Menacées, les espèces de primates ont besoin qu’on les protège

Vingt-cinq des 44 espèces de primates présentes au Vietnam vivent dans la sous-région du Grand Mékong et sont confrontées à de nombreuses menaces. Des mesures pour les sauver sont proposées.

Hanoi (VNA) – Vingt-cinq des 44 espèces de primates présentes au Vietnam vivent dans la sous-région du Grand Mékong et sont confrontées à de nombreuses menaces. Des mesures pour les sauver sont proposées.

Menacées, les espèces de primates ont besoin qu’on les protège ảnh 1Des doucs langurs à pattes noires (Pygathrix nigripes) à la Réserve mondiale de biosphère de Nui Chua, province de Ninh Thuân (Centre). Photo : VNA

"Primates de la sous-région du Grand Mékong : statut, menaces et efforts de conservation", est l’intitulé d’un nouveau rapport qui vient d'être publié par le Fonds mondial pour la nature (WWF en abréviations anglaises). Il met en évidence l’étonnante diversité des loris, macaques, langurs et gibbons qui vivent dans les cinq pays du Grand Mékong - Cambodge, Laos, Myanmar, Thaïlande et Vietnam.

Risques et menaces

Les espèces profilées comprennent le gibbon skywalker hoolock, décrit comme une nouvelle espèce en 2017, et le Popa langur, découvert en 2020. Les 44 espèces de primates trouvées dans la région, dont 19 endémiques, témoignent de l’incroyable biodiversité de la région, mais leur état de conservation est un rappel brutal des graves menaces auxquelles elles sont confrontées.

La déforestation, la dégradation des habitats et le braconnage ont poussé de nombreux primates de la sous-région du Grand Mékong au bord de l’extinction. Un quart de ces espèces sont classées "en danger critique d’extinction" dans la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), et environ la moitié "en danger".

Le Vietnam abrite cinq espèces de primates endémiques, qui figurent toutes sur la liste des 25 espèces les plus menacées au monde. De plus, les dernières évaluations de la Liste rouge montrent un risque d’extinction accru pour un quart des primates par rapport aux évaluations précédentes menées en 2008, tandis que les autres n’ont montré aucune réduction des menaces.

Leur viande est vendue comme nourriture, les autres parties sont échangées pour être utilisées dans la médecine traditionnelle. Quant aux animaux vivants, ils sont commercialisés comme animaux de compagnie exotiques ou attractions à des fins touristiques.

Le nombre d’espèces de primates dans le commerce légal - souvent à des fins de recherche biomédicale et de tests pharmaceutiques - est en augmentation, avec une valeur estimée à 138 millions d’USD en 2015.

De plus, la recherche a prédit que tous les grands singes et les espèces de singes asiatiques et africains courent un risque élevé de contracter le SRAS-CoV-2, le virus qui cause le COVID-19 chez l’homme. Les maladies zoonotiques - qui trouvent leur origine chez les animaux et sont souvent causées par des contacts fréquents et dangereux entre les animaux sauvages et les humains dans le cadre du commerce - peuvent ensuite être transmises aux animaux, menaçant davantage leur survie.

Des macaques rhésus et à longue queue, tous deux présents dans la sous-région du Grand Mékong, ont été infectés par le virus SARS-CoV-2 dans des laboratoires et ont développé des symptômes du COVID-19 similaires à ceux des humains.

Efforts de nombreux acteurs

Menacées, les espèces de primates ont besoin qu’on les protège ảnh 2Patrouilles au Parc national de Cuc Phuong, province de Ninh Bình (Nord). Photo : VNA


Heureusement, de nombreuses organisations, agences gouvernementales et communautés locales travaillent sans relâche pour protéger certaines de ces espèces contre la disparition.

Le WWF suit les populations de primates dans certaines zones protégées, comme les gibbons à mains blanches dans la zone protégée de Nam Poui au Laos, ou le langur Hà Tinh dans le district de Thach Hoa, province de Quang Binh, au Centre du Vietnam. Les patrouilles soutenues par le WWF retirent les pièges et relâchent dans la nature les primates victimes du braconnage. Relier les forêts par des corridors et améliorer la qualité des forêts est également une stratégie que le WWF a menée au Vietnam ces 30 dernières années.

Récemment, cette organisation a soutenu la transformation de la Réserve naturelle de Sông Thanh, dans la province de Quang Nam, en Parc national et créé deux nouvelles Réserves naturelles des Sao La (Pseudoryx nghetinhensis) dans les provinces de Quang Nam et Thua Thiên-Huê (Centre). Elle a aidé des partenaires gouvernementaux à étendre les aires protégées à Quang Nam, Quang Tri et Thua Thiên-Huê. Tous ces efforts visent à établir des corridors sûrs pour que les espèces prospèrent.

Des activités de sensibilisation communautaire sur la faune et les primates sont régulièrement menées dans les communautés qui vivent à proximité des habitats à primates, ainsi qu’avec d’autres acteurs clés au niveau national. En plus de fournir des connaissances sur la conservation, les campagnes du WWF encouragent également les changements de comportement du public et engagent les communautés locales à protéger les primates.

De nombreuses autres organisations de conservation enquêtent sur les primates uniques de la région, les protègent et les sauvent. Fauna and Flora International, une ONG environnementale spécialisée dans la conservation de la nature, travaille beaucoup au Vietnam et au Myanmar pour surveiller et protéger les primates menacés dans des endroits clés.

Le Centre de sauvetage des primates en voie de disparition du Parc national de Cuc Phuong, dans la province septentrionale de Ninh Binh, sauve et élève des espèces menacées pour les réintroduire dans la nature. Le projet "Little Fireface" enquête aussi sur les loris à l’état sauvage tout en s’attaquant à leur commerce en tant qu’animaux de compagnie et "d’accessoires" pour le tourisme selfie.

D’autres organisations comme le Camp Jahoo Gibbon au Cambodge et le programme Gibbon expérience au Laos créent des moyens sûrs pour les touristes de voir et d’entendre des primates dans la nature, avec des retombées économiques directes sur les habitants locaux qui réduisent ainsi leurs pressions sur les espèces.

"Pour sauver les populations de primates dans la sous-région du Grand Mékong et les aider à se rétablir avec un nombre viable, les gouvernements, les ONG, les entreprises et les communautés locales doivent tous travailler ensemble et mettre en œuvre des mesures de conservation ciblées", estime Van Ngoc Thinh, directeur exécutif du WWF - Vietnam. 

Le WWF travaille actuellement avec d’autres primatologues pour examiner les efforts de conservation au Vietnam. "Il y a de l’espoir pour sauver ces espèces uniques.Cependant, nous devons agir rapidement et de manière décisive", souligne-t-il. – CVN/VNA

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