Têt, hier et aujourd’hui

Le Nouvel An lunaire est l’occasion pour les Vietnamiens de retourner aux sources et d’honorer la mémoire des ancêtres.

Hanoi, 5 février (VNA) - Le Nouvel An lunaire est l’occasion pour les Vietnamiens de retourner aux sources et d’honorer la mémoire des ancêtres. Mais cette tradition est de plus en plus sacrifiée sur l’autel de la commercialisation.

Têt, hier et aujourd’hui ảnh 1Le "bánh chung" joue le premier rôle dans le festin du Têt traditionnel.
Photo: CTV/CVN

Selon l’historien Nguyên Nha, le Têt traditionnel est la plus grande fête de l’année et le festin y tient toujours une place essentielle, dans lequel le bánh chung joue le premier rôle. Qu’est-ce que le bánh chung? C’est un gâteau traditionnel de forme carrée, confectionné les jours précédents le Têt. Dans la recette basique, il est salé et confectionné à partir de trois ingrédients: riz gluant, haricot mungo et poitrine de porc, et enveloppé dans des feuilles dong (Phrynium placentarium).

À l’origine, il existait deux gâteaux indispensables lors du Têt: le bánh chung, carré, symbolisait la Terre, tandis que le second, nommé bánh dày (gâteau de riz gluant pilé), rond, représentait le Ciel. C’est ce gâteau qui charmera Hùng Vuong (roi fondateur de la nation) par sa délicatesse et surtout par sa symbolique cosmographique, et qui permis à Lang Liêu, qui l’avait créé, d’être nommé roi.

Bien d’autres mets accompagnent le bánh chung à l’occasion du Nouvel An lunaire: poulet bouilli, giò lua (pâté de viande de porc pilé et bouilli), hành muôi (oignons salés et fermentés), nem (rouleau de printemps), canh mang (soupe aux jeunes pousses de bambou), canh bóng (soupe à la peau de porc soufflée), canh miên (soupe aux vermicelles), canh nâm tha (soupe aux champignons), canh moc (soupe à la viande de porc pilée)....  D’après le Dr Nguyên Nha, les Hanoïens préparent encore le bún thang (vermicelle au bouillon de poulet) pour le repas de fin du Têt, "hóa vàng" en vietnamien, qui signifie brûler les offrandes dédiées aux ancêtres. Celui-ci tombe souvent soit le 3e, soit le 4e ou le 5e jour du 1er mois lunaire, selon chaque famille.

Retour aux sources

L’érection du cây nêu est également une autre tradition du Têt. Cette perche rituelle repoussera les esprits malfaisants et attirera la chance pour la nouvelle année. "Au Vietnam, pour ériger le +cây nêu+, on choisit le bambou, plante souple et indestructible, montrant ainsi que le peuple vietnamien peut s’incliner devant le vent et la tempête, mais peut aussi se dresser contre l’ennemi en utilisant des bâtons", explique-t-il.

Têt, hier et aujourd’hui ảnh 2L’érection du "cây nêu" est également une autre tradition du Têt.
Photo: Vietravel/CVN

Se penchant sur l’histoire des racines culturelles, le Pr Nguyên Chi Bên, ancien directeur de l’Institut de la culture et des arts du Vietnam, relève que le cycle de vie des plantes crée naturellement un temps d’accalmie pendant lequel la végétation est en sommeil et le sol au repos. Ce répit dans les travaux des champs permet aux humains de remercier la terre et de l’implorer pour la prochaine récolte. Le nouveau cycle de culture correspond à la nouvelle année. C’est de là que le Têt traditionnel tire son origine.

Dans la tradition vietnamienne, selon le Pr Bên, le Têt est une occasion pour les gens de retourner dans leurs familles, de retrouver leurs racines, de se souvenir de leurs ancêtres, d’où le culte de ces derniers qui revêt une signification importante. En général, le début du 3e mois lunaire est l’époque où l’on rend visite aux tombeaux. Mais, dans la province de Bac Ninh (Nord), où Nguyên Chi Bên vit, cette activité se déroule pendant le Têt traditionnel. "À cette occasion, les familles visitent et brûlent de l’encens aux tombeaux de leurs aïeux pour les commémorer et prier pour le Nouvel An lunaire", explique-t-il.

Identité perdue

Au dire de chercheurs, plusieurs coutumes du Têt ne correspondent plus à la vie actuelle et la tradition se perd peu à peu au profit du commerce. La gastronomie en constitue un exemple typique. Plutôt que de faire la cuisine elles-mêmes en vue des repas destinés au culte des ancêtres, des ménagères achètent des plats préparés dans les supermarchés. Lesquels s’empressent de mettre en vente des mets rituels, bien au-delà de la fête du Têt. Auparavant, on ne mangeait du bánh chung que pendant le Têt traditionnel, mais aujourd’hui, on peut en consommer tous les jours.

L’objectif du lì xì (étrennes glissées dans de petites enveloppes rouges) est de plus en plus dénaturé. La petite somme qui symbolise des vœux de chance et de bonne santé devient une petite fortune de la part des personnes qui utilisent le lì xì à des fins intéressées. Les repas dans l’intimité de la famille se transforment en ripailles avec abus d’alcool et de bière.

