Sur les traces des reporters morts pour la Patrie

Le journaliste Trân Van Hiên, 73 ans, a consacré des décennies à explorer le Vietnam afin de rédiger des portraits de centaines de journalistes morts en martyr pour la Patrie.
Hanoi (VNA) – Le journaliste Trân Van Hiên, 73 ans, a consacré des décennies à explorer le Vietnam afin de rédiger des portraits de centaines de journalistes morts en martyr pour la Patrie.
Sur les traces des reporters morts pour la Patrie ảnh 1Le journaliste Trân Van Hiên lors d'une visite à un cimetière des soldats morts pour la Patrie situé dans le district de Anh Son, province de Nghê An. Photo : IVeR

Il y a plus de 20 ans, le journaliste Trân Van Hiên, ancien rédacteur en chef adjoint du journal Nghê An, a pris l’initiative de suivre les traces des journalistes tombés sur le champs d’honneur.

Cet homme énergique était à l'origine un ingénieur du génie civil. Vers la fin des années 1960, il était présent dans les régions du Centre qui ont subi des attaques féroces de l'armée américaine. Voulant témoigner des sacrifices héroïques des soldats et habitants vivant sur place, Trân Van Hiên décida de prendre la plume et signa alors ses premiers articles de presse. C’est en 1969, qu’il fut affecté au journal Nghê An (Centre). Depuis lors, il n’a plus quitté le monde du journalisme.

Son initiative de suivre les traces des journalistes tombés sur le champs d’honneur lui est venu en cherchant des informations sur deux journalistes martyrs qui étaient ses camarades de la 2e promotion (1974-1976) à l’École centrale de journalisme.

Trân Van Hiên connaissait le sacrifice de son camarade Vu Hiên, reporter du journal Hai Quân Viêt Nam (Marine du Vietnam), tombé sur le champs d’honneur en 1979. Cependant, il n’a eu l’opportunité de rendre visite à la famille de Vu Hiên, vivant près de Hai Phong (Nord) qu’en 1997. L’épouse de Vu Hiên a confié à Trân Van Hiên son malheur de n’avoir pas eu la chance de retrouver la tombe de son mari, et de n’être en possession que de quelques informations assez sommaires sur le lieu de son sacrifice, un champs de bataille au Cambodge.

Continuant sa quête, Trân Van Hiên est allé rencontrer l'Association des journalistes du Vietnam, où il a découvert une liste des 380 journalistes morts pour la Patrie dont 66 femmes reporters. Dans cette liste, un encadré était dédié à son ami Vu Hiên qui disait ceci : "Le journaliste martyr Vu Hiên du journal de la Marine du Vietnam, a rejoint l'armée de militaires volontaires du Vietnam. Engagé sur le champ de bataille au Cambodge. Vu Hiên s’est sacrifié lorsqu’il exerçait sa profession dans un combat”. Cette simple notice était la même pour chaque martyr et 60% des corps de ces journalistes n’avaient pas été retrouvés.

Constatant cette réalité désolante, Trân Van Hiên s’est dit vouloir “reconstruire” les portraits des journalistes martyrs. "Je voulais le faire pour que les proches de ces reporters de guerre et les jeunes générations comprennent mieux leur parcours héroïque, tout comme leur sacrifice silencieux", explique-t-il.  Cette réflexion l'a poussée à continuer sans relâche à collecter des informations sur les journalistes sacrifiés durant les guerres.

En 2000, il s'est rendu à Hô Chi Minh-Ville pour assister à une conférence-bilan sur les mers et les îles, où il a rencontré le général de division Nguyen Van Tinh. Militaire de la Marine du Vietnam, ce général de division a commandé la bataille dans laquelle était présent le reporter de guerre Vu Hiên. Les informations fournies par le général de division Nguyên Van Tinh permirent au journaliste d’écrire un article intitulé “Éclair à l’entrée de Kampong Cham”. L’article s’attachait à reconstituer les derniers moments de vie du reporter de guerre Vu Hiên, tué dans une attaque contre les Khmers rouges au Cambodge vers le début de l’année 1979. Au milieu de la fumée et du feu de ce combat acharné, le journaliste est tombé subitement après l’éclair d’un obus, ses mains agrippant toujours son appareil photo.

Sa quête insatiable d’informations sur les reporters de guerre morts pour la Patrie a conduit le journaliste Trân Van Hiên sur différents anciens champs de bataille à travers tout le pays mais aussi au Cambodge et au Laos.

Plus de 500 portraits de journalistes martyrs
Sur les traces des reporters morts pour la Patrie ảnh 2 Un des deux livres de l'auteur Trân Van Hiên contenant des portraits et reportages sur des centaines de journalistes morts pour leur Patrie. Photo : QDND

En tant que rédacteur en chef adjoint du journal Nghê An depuis 1995, Trân Van Hiên a eu l'occasion de voyager dans de nombreux endroits, et il en profitait à chaque fois pour récolter des informations sur les journalistes martyrs. Menant son projet jusqu’au bout, il a aussi rendu visite aux proches des journalistes martyrs, à leurs collègues, camarades de guerre et autres témoins, pour collecter des informations et souvenirs de guerre.

Jusqu’à aujourd’hui, le journaliste Trân Van Hiên a dressé une liste de 511 journalistes tombés sur le champs d’honneur durant les deux résistances nationales contre la France et les États-Unis. Tous étaient parmi les meilleurs journalistes de l’Agence Vietnamienne d’Information, de la Radio du Vietnam ou encore du journal Quân Dôi Nhân Dân (Armée populaire)

De tout son travail, il en a fait deux livres qu’il présente aujourd’hui avec fierté : "Khoanh khac và mai mai" (Moment and Forever) et "Standing Under the Bomb" (Ceux qui informent malgré les risques). Les deux forment une compilation de 400 pages contenant des portraits et reportages sur ces 511 journalistes morts pour leur Patrie.

En 2020, Trân Van Hiên, aidé par le bonze gérant de la pagode Au Lac (province de Nghê An), a organisé une cérémonie de prière pour tous ces journalistes martyrs avec le souhait de graver à jamais leurs mérites.

Que le sacrifice de ces journalistes martyrs ne soit jamais oublié. – CVN/VNA

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