À la découverte du puits vietnamien

Le Vietnam compte beaucoup de puits. Ces derniers constituent non seulement une ressource en eau mais aussi une partie intégrante de la vie spirituelle des villageois.
À la découverte du puits vietnamien ảnh 1Dans le passé, les puits jouaient un rôle vital dans la vie quotidienne des Vietnamiens.

Hanoi (VNA) - Le Vietnam compte beaucoup de puits. Ces derniers constituent non seulement une ressource en eau mais aussi une partie intégrante de la vie spirituelle des villageois.​

Dans toutes les cultures, le puits a valeur de symbole, revêtant souvent un caractère sacré dans les croyances populaires. Il évoque le mystère, l’abîme, l’Enfer, le séjour des morts, mais aussi la vie et son origine, l’abondance. Il représente le savoir et la profondeur - les Français disent "puits de science, puits d’érudition" - d’une personne savante. Selon certaines anciennes cosmogonies, il est la synthèse des trois composantes de l’univers (eau, terre, air) et des trois mondes (Ciel, Terre, Enfer).

Des chansons populaires inspirées par le puits

Au Vietnam, pays de fortes chaleurs, malgré de nombreux cours d’eau, lacs et étangs, le puits s’est toujours avéré une nécessité. Point étonnant qu’il soit fortement ancré dans nos traditions.

Chaque village possède devant la maison commune et la pagode un puits sacré dont l’eau sert comme offrande rituelle, ou aux ablutions des statues de génies et de Bouddha, ou comme boisson (les amateurs de thé la recherchent), il est interdit d’y laver le linge. Il compte en outre quelques puits familiaux. Certains ont des rebords en briques, celui qui se trouve dans la cour du Musée de l’histoire de Hanoï a une belle margelle en terre cuite qui date du XIe siècle. Autour du puits se rencontrent les gens du hameau pour  laver les vêtements, et se baigner en "potinant". Les femmes prennent le bain à part, le soir. Dans certaines régions, comme à Phú Tho, elles se baignaient toutes nues, même au clair de lune.

Plus d’une chanson populaire fait allusion au puits. Ainsi, une jeune femme se plaint d’être obligée d’épouser l’homme choisi par ses parents :

"Mon sort est celui des gouttes de pluie,
Certaines choient dans le puits, d’autres dans le jardin des fleurs".
(Thân em nhu hat mua rào
Hat roi xuông giêng, hat vào vuon hoa.)


Elle est à la merci du destin :

"Je suis pareille au puits sur la route,
L’homme décent y lave la figure, le vulgaire y lave les pieds".
(Thân em nhu giêng giua duong
Nguoi khôn rua mat, nguoi thuong rua chân.)


La société imbue de confucianisme classe l’homme au sommet et la femme au bas de l’échelle de l’intelligence :

"L’homme, si superficiel soit-il, est un puits profond.
La femme, si profonde soit-elle, est pareille à une boîte de  bétel (à rebord très court)".
(Dàn ông nông nôi giêng khoi
Dàn bà sâu sac nhu coi dung trâu)


Un puits au caractère mystérieux

Par contre, le puits du temple de Cô Loa (près de Hanoï) est un hommage à la pureté de l’amour féminin, puisque son eau, dit-on, donne aux perles qu’on y lave un lustre merveilleux. La princesse My Châu qui avait livré sans le savoir un secret d’État à son mari, prince chinois, fut décapitée par son propre père (IIe siècle av. J.-C.).

Le lotus du Puits de Jade est l’image d’une âme pure et belle. Selon la tradition, le lettré érudit Mac Dinh Chi (XIVe siècle) aurait écrit un morceau de prose rythmée sur ce symbole lors de sa présentation au concours littéraire du Palais royal. Le roi ne voulut pas lui décerner le titre de premier lauréat du doctorat à cause de sa laideur physique. En se comparant à ce lotus féerique, Mac Dinh Chi a gagné sa cause.

Depuis un demi-siècle, la société traditionnelle vietnamienne a été bouleversée par les luttes révolutionnaires, trente années de guerre et l’adoption de l’économie de marché depuis 1986. À la campagne, le puits familial, symbole de l’union de plusieurs familles nucléaires autour de la branche aînée, est soumis à une rude épreuve. Dans une récente chronique écrite pour le journal Suc khoe (Santé), l’écrivain Ma Van Khang en a donné un exemple typique. Le puits de sa grande famille qui date de 60 à 70 ans, gardait tant de doux souvenirs de plusieurs générations. Et voici que l’eau courante fit son apparition, source de querelles sordides au sujet des cotisations mensuelles. Chaque famille nucléaire voulait payer moins, arguant de ce qu’elle consommait plus d’eau du puits que d’eau courante. À la fin, on combla le puits. Triste effet de la modernisation ! -CVN/VNA

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