Une coutume, deux jeux

Pour les montagnards, les coutumes et les jeux du Têt reflètent leur idéologie, originale et distincte d’une ethnie à l’autre. Chez les Lu, ils sont imprégnés de croyances bouddhistes.
Une coutume, deux jeux ảnh 1Les Lu jouant de la "Compétition du Dragon roulant". 

Lai Chau (VNA) - Pour les montagnards, les coutumes et les jeux du Têt reflètent leur idéologie, originale et distincte d’une ethnie à l’autre. Chez les Lu, ils sont imprégnés de croyances bouddhistes.

Les Lu peuplent une région montagneuse de la commune de Nâm Tân, district de Sin Hô, province de Lai Châu, à proximité de la frontière avec la Chine. Selon les annales historiques, ils vinrent du Myanmar et de Sipsongpana (Chine) et s’installèrent ici avant le Xe siècle. Modeste en nombre de représentants (environ 5.000), la communauté Lu doit être l’une des seules parmi les ethnies minoritaires du Nord-Vietnam à vénérer Bouddha. Les restes de pagodes bouddhiques en témoignent.

"Des calamités naturelles désastreuses et la longue guerre ont ruiné toutes les constructions religieuses du coin. Malgré cela, l’idéologie bouddhique imprègne toujours la vie, les croyances et les coutumes de cette ethnie", explique Lo Van Chiên, ex-président du Comité populaire du district de Phong Thô. Et de citer comme preuve la coutume dite du "village défendu" et de jeux introuvables ailleurs que les Lu pratiquent traditionnellement lors du Têt. "C’est par cette coutume étrange et ces jeux originaux que l’identité Lu est bien préservée et se transmet toujours de génération en génération", affirme M. Chiên.    

Conseils de Bouddha 

"De nos jours, notre vie s’améliore sensiblement, et ceci se fait en conservant nos coutumes dans lesquelles on trouve les bons conseils de Bouddha qu’on vénère", confie Tao Van On, chef de la communauté Lu, en accueillant des visiteurs venus de la plaine.

La coutume dite du "village défendu" doit être l’une des plus observées pendant le Têt. La tradition veut que durant trois jours de fête, personne ne peut entrer ni sortir du village.  "Bouddha connaît tous les villageois qu’il s’engage à protéger. Il n’accepte donc pas les inconnus venus de loin", chuchote le patriarche, face aux questions indiscrètes des visiteurs. Et de raconter l’histoire de cette coutume dont l’origine se perd dans la nuit des temps. 

Il y a bien longtemps, un grand déluge s’abattit sur le village des Lu situé au pied de la montagne baptisée "la Tête du Dragon". Nombreux furent les habitants qui eurent à se réfugier dans d’autres régions. Ceux qui restèrent, faisant face à d’innombrables difficultés, virent le nombre de vivants se réduire de jour en jour, à cause de la famine et des épidémies.

Une nuit, le patriarche du village rêva de Bouddha qui lui dit ceci : le Génie du Dragon s’est mit en colère car les habitants faisaient preuve d’ingratitude envers lui. Il faut que les villageois lui fassent une cérémonie cultuelle pour lui demander grâce, et pratiquent désormais la coutume dite du "village défendu" lors du Têt... Le conseil de Bouddha fut pratiqué toute de suite. Et par miracle, les vœux des Lu furent exaucés : plus de déluge, plus d’épidémies, plus de pertes humaines… La vie redevint paisible et la région fut de plus en plus prospère. 

Jeu d’esprit, jeu de force

Bouddha a appris aux Lu deux jeux singuliers à exercer pendant le séjour du Têt, appelés "Scène d’interrogation de la matrone du village", et "Compétition du Dragon roulant". "Il s’agit de deux jeux populaires au caractère instructif auxquels les Lu participent avec zèle pendant la période du village défendu", s’enthousiasme Tao Van On. Air mystérieux, il révèle aux visiteurs des "pratiques secrètes" propre à son ethnie.

Le premier jeu, "Scène d’interrogation de la matrone du village", oppose deux groupes, l’un de femmes et l’autre d’hommes, dirigés chacun par une "matrone" (femme d’âge mur ayant de larges connaissances sur la culture de l’ethnie). À tour de rôle, un membre d’un groupe saute à cloche-pied autour du terrain de jeu, puis s’arrête devant la "matrone" de l’autre groupe et lui pose une question quelconque sur les us et coutumes des Lu. Si elle n’arrive pas à répondre correctement, l’interrogateur est vu comme le gagnant.

Le deuxième jeu, "Compétition du Dragon roulant", oppose deux rangés d’hommes disposés face à face. Ils se tiennent par les mains, créant sous leurs bras un passage. C’est par ce passage assez étroit et long de dizaines de mètres que les concurrents doivent, tour à tour, rouler par terre, d’un bout à l’autre du passage, au milieu des cris d’encouragement des villageois. Ceux qui atteignent le but sont vainqueurs. Selon les anciens, ce jeu décrit le difficile périple d’autrefois des Lu à travers la chaîne montagneuse de Hoàng Liên Son et la rivière Noire (Sông Dà) au courant violent pour venir s’installer au pied de la montagne "Tête du Dragon".

"Si le premier est un jeu d’esprit qui demande aux concurrents de larges connaissances culturelles, le deuxième est un jeu de force qui teste les capacités physiques", explique Tao Van Coong, septuagénaire, examinateur des jeux. Surnommé "l’encyclopédie vivante de l’ethnie" par les villageois, le vieil homme connaît par cœur d’innombrables airs folkloriques, contes populaires, coutumes traditionnelles, principes de la vie spirituelle et culturelle de son ethnie.

"Parmi tous nos jeux printaniers, ces deux-là enseignés par Bouddha sont les plus sacrés. En les pratiquant régulièrement, les Lu témoignent de leur volonté de préserver leur trésor folklorique millénaire et le transmettre aux jeunes générations", conclut-il d’un air confiant. -CVN/VNA

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