Quand les soldats deviennent écogardes sur l’archipel de Côn Dao

La protection des forêts de Côn Dao est une mission primordiale pour les gardes forestiers. Au cœur du vaste océan, ces forêts constituent les poumons verts de l’archipel, essentielles à la conservation de l’eau douce, condition sine qua non de la survie.

Des gardes forestiers du parc national de Côn Dao relâchent deux tortues rares dans la baie de Dâm Tre. Photo: CTV
Des gardes forestiers du parc national de Côn Dao relâchent deux tortues rares dans la baie de Dâm Tre. Photo: CTV

Hanoi (VNA) – L’archipel de Côn Dao, jadis isolé, renaît sous la protection dévouée de ses garde-frontières. Des efforts constants sont déployés pour préserver les tortues marines et les forêts, véritables “poumons verts”, transformant cette terre en un modèle de conservation.

Autrefois, rejoindre Côn Dao, situé à environ 230 km de Hô Chi Minh-Ville, nécessitait un voyage d’environ 12 heures en bateau depuis le port de Cat Lo, à Vung Tàu. Les horaires de bateau, mis à jour chaque mois, étaient soumis aux caprices de la météo, sans annonce d’annulation préalable. La vie des insulaires dépendait fortement de ces liaisons maritimes. En période de tempête, l’absence de ravitaillement pouvait facilement entraîner des pénuries alimentaires.

Sentinelles des forêts

Le lieutenant-colonel Nguyên Van Nang, 46 ans, commissaire politique du poste de garde-frontière de Côn Dao, possède une vaste expérience de l’archipel. En huit ans, il a été témoin de changements radicaux, notamment l’introduction de ferries à grande vitesse depuis les localités de Soc Trang, Vung Tàu, Cân Tho et Hô Chi Minh-Ville, ainsi que la mise en place de vols directs.

“Auparavant, il fallait une demi-journée pour atteindre les îles en bateau. En cas de mer agitée ou de tempête, les navires ne pouvaient pas naviguer. Désormais, des bateaux à grande vitesse ne prennent que quatre heures pour s’y rendre, assurant un approvisionnement constant en marchandises”, partage M. Nang.

La protection des forêts de Côn Dao est une mission primordiale pour les gardes forestiers. Au cœur du vaste océan, ces forêts constituent les poumons verts de l’archipel, essentielles à la conservation de l’eau douce, condition sine qua non de la survie.

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Trân Dinh Dông inspecte la zone d’incubation des œufs de tortue. Photo : congthuong.vn

Trân Manh Hùng, originaire de la province de Hà Tinh (Centre), chef du poste de garde forestier de l’îlot de Bay Canh, cumule 33 ans d’expérience dans la protection des forêts de l’archipel. Il a vécu sur 15 des 16 îles, à l’exception de Hon Tài.

“À l’époque, le plus grand défi était l’eau douce. Nous devions transporter chaque bidon jusqu’à l’îlot. Pendant les saisons de tempête, à deux, nous n’avions que 40 bidons pour un demi-mois. Plus tard, nous avons eu des barils de 200 litres que nous rationnions soigneusement pour tenir une semaine”, se souvient M. Hùng.

“Au début de notre mission sur l’îlot, nous n’avions pas d’abris. Nous devions couper du bambou pour construire des huttes et utiliser des feuilles de forêt comme protection contre la pluie. Les ressources étaient rares. Le Parc national de Côn Dao ne possédait qu’un ou deux bateaux”, explique-t-il.

“Certaines années, la mer était trop agitée pour rejoindre principale, nous devions alors célébrer le Têt (Nouvel An lunaire) sur l’îlot. Quand la nourriture venait à manquer et que nous ne pouvions pas pêcher, nous devions nous contenter de poisson séché”, ajoute-t-il.

“Aujourd’hui, nous avons l’électricité, l’eau douce et le signal téléphonique. La nourriture est également plus abondante. Mais après tant d’années passées sur l’îlot, je m’y suis habitué. Je me sens mal à l’aise sur le continent, alors même si j’y retourne, ce n’est que pour un jour ou deux avant de refaire mes bagages pour revenir surveiller l’îlot”, confie-t-il.

“Sages-femmes” des tortues marines

Côn Dao est réputée pour être un sanctuaire essentiel des tortues marines. Historiquement, ses eaux accueillaient diverses espèces, dont la tortue verte, l’imbriquée et l’olivâtre. De nos jours, la tortue verte demeure la plus fréquemment observée.

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Touristes relâchant des bébés tortues dans la mer. Photo : CTV

Il y a plusieurs années, les habitants de cet archipel voyaient ces reptiles marins comme une ressource alimentaire, prélevant sans scrupule leur chair et leurs œufs. Cependant, la donne a commencé à changer. Dès 1991, les premières tortues ont été relâchées grâce au soutien des agents de protection forestière locaux. Deux ans plus tard, en 1993, le Parc national de Côn Dao était officiellement créé. Mais c’est seulement en 2014, avec l’incrimination du braconnage, que les mentalités ont véritablement évolué.

Au-delà de la surveillance des forêts et de l’archipel, les soldats du poste de surveillance forestière de l’îlot de Bay Canh jouent également un rôle crucial de “sages-femmes” auprès des tortues marines.

Trân Dinh Dông, originaire de la province centrale de Quang Binh, révèle que Côn Dao compte 18 sites de ponte pour ces reptiles. Chaque année, la plupart des tortues - environ 80% - privilégient l’îlot de Bay Canh pour y déposer leurs œufs, la plage de Bai Cat Lon étant leur lieu de prédilection. Les tortues pondent d’avril à octobre, avec un pic entre mai et août.

“À cette période de l’année, il y a des nuits où nous ne dormons que deux ou trois heures, car nous devons surveiller les tortues, dit M. Dông. Certaines nuits, nous restons complètement éveillés, surtout lorsque des mères peinent à pondre, nécessitant une surveillance constante. En juin et juillet, des bénévoles viennent renforcer nos équipes”.

Selon lui, durant cette période, tout mouvement le long des plages et dans les eaux avoisinantes des sites de nidification est interdit quotidiennement de 15h00 à 08h00 le lendemain. Il est notamment défendu aux bateaux de jeter l’ancre près de la plage de Cat Lon. Pour atteindre l’îlot de Bay Canh, l’accès se fait uniquement en canoë jusqu’à la plage de Bo Dap.

“Chaque année, le poste aide entre 300 et 400 femelles. Nous les marquons toutes pour un suivi précis. Pendant la saison de nidification, une femelle pond généralement à terre entre trois et neuf fois, déposant près d’une centaine d’œufs à chaque fois. Le record pour une seule ponte est de 192 œufs. Le taux d’éclosion dans notre poste dépasse les 80%”, précise M. Dông.

Malgré le grand nombre d’œufs et de tortues reproductrices, M. Dông souligne que le taux de survie à long terme demeure extrêmement faible : environ un seul nouveau-né sur 1.000 atteint l’âge adulte, généralement après 20 à 30 ans.

“Le travail est exigeant, d’où le dévouement sans faille de chacun sur l’îlot. Nous veillons sur les tortues, protégeons les nids et déplaçons les œufs vers le site d’incubation si nécessaire. Plus nous nous investissons, plus notre passion pour la conservation de ces créatures marines grandit. Nous espérons que les générations futures pourront encore les admirer dans la nature, et pas seulement dans les livres”, confie-t-il avec émotion. – CVN/VNA

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