Les relations économiques - commerciales entre la France et le Vietnam vues d’un expert français

Au cours des 30 dernières années, la relation économique entre le Vietnam et la France s’est évoluée mais encore loin du désir et de leur potentiel, selon le Dr Jean-Philippe Eglinger.
Les relations économiques - commerciales entre la France et le Vietnam vues d’un expert français ảnh 1Dr Jean-Philippe Eglinger, de l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO). Photo: VNA

Paris (VNA) - Depuis le début des années 1990, lorsque le Vietnam avait ouvert ses portes au vent du commerce extérieur et des investissements, la France a été l'un des premiers pays à s’implanter sur ce nouveau marché vietnamien. Au cours des 30 dernières années, la relation économique entre le Vietnam et la France s’est évoluée mais encore loin du désir et de leur potentiel. Voici les décryptages du Dr Jean-Philippe Eglinger, de l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO).

Dans plusieurs de ces domaines de coopération, la France avait impulsé, dès le début des années 1990, une réelle dynamique d’entraînement, en se fondant sur la volonté de renouer avec un héritage historique, tout en encourageant de façon pragmatique et constructive la réinsertion du Vietnam dans son environnement régional et international. C’est ce qu’a observé Dr. Jean-Philippe Eglinger, venant de l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO).  

D’après lui, bien des progrès, sanctionnés par la signature d’un partenariat stratégique en 2013, ont été accomplis depuis lors. Ancienne, confiante et globale, la relation s’est intensifiée, avec la multiplication des visites de haut niveau. Elle s’est élargie à de nouveaux domaines de coopération, comme la lutte contre le réchauffement climatique, dont l’Agence française de développement (AFD) est l’acteur principal. "Mais la relation économique entre le Vietnam et la France n'est loin du souhait et n’est pas à la hauteur des bonnes relations politiques et du potentiel des économies des deux pays", a remarqué Dr. Jean-Philippe Eglinger.

Ses preuves : La dernière note de la Direction générale du Trésor français concernant le niveau des Investissements Français au Vietnam indiquait que selon les sources celui-ci oscillaient entre 2 et 3,8 milliards € en 2022 et plaçait ainsi la France à la 16e place des investisseurs étrangers au Vietnam, et au 3e rang des pays européens, après les Pays-Bas et Royaume-Uni), créant ainsi 25 000 emplois au Vietnam (sur une population active de plus de 53 millions), Ce niveau d'investissement rapporté au montant global des investissements directs étrangers enregistré depuis 1987 se monte à environ 1%.

Au niveau de la présence commerciale, cette Institution indiquait également dans sa publication qu’en 2022, le déficit commercial de la France vis-à-vis du Vietnam se creusait pour atteindre 5,7 Mds €, soit une augmentation de 35% par rapport à l’année précédente. Les exportations françaises vers le Vietnam diminuent (-6,3%), pour atteindre 1,2 Md € tandis que les importations du Vietnam enregistrent une forte hausse ( 25%) pour atteindre 6,9 Mds € ".

Expliquant de cet état de chose, M. Eglinger pense qu’il convenait avant tout de relativiser les chiffres des investissements et de la position commerciale de la France au Vietnam car des entreprises françaises opèrent au Vietnam ou des produits français arrivent dans ce pays via des pays tiers, Chine ou pays de l'Asean, et ne sont ainsi pas comptabiliser dans les statistiques du Trésor.

Deuxièmement, l'implantation française qui a été forte et précoce suivant la venue du Président Mitterrand à Hanoi en février 1993, n'a pas su se pérenniser et s'adapter à la nouvelle donne internationale et économique.

"Les jeunes entrepreneurs français installés au Vietnam au début des années 90 ont développé pour certains de belles entreprises (EFE) comme OpenAsia, Appletree, Archétype, Rostaing … Des tentatives ont été faites comme l'entreprise Leflair dans les plateformes de e- commerce en 2019, mais sans succès. Par ailleurs des succès des années 1990 dans les domaines de la distribution ont soit été vendues (Big C) soit se sont retirées faute de résultats (Auchan). De nombreux grands groupes installés au début des années 1990 ont quitté le Vietnam ou ont réduit leurs activités faute de résultats…", a-t-il précisé en ajoutant qu’une réactivation de ces structures est possible, notamment dans le domaine de l'énergie.

Pour Dr. Jean-Philippe Eglinger la France n’était qu’une puissance économique moyenne, pouvant servir les intérêts politiques du Vietnam grâce à la position de ce pays dans certaines organisations internationales sans en retirer un retour économique évident. "Les réseaux français mis en place dans les années 1990 et qui ont fait leurs preuves dans différents domaines comme la distribution, l'aéronautique, le luxe, commencent à décliner relativement de façon naturelle et biologique. Les réseaux ayant "l'âge des artères" des vecteurs sollicités", a-t-il observé.

Pour avoir un rebond dans les relations France - Vietnam dans le futur en s'appuyant sur de nouvelles approches, Dr. Eglinger a proposé certaines mesures visant à renforcer la présence des entreprises françaises au Vietnam.

