L’art du chèo, un dossier en gestation pour l’UNESCO

Une candidature à l’UNESCO pour conserver et valoriser l’art du chèo

Le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme se prépare à soumettre à l’UNESCO un dossier de candidature pour inscrire le chèo (théâtre populaire) au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Hanoi (VNA) – Le ministère de la Culture, des Sports etdu Tourisme, en coopération avec les ministères et localités concernés, seprépare à soumettre à l’UNESCO un dossier de candidature pour inscrire le chèo (théâtre populaire) au patrimoine culturelimmatériel de l’humanité.
Une candidature à l’UNESCO pour conserver et valoriser l’art du chèo ảnh 1Une scène de la pièce classique "Quan Âm Thi Kính". Photo : CTV/CVN

Le chèo est un genre théâtral populaire duVietnam, né dans les villages du delta du fleuve Rouge, qui se caractérise parla large place accordée à l’humour. Le mot "chèo" signifie le lyrisme des chansons populaires etdes proverbes. Son air enjoué se manifeste à travers le rire et la subtilité.Le bien et le mal sont les thèmes principaux.

Le chèo est souvent joué lors des fêtesfolkloriques pour rendre grâce aux divinités d’avoir apporté une récolteabondante et la prospérité au village. C’est l’occasion pour les paysansd’échanger et de chanter avec tout leur cœur. Les airs de ces chansonsutilisent souvent un langage multi-vocal et multi-sens, combiné à unecomparaison narrative et lyrique.

Une histoire de dix siècles

À travers sa longue histoire, depuis le Xe siècle, cet art populairea pénétré profondément la vie socio-culturelle vietnamienne. Contrairement au tuông (théâtre classique) qui loue les exploitshéroïques de la noblesse, le chèo décrit la vie simple des paysans et loueles nobles qualités de l’homme. Sa teneur est dérivée des contes de fées et desanciennes histoires en nôm (écriture démotique sino-vietnamienne). Il est toujours lié aulyrisme : il exprime les émotions et les sentiments de l’être humain ; ilchante l’amour, l’amitié et l’affection. En outre, il présente souvent despièces humoristiques qui critiquent les mauvaises habitudes et dénoncentl’injustice, pour valoriser l’amour, la tolérance et le pardon.

L’ancienne capitale Hoa Lu, dans l’actuelle province de Ninh Binh (Nord), estla terre ancestrale du chèo. On fait remonter la naissance de ce typethéâtral à la dynastie des Dinh (Xe siècle), où Pham Thi Trân, unechanteuse talentueuse du palais royal, commença à créer de véritables piècesalliant chansons et danses. Auparavant, le théâtre populaire existait déjà maisseulement sous forme d’extraits et de chansons courtes.

Au XVe siècle, le roi Lê Thanh Tông bannit à la cour le chèo sous l’influence du confucianisme. Pourtant, ilresta présent dans les fêtes villageoises, ce qui confirme l’association descérémonies culturelles et des divertissements populaires.

Le chèo continua ainsi de se développer et connutson apogée à la fin du XIXe siècle avec les pièces célèbres comme "Quan Âm Thi Kính", "Luu BinhDuong Lê", "Kim Nham", etc. Au début du XXe siècle, il a été porté sur scène pourrefléter non seulement la vie rurale mais aussi celle de la ville avec despièces comme Tô Thi, Nhi Dô Mai.

Des satires du pouvoir

Le chèo est la somme de différentes formes artistiques: chants, danses, musique. Chaque histoire ancienne, chaque pièce classiquerevêt une grande valeur philosophique, souvent consacrée à une pensée et à despersonnages précis. Ce théâtre traduit un haut sens humaniste, une aspirationardente au bonheur, mais fait aussi office d’éducation à la vertu. Il affirmeque le bien gagne toujours sur le mal et termine l’histoire par une finheureuse. Plusieurs pièces et histoires anciennes sont devenues des patrimoinesd’art scénique traditionnels précieux du peuple vietnamien.

Ses figures sont souvent stylisées, standardisées et stéréotypées. Les figuressecondaires peuvent changer et se réinsérer dans toutes les pièces. Ils n’ontpratiquement pas de prénoms. On les appelle "thây dô" (maître d’école), "phuông" (richard), "thua tuong" (premier dignitaire de la cour), hê (bouffon).

Le bouffon, maquillé de noir, joue un rôle caractéristique dans toutes lespièces de chèo. Il est auteur de rires sarcastiques, fustigeant, exposant lesmauvaises habitudes de la société féodale représentée par la classe dirigeantemandarine. 

Place importante du tambour

Ce théâtre populaire dispose de 200 airs, principalement formés et dérivés dechansons folkloriques, de poésies lyriques... Chacun a des fonctionsexpressives, exprimant l’état du personnage dans les circonstances spécifiquesde la pièce.

Tandis que les airs joyeux expriment l’humour, l’intelligence avec le but decritiquer doucement les mauvaises habitudes, d’aider les gens à être bons, lesairs lyriques reflètent la réalité de la vie sociale et l’état émotionnelhumain à travers des sentiments personnels devant les événements de la vie.Durant les pièces, plusieurs instruments sont utilisés, comme le tambour, laviole à deux cordes, le monocorde, le luth à caisse ronde et à deux cordes, lacymbale. 
 
De part et d’autre de la scène, l’orchestre accompagne la pièce et accentue latension dramatique. Les musiciens n’hésitent d’ailleurs pas à commenterl’intrigue et les réactions des personnages. La pièce commence par une série deroulements de tambour qui se terminent par trois coups. C’est à ce moment quel’orchestre entonne l’ouverture au cours de laquelle l’actrice principaleprésente l’intrigue de la pièce.

L’orchestre aide à exprimer l’humeur du personnage, crée une atmosphère, untempo et une vitesse pour la pièce et sert de toile de fond aux danseurs,d’accompagnement aux acteurs pour chanter ou montrer des mouvements de scènelors de la représentation.

Dans le chèo, la musique a pour rôle d’exprimer les sentimentsintérieurs des personnages. Dans l’orchestre, le tambour joue un rôle importanten créant une atmosphère très animée.

Feu le professeur Trân Van Khê (1921-2015), spécialiste de la musiquetraditionnelle du Vietnam et Docteur de la Faculté de lettres de Paris, disaitque le tambour étant l’instrument principal dans le chèo, le batteur en devientpresque le chef d’orchestre. Plus le batteur est habile, plus les acteurs etl’orchestre seront entraînés par la musique et plus la performance sera efficace.Celui qui joue du tambour tout en scandant les chants doit parfaitementcomprendre les histoires, les mythes, les airs du chèo afin de rythmer la musique et rendre l’interprétation des acteurs les plusjustes possibles. L’ambiance de la pièce dépend ainsi essentiellement du talentde cet instrumentaliste.

Bien que le chèo soit un bien précieux du théâtretraditionnel vietnamien, cet art est aujourd’hui progressivement oublié dans lepays. Actuellement, il ne survit principalement que dans quelques écoles d’art.Les jeunes pratiquant cet art sont de moins en moins nombreux.

C’est pour cette raison que l’élaboration d’un dossier de candidature àl’UNESCO en vue d’une inscription du chèo au patrimoine culturel mondials’avère nécessaire, car elle permettrait de protéger et promouvoir cet arttraditionnel, transmis et perpétué par des générations jusqu’à nos jours. –CVN/VNA

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Photo : VNA

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