues de culte. Même maintenant, les pagodes et les maisons communales de tout le pays s’adressent à eux.

Une statue du Bouddha pesant 10 tonnes

La pagode Thân Quang dont nous avons parlé honore la mémoire du bonze Nguyên Minh Không, patron des fondeurs de cuivre. Ses premières constructions datent du XVIIIe siècle. Au début de la première guerre de résistance, en 1947, l’édifice a été gravement endommagé. Le bonze Mat Dac a fait une collecte pour sa restauration et la fonte d’une statue d’A Di Dà (Amitabha ou Amida en japonais), le bouddha le plus populaire au Vietnam.

La statue du Génie gardien du Nord Trân Vu du temple homonyme (lac de l’Ouest) et celle d’A Di Dà de Ngu Xa sont les plus grandes statues en bronze des temples traditionnels de Hanoï.

Son premier moulage date de 1949, au jour anniversaire de la naissance de Sakyamuni. Le même jour, en 1952, le travail mené selon les procédés traditionnels de Ngu Xa est achevé. La statue, haute de 3,95 m (oreilles longues de 70 cm) pèse au total 10 tonnes. Rien que le lotus à 96 pétales servant de trône au bouddha a demandé 16 quintaux de cuivre. Outre le métal collecté pieusement par des fidèles locaux et des pèlerins de partout, il faut signaler la contribution involontaire des statues érigées par l’administration française sur les places publiques à la gloire du colonialisme "civilisateur" (entre autres, celles de Jean Dupuis l’aventurier du fleuve Rouge, d’un gouverneur général d’Indochine…)

Peut-être que dans la peau de bronze du Bouddha de Ngu Xa, les êtres humains auront eu le temps de méditer ces vers de Viên Chiêu, un bonze vietnamien du XIe siècle :

"Pénétré de cette vérité qu’ayant atteint la vacuité de l’âme, toute chose perçue apparaît illusoire.

On laissera s’accomplir la grande loi d’évolution qui régit tout, réel ou irréel, visible ou invisible". -CVN/VNA

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