Pour le Dr Phan Thanh Hai, directeur du Centre de préservation des vestiges de l’ancienne cité impériale de Huê (province centrale de Thua Thiên-Huê), il s’agit d’un phénomène lié au développement social et à l’ère de la mondialisation. Mais "il est indispensable que les responsables sensibilisent les jeunes générations à l’importance de maintenir l’identité nationale et la culture traditionnelle", souligne-t-il. Et, il y a urgence en la matière, car un peuple qui se coupe de ses traditions perdra sa mémoire et son identité.-CVN/VNA

Voir plus

Le temple Cô Bo à Thanh Hoa. Photo: https://nhandan.vn/

Thanh Hoa : Valoriser le patrimoine des Déesses-Mères pour développer le tourisme culturel

Dans un contexte de préservation du patrimoine associée au développement du tourisme culturel et spirituel, la province de Thanh Hoa mise sur la valorisation du culte des Déesses-Mères des Trois Palais, inscrit par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel représentatif de l’humanité, afin de créer un nouveau moteur de croissance touristique tout en préservant les valeurs traditionnelles.

La Semaine du film pour enfants Vietnam–Suède se tient du 1er au 5 juin. Photo: comité d'organisation

La Semaine du film Vietnam-Suède enchante le jeune public

Jusqu’au 5 juin, la Semaine du film Vietnam-Suède propose une sélection de classiques du cinéma suédois ainsi que de films d’animation vietnamiens restaurés, favorisant ainsi la narration et les échanges culturels auprès du jeune public.

Grâce à une scénographie originale et à des technologies modernes, chaque espace d’exposition propose une expérience immersive permettant aux visiteurs de découvrir la richesse historique et culturelle des ethnies vietnamiennes. Photo : Vietnam+

Musée d’ethnographie du Vietnam : Maîtriser l’IA pour façonner l’avenir numérique

Du 1er au 7 juin, le Musée d’ethnologie du Vietnam, rattaché à l’Académie vietnamienne des sciences sociales, organise une série d’expériences numériques, à la fois en présentiel et en ligne, dans le cadre de la Semaine internationale des musées 2026 (MuseumWeek). À travers ces initiatives, le musée entend faire du numérique un véritable moteur de médiation culturelle, capable de transformer les expositions traditionnelles en parcours immersifs et interactifs, tout en incitant les visiteurs à explorer de manière active l’histoire, les coutumes et les modes de vie des communautés ethniques du pays.

L’ancienne prisonnière politique Lê Tu Câm, émue, contemple son portrait restauré par numérisation et réalisé à partir de feuilles de lotus, exposé au Musée de Côn Dao. Photo : qdnd.vn.

Un nouveau souffle pour les musées intelligents au Vietnam

Portés par la transformation numérique, les musées vietnamiens se réinventent grâce à la numérisation, à la réalité virtuelle et aux technologies interactives. Une évolution qui redonne vie au patrimoine, enrichit l’expérience des visiteurs et rapproche l’histoire des jeunes générations.

Comment les jeunes Vietnamiens réinventent un artisanat ancestral

Comment les jeunes Vietnamiens réinventent un artisanat ancestral

Bien plus qu’un simple savoir-faire artisanal, chaque impression de Dong Ho porte la mémoire culturelle de générations de Vietnamiens. Grâce à leur créativité et à leur attachement au patrimoine national, les jeunes contribuent aujourd’hui à faire vivre cet héritage, en lui donnant une expression en phase avec leur époque.

Des visiteurs contemplent des oeuvres exposées. Photo: VNA

De la Seine au Fleuve Rouge : un pont culturel entre le Vietnam et la France

À travers des supports variés tels que la soie, le papier dó (connu à l’international sous le nom de poonah), la gravure monotype, l’acrylique ou encore l’art conceptuel, l'exposition intitulée "De la Seine au Fleuve Rouge" a offert un panorama saisissant de la scène artistique contemporaine vietnamienne, mêlant techniques traditionnelles et expressions modernes.

Présentation d’un extrait du festival "pồôn pôông" de la communauté ethnique Muong de la province de Thanh Hoa. Photo : VNA

Développer la culture à l’ère numérique

L’essor spectaculaire des concerts, des programmes de divertissement et des créations diffusées sur les plateformes numériques témoigne d’une profonde mutation des pratiques culturelles. Dans ce nouvel environnement, les technologies numériques, les plateformes de contenu, les communautés créatives et le public deviennent des acteurs à part entière de la diffusion et de la construction des valeurs culturelles. La Résolution n°80-NQ/TW du Bureau politique fixe ainsi l’objectif de bâtir un écosystème culturel numérique moderne, capable de préserver l’identité nationale tout en renforçant la compétitivité et le rayonnement international du Vietnam.

Cérémonie de clôture et remise des prix du Festival du film asiatique de Da Nang (DANAFF) 2025. Photo : VNA

Festival du film asiatique (DANAFF) 2026 : un pont vers le monde

La 4e édition du Festival du film asiatique de Da Nang (DANAFF 2026) confirme une montée en puissance, tant par son envergure que par son contenu, avec l’élargissement de ses activités vers la formation, les échanges professionnels et la coopération internationale.

Le concert exceptionnel intitulé « The Flow of Music » (Le Flux de la musique) a eu lieu le 31 mai au Théâtre Ho Guom à Hanoï. Photo: VNA

La musique au service de l’amitié Vietnam-Pologne

Un concert exceptionnel intitulé « The Flow of Music » (Le Flux de la musique) s’est tenu le 31 mai au Théâtre Ho Guom à Hanoï, à l’occasion du 76e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre le Vietnam et la Pologne. Porté par des artistes vietnamiens et polonais, l’événement a mis en valeur l’amitié entre les deux pays ainsi que le pouvoir universel de la musique comme langage de dialogue et de rapprochement.