XIVe Congrès national du Parti : L’énergie, clé de la trajectoire de croissance du Vietnam à l’horizon 2045

Dans un contexte mondial marqué par des recompositions profondes des chaînes de valeur, des exigences accrues en matière de transition verte et de normes climatiques, ainsi que par des tensions géopolitiques persistantes, assurer une croissance rapide mais durable devient un défi central pour le Vietnam.

Eric Van Vaerenbergh, expert en énergie et enseignant à l’École centrale des arts et métiers de Bruxelles (ECAM). Photo : VNA
Eric Van Vaerenbergh, expert en énergie et enseignant à l’École centrale des arts et métiers de Bruxelles (ECAM). Photo : VNA

Bruxelles (VNA) – À l’approche du XIVe Congrès national du Parti communiste du Vietnam, moment politique majeur définissant les orientations stratégiques du développement national pour les décennies à venir, la question du renouvellement du modèle de croissance s’impose avec une acuité particulière.

Dans un contexte mondial marqué par des recompositions profondes des chaînes de valeur, des exigences accrues en matière de transition verte et de normes climatiques, ainsi que par des tensions géopolitiques persistantes, assurer une croissance rapide mais durable devient un défi central pour le Vietnam.

Selon les analyses d’experts internationaux, l’énergie constitue l’un des leviers déterminants pour permettre au Vietnam de concrétiser son ambition de devenir un pays à revenu élevé d’ici 2045.

S’exprimant auprès de l’Agence vietnamienne d’information (VNA) à Bruxelles, Eric Van Vaerenbergh, expert en énergie et enseignant à l’École centrale des arts et métiers de Bruxelles (ECAM), estime que le Vietnam dispose d’atouts solides pour maintenir une croissance soutenue à long terme, à condition d’opérer un changement fondamental dans la manière de créer de la valeur, en s’appuyant sur une base énergétique suffisamment robuste, fiable et compétitive.

Selon cet expert belge, les objectifs de développement fixés par le Vietnam pour la période 2026–2045 sont ambitieux mais réalistes. Le pays bénéficie en effet d’une intégration internationale approfondie, d’une base industrielle déjà constituée, d’une structure démographique encore favorable et d’une capacité de pilotage des politiques publiques relativement efficace. Toutefois, le contexte international actuel diffère profondément de celui des décennies précédentes. La fragmentation croissante du commerce et de la technologie, conjuguée au durcissement des exigences en matière de climat, de traçabilité et de conformité aux normes, impose de nouvelles contraintes. À cela s’ajoutent des limites physiques de plus en plus visibles, notamment en matière d’énergie, d’eau et de ressources naturelles.

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Des techniciens d’EVN effectuent des travaux de réparation et de maintenance des équipements électriques. (Photo : EVN)

Dans ce contexte, la question centrale n’est plus de savoir à quelle vitesse le Vietnam peut croître, mais plutôt comment il peut générer davantage de valeur avec moins de ressources, tout en renforçant sa résilience face aux chocs externes. Pour la période 2026–2030, Eric Van Vaerenbergh évoque trois scénarios de croissance : un scénario central autour de 6,5 à 7,5 % par an ; un scénario élevé pouvant atteindre 8 à 9 % ; et un scénario de croissance à deux chiffres, qui reste possible mais ne saurait être considéré comme acquis sans la réunion de conditions structurelles déterminantes.

Parmi ces conditions, l’investissement public rapide, ciblé et efficace dans les infrastructures occupe une place prioritaire, notamment dans les domaines de l’énergie, des ports, des routes et des chemins de fer. L’électricité, en particulier, est considérée comme l’« artère vitale » de l’économie moderne. Le Vietnam a besoin d’une électricité à la fois abordable, sûre, disponible à la demande et extensible, tant en capacité de production qu’en réseaux de transport. Sans un système électrique robuste et des contrats d’approvisionnement fiables, les secteurs à forte intensité énergétique tels que l’électronique, les semi-conducteurs ou les centres de données auront des difficultés à se développer conformément aux attentes.

Au-delà des infrastructures, l’amélioration réelle de la productivité globale des facteurs constitue un autre pilier essentiel. Le modèle de croissance ne peut plus reposer principalement sur l’expansion de la main-d’œuvre et du capital, mais doit s’orienter vers une montée en gamme des compétences, en particulier celles des ingénieurs, techniciens et cadres industriels. Dans le même temps, un environnement juridique simplifié, stable et prévisible est indispensable pour renforcer la confiance des entreprises et des investisseurs, notamment dans une perspective d’engagement à long terme.

