Ngô Duc Thinh, gardien du culte des Déesses-Mères

Le Pr. Ngô Duc Thinh est reconnu comme l’un des experts du culte des Déesses-Mères des Trois mondes. Ses travaux de recherche ont fait de cette pratique traditionnelle un véritable concept scientifique.

Hanoi (VNA) – Le milieu des chercheurs en ethnographie a récemment dû faire ses adieux au Pr. Ngô Duc Thinh. Le scientifique avait grandement contribué à la reconnaissance par l’UNESCO du culte des Déesses-Mères du Vietnam en tant que patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Ngô Duc Thinh, gardien du culte des Déesses-Mères ảnh 1Le Professeur Ngô Duc Thinh. Photo : VNP

Le Pr. Ngô Duc Thinh, scientifique dévoué dans la recherche et la préservation du culte des Déesses-Mères des Trois mondes (Ciel, Eau, Montagnes et Forêts) du Vietnam, nous a quittés le 6 juin. Il s’est éteint à l’âge de 76 ans.

Un grand expert

Né en 1944 dans la province de Nam Dinh (Nord), Ngô Duc Thinh a soutenu sa thèse de doctorat en 1980 et a été nommé Professeur en 2002.

De 1994 à 2000, il était directeur de l’Institut d’études culturelles du Vietnam, et puis rédacteur en chef du magazine "Văn hoá dân gian" (Culture folklorique) entre 2000 et 2005. De 2008 à 2020, il était directeur du Centre de recherche et de préservation de la culture religieuse du Vietnam, relevant de l’Association nationale du patrimoine culturel. Il était aussi membre du Conseil national du patrimoine culturel et vice-président du Conseil asiatique du folklore. En 2017, il a reçu le Prix d’État des arts et des lettres.

Le culte des Déesses-Mères des Trois mondes est une croyance purement vietnamienne d’adoration des divinités féminines, à travers les Saintes-Mères suprêmes de la nature ayant le pouvoir de créer, gérer et assister les simples mortels. Ce rituel existe dans de nombreuses provinces du Nord depuis le XVIe siècle. Les cérémonies ont souvent lieu dans les temples, palais ou espaces religieux solennels.

Les pratiques liées à cette croyance ont été inscrites en décembre 2016 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Parmi ceux qui avaient grandement promu cette reconnaissance, Ngô Duc Thinh mérite une mention particulière.   

Le Professeur est reconnu comme l’un des experts du culte des Déesses-Mères des Trois mondes, qui l’a passionné dès le début des années 1980. Ses travaux de recherche ont fait de cette pratique traditionnelle un véritable concept scientifique et Ngô Duc Thinh est considéré comme l’un des premiers à avoir jeté les bases théoriques de l’étude de ce culte.

Une série d’ouvrages

Ngô Duc Thinh, gardien du culte des Déesses-Mères ảnh 2Couverture du livre "Đạo Mẫu ở Việt Nam". Photo : CTV/CVN


En menant ses recherches, l’expert a aidé la communauté et le milieu scientifique à mieux comprendre sa quintessence et ses valeurs humaines. Il a rencontré des praticiens, essentiellement des chamans (personnages clés d’une séance de culte), pour les orienter vers une pratique correcte, loin des actes de superstition. Souvent, lors de ses interviews sur le sujet, il affirmait qu’il fallait éviter "la commercialisation de ce culte car elle détruit sa valeur authentique".

Au cours de ses 12 années à la tête du Centre de recherche et de préservation de la culture religieuse du Vietnam, le chercheur a réalisé plusieurs travaux sur le culte des Déesses-Mères. Parmi eux, il faut citer "Hát văn" (chant rituel de médiumnité) paru en 1992. Quatre ans plus tard, il a publié les deux tomes de "Đạo Mẫu" (Religion des Déesses-Mères), ultérieurement réédités sous le nom de "Đạo Mẫu ở Việt Nam" (Religion des Déesses-Mères au Vietnam). Cet ouvrage affirme qu’il existe un culte des saintes féminines propre au Vietnam. En 2008, il a sorti "Lên đồng - Hành trình của thần linh và thân phận" (Médiumnité - Voyage des divinités et du destin de l’homme).

D’après Ngô Duc Thinh, le culte des Déesses-Mères est une singularité du Vietnam. Depuis des milliers d’années, cette croyance jouit d’une vitalité qui ne faillit pas, sans doute parce qu’elle nourrit le besoin spirituel irrépressible des Vietnamiens. Elle s’intéresse non seulement à la vie de l’homme après la mort, mais aussi à sa vie sur terre avec trois vœux de santé, de richesse et de réussite. C’est pourquoi elle tient une place importante dans la vie moderne. "Je souhaite que ces rituels perdurent, car ils sont profondément ancrés dans le cœur de mes compatriotes", a-t-il affirmé.

Ngô Duc Thinh, gardien du culte des Déesses-Mères ảnh 3Une séance de culte des Déesses-Mères. Photo : VNA

 
Le Dr. Nguyên Viêt, directeur du Centre d’études préhistoriques de l’Association d’études d’Asie du Sud-Est, souligne qu’outre les connaissances profondes sur le culte des Déesses-Mères, le Pr. Ngô Duc Thinh a également entrepris des recherches sur les groupes ethniques du Vietnam et d’Asie du Sud-Est, notamment sur les épopées des ethnies minoritaires des hauts plateaux du Centre (Tây Nguyên).

Parmi les ouvrages publiés, il faut citer "Tìm hiểu luật tục các tộc người ở Việt Nam" (Étudier le droit coutumier des groupes ethniques au Vietnam), "Khám phá ẩm thực truyền thống Việt Nam" (Découvrir la cuisine traditionnelle vietnamienne), "Trang phục cổ truyền các dân tộc Việt Nam (Costumes traditionnels des ethnies du Vietnam), "Tìm hiểu nông cụ cổ truyền Việt Nam" (Étudier les outils agricoles traditionnels vietnamiens), "Tín ngưỡng lễ hội cổ truyền Viêt Nam" (Croyances des fêtes traditionnelles du Vietnam)… - CVN/VNA

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