Repenser l’agriculture face aux changements climatiques

Les habitants dans le delta du Mékong procèdent à la restructuration de l’agriculture et tentent de saisir les opportunités liées aux changements climatiques pour s’enrichir.
Hô Chi Minh-Ville (VNA) – Surnommé le «grenier à riz» du Vietnam, le delta du Mékong se heurte de plein fouet aux conséquences des changements climatiques. Les habitants, très réactifs, procèdent à la restructuration de l’agriculture et tentent de saisir les opportunités liées à ce phénomène pour s’enrichir.
Repenser l’agriculture face aux changements climatiques ảnh 1L’élevage de crevettes permet d’améliorer les conditions de vie des habitants. Photo : CTA/CVN

Octobre. La maison de Nguyên Van Danh, dans le hameau de Rach Ngua, commune insulaire de Long Hoà, district de Châu Thành,  province de Trà Vinh (delta du Mékong) vit au rythme d’un groupe de pénéiculteurs qui se préparent à la récolte. «J’ai commencé à élever des crevettes à pattes bleues au lieu de planter du riz il y a trois ans, fait savoir Danh. Cette activité nous a permis de construire une maison confortable et d’acheter une belle voiture d’une valeur de plus d’un milliard de dôngs».

Selon Danh, il y a dix ans, la population locale ne cultivait que du riz pendant six mois, l’autre moitié de l’année étant chômée, en raison de l’envahissement de l’eau salée qui rend impossible l’agriculture. Nul besoin de préciser que les conditions de vie des habitants étaient très difficiles. Durant cette période, ils étaient nombreux à se rendre dans d’autres provinces pour gagner de quoi subsister. «L’élevage de crevettes a métamorphosé la région. Les conditions de vie des habitants se sont considérablement améliorées», partage Danh. 

Les changements sont survenus lorsque Dang Van Chuôt, 78 ans, un habitant de la commune, a acheté 2.000 crevettes à pattes bleues de reproduction (nom scientifique : Macrobrachium rosenbergii) dans la province de Bên Tre, son village natal, il y a près de dix ans. 

Le plus difficile pour lui ? Persuader sa femme de dépenser leurs économies pour se lancer dans cette activité. Un «travail au corps» qui a fini par aboutir, non sans mal, son épouse redoutant de voir ce petit pécule réduit à néant en cas d’échec. Cinq mois plus tard, ils récoltaient les premières crevettes à pattes bleues et empochaient l’équivalent de 25 fois la mise de départ...

«Au vu de cette manne inespérée, des dizaines de foyers de la commune de Long Hoà ont emboîté le pas de la famille de Chuôt, avec le succès que l’on connaît», se félicite Huynh Quôc Vu, président du Comité populaire de cette commune insulaire. «Actuellement, les habitants ne s’inquiètent plus de la salinisation. Ils en ont profité pour faire fortune !», ajoute-t-il dans un sourire.  
  
Rotations entre riziculture et pénéiculture
 
Vo Thi Chanh, domiciliée dans le village de Côn Chim, commune de Hòa Minh, district de Châu Thành, possède un champ d’un hectare. Chaque année, elle alterne pénéiculture et riziculture sur une même parcelle. Son procédé a montré son efficacité et sa durabilité, car en plus d’être facile à mettre en place, il permet de réduire sensiblement l’épandage de produits chimiques dans les rizières. Ainsi, l’association entre élevage de crevettes et riziculture lui permet d’encaisser chaque année 200 millions de dôngs.

Chanh fait savoir qu’elle récolte environ trois tonnes de riz chaque année. Sa famille en mange deux tonnes et le reste est utilisé pour nourrir les crevettes à pattes bleues : un mélange de purée de riz et de petites crevettes déshydratées (pour assurer la teneur en protéines). D’après le vice-président du Comité populaire de la commune de Hoà Minh, Trân Trung Kha, chaque année, les agriculteurs-éleveurs du cru récoltent 6.000 tonnes de crevettes et des milliers de tonnes de riz, sans compter une grande quantité de produits aquatiques exploités saisonnièrement.

Des résultats qui se traduisent sur le niveau de vie de la population locale, qui a opéré un bond spectaculaire ces dernières années. Le taux de pauvreté de la commune a par exemple été ramené à 4%, ce qui correspond aux critères de la «Nouvelle ruralité» (cette vaste politique de développement des campagnes adoptée en 2016, ndlr).

Et comme l’a affirmé le Premier ministre Nguyên Xuân Phuc lors d’une conférence sur le développement durable du delta du Mékong adapté aux changements climatiques organisée en septembre dernier : «Les changements climatiques et la montée du niveau de la mer sont inéluctables. Tout le monde doit se serrer les coudes pour y faire face. Il faut transformer les défis en opportunités en cohabitant avec les crues, la salinisation et la pénurie d’eau douce, en considérant l’eau saumâtre et l’eau salée comme des ressources naturelles».

Un message qui semble avoir été parfaitement reçu dans certaines parties du delta du Mékong.

* La région la plus vulnérable aux changements climatiques
 
Le delta du Mékong comprend 13 provinces et villes de ressort central, couvrant 3,94 millions d’hectares (soit 12% de la superficie nationale). Il abrite une population de près de 18 millions d’habitants. Dans cette région, sont produits 54% du riz et 70% des produits aquatiques du pays. Toutefois, le delta du Mékong est l’une des quatre régions les plus affectées par le dérèglement climatique qui produit des phénomènes extrêmes, avec notamment des épisodes prolongés de sécheresse, l’élévation du niveau de la mer et la salinisation des sols. Ces impacts engendrent d’énormes défis, menaçant le développement du delta, les moyens de subsistance de la région et de l’ensemble du pays en général. – CVN/VNA

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