L’expert souligne également l’importance des moteurs externes tels que l’Accord de libre-échange Vietnam–Union européenne (EVFTA), le Partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP), le Partenariat économique régional global (RCEP) ou encore la stratégie « Chine +1 ». Toutefois, ces accords ne produiront pleinement leurs effets que si la valeur ajoutée domestique du Vietnam est sensiblement renforcée. À défaut, l’économie vietnamienne, très ouverte, pourrait être exposée à des risques accrus liés aux règles d’origine, aux enquêtes antidumping ou aux nouvelles barrières environnementales, notamment celles liées au carbone.

Devenir un pays à revenu élevé, souligne Eric Van Vaerenbergh, ne se limite pas au franchissement d’un seuil de revenu nominal, lequel est régulièrement révisé. Le véritable défi réside dans la capacité à maintenir une trajectoire de développement durable sur deux décennies, dans un contexte de ralentissement démographique et d’érosion progressive de l’avantage comparatif lié au faible coût de la main-d’œuvre. Dans cette perspective, la productivité doit devenir le moteur central de la croissance.

Pour y parvenir, le Vietnam devra engager une impulsion institutionnelle suffisamment forte, garantissant la sécurité juridique, accélérant les processus décisionnels et luttant efficacement contre la corruption sans paralyser l’appareil administratif. Parallèlement, une stratégie délibérée de montée en gamme des chaînes de valeur est nécessaire, afin de passer de l’assemblage à la conception, à la fabrication de composants, au développement de logiciels industriels et à des services à forte valeur ajoutée, voire à la construction de marques nationales.

Le capital humain est considéré par l’expert comme l’investissement le plus rentable. Le Vietnam doit former et attirer un grand nombre d’ingénieurs et de techniciens, tout en mettant en place des dispositifs de reconversion et de formation continue pour suivre le rythme des nouvelles vagues technologiques. Néanmoins, ces efforts seront insuffisants sans un système énergétique compétitif, fiable, faiblement émetteur de carbone et capable de répondre à la demande croissante. Les difficultés rencontrées par certains pays occidentaux, notamment en raison d’une dépendance excessive à des sources d’énergie renouvelable intermittentes, constituent à cet égard des leçons à prendre en compte.

Selon Eric Van Vaerenbergh, le nouveau modèle de croissance ne signifie pas un ralentissement, mais un déplacement des sources de création de valeur. Il s’agit d’abandonner un modèle fondé sur l’extension quantitative et le travail à bas coût, pour privilégier la productivité, la qualité et l’innovation, dans une logique d’économie circulaire. Cela implique des réformes administratives substantielles, la libération du potentiel du secteur privé, la réforme des entreprises publiques afin qu’elles ne freinent pas les capitaux privés, ainsi qu’une allocation plus efficiente des ressources.

Dans un contexte géopolitique de plus en plus complexe, l’expert recommande au Vietnam d’adopter une stratégie de « multi-alignement », en diversifiant ses partenariats et en renforçant sa capacité à démontrer le respect des normes internationales. La conformité, loin d’être un fardeau, peut devenir un avantage concurrentiel, notamment face aux nouveaux mécanismes de l’Union européenne tels que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), le règlement contre la déforestation (EUDR) ou la directive sur le devoir de vigilance des entreprises (CSDDD).

En conclusion, Eric Van Vaerenbergh estime que le Vietnam peut pleinement s’inscrire dans une trajectoire de croissance rapide et durable à l’horizon 2045 s’il place la productivité, l’énergie et les institutions au cœur de sa stratégie de développement. Des objectifs clairs en matière de valeur ajoutée, de compétences, de fiabilité du système électrique et de qualité institutionnelle permettront de transformer l’ambition en actions concrètes, tout en renforçant la confiance des citoyens, des entreprises et des partenaires internationaux. Comme il le souligne : « Une croissance rapide est possible, mais elle ne sera durable que si le Vietnam crée davantage de valeur par kilowattheure d’électricité, par mètre cube d’eau et par unité de ressource. C’est là la voie la plus sûre pour accéder au statut de pays à revenu élevé ». - VNA

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