"Tout d’abord, continuer à répondre aux besoins déjà identifiés du Vietnam. Cela concerne les domaines de l’agroalimentaire (répondre au problème de sécurité alimentaire), des nouvelles technologies de l’information (répondre au besoin de modernisation pour se diriger vers la Révolution Industrielle 4.0), de la santé-médecine pour répondre à des besoins croissants du système de santé au Vietnam", a-t-il indiqué.

Dans ce contexte vietnamien de passage de financements publics vers des financements privés ou publics-privés, la France est reconnue par les Vietnamiens comme pouvant apporter une valeur ajoutée dans ces domaines. Donc c’est à la France de faire correspondre ses schémas de financements aux nouvelles directives vietnamiennes. Dans le domaine industriel, la France pourrait également, contribuer à apporter un savoir-faire (contre parts de marché) sur des secteurs dans lesquels nos partenaires vietnamiens souhaitent (re)constituer des filières, clair enjeu du développement futur de l'économie du Vietnam. C’est ce qu’a suggéré Dr. Jean-Philippe Eglinger.

Par ailleurs, l’expert français a ajouté l’accent sur l’éducation et la formation, dans lequel les capacités françaises sont reconnues et valorisées au Vietnam. D’après lui, des programmes de formations d’excellence françaises existent et des nouveaux projets en cours permettent de rester optimiste. Notamment lorsque ces programmes de formation s’appuient sur la mise en place d’incubateurs mixtes franco-vietnamiens, pour développer l’émergence de jeunes pousses communes dans des domaines d’avenir. La signature en Juillet 2019 par la Présidente de la Région Ile de France d’un MOU avec la ville de Hanoi sur la mise en place d’un incubateur (avec le soutien de l’AFD), le "Hanoï French City Lab", dédié à la ville intelligente.  D’autres projets de coopération entre incubateurs de l’Ile de France et de Hanoi sont en cours comme la coopération entre l’Incubateur Technologique de Saclay (IncubAlliance) avec l’Incubateur de l’Institut Polytechnique de Hanoi.

"Cela ouvre de nouveaux canaux d’investissement et de coopération, les incubateurs/pépinières/hôtel d’entreprises pouvant à terme structurer l’accompagnement aussi bien des start-ups que des petites et moyennes entreprises, notamment dans des provinces françaises. Des réussites récentes dans les jus de fruits, par exemple, permettent de penser que ces initiatives individuelles peuvent être de véritables succès et servent à diversifier les vecteurs entre la France et le Vietnam", a insisté Dr. Jean-Philippe Eglinger en mettant l’accent sur la formation en amont des hommes d’affaires français qui seront envoyés au Vietnam. "Il est indispensable qu’ils soient dotés d’une solide connaissance de la langue et de la culture de ce pays, leur permettant d’acquérir une certaine autonomie en milieu vietnamien, de se passer des intermédiaires "superflus", et d’être plus en mesure de maîtriser leur réseau", a-t-il affirmé./.-VNA

Voir plus

Le Premier ministre Pham Minh Chinh préside une séance de travail entre la Permanence du gouvernement et les dirigeants de Hanoï afin de donner des avis sur le Plan directeur global de la capitale Hanoï avec une vision à 100 ans. Photo : VNA

Hanoï élabore son plan directeur avec une vision de 100 ans

Le Premier ministre Pham Minh Chinh a présidé une réunion avec les dirigeants de Hanoï afin de poursuivre les discussions et de recueillir des avis sur le plan directeur global de la capitale Hanoï, un document stratégique visant à orienter le développement urbain, économique et environnemental de la ville et de la région à long terme.

Les stands vietnamiens ont attiré l'attention de nombreux acheteurs et distributeurs lors du salon SIAL Interfood 2025 à Jakarta, en Indonésie. Photo : VNA

La diplomatie soutient l’expansion des entreprises vietnamiennes en Indonésie

Le vice-ministre vietnamien des Affaires étrangères, Nguyên Manh Cuong, a exhorté les entreprises à jouer un rôle pionnier et novateur dans le renforcement de la connectivité et de la coopération efficace entre les deux économies, afin de générer des avantages concrets pour les populations vietnamienne et indonésienne et de contribuer au développement de l’amitié traditionnelle et du partenariat stratégique global bilatéral.

Actuellement, environ 10 000 entreprises coréennes sont implantées au Vietnam, contribuant de manière significative au développement industriel, à la croissance du secteur manufacturier et à l'expansion des exportations. Photo : VGP

Un cadre juridique stable inspire confiance aux investisseurs : KOCHAM

A l’occasion des prochaines élections de la 16e législature de l’Assemblée nationale et des Conseils populaires de tous les échelons pour le mandat 2026-2031, le président de la Chambre de commerce sud-coréenne au Vietnam (KOCHAM) Ko Tae-yeon a déclaré que l’Assemblée nationale joue un rôle crucial dans la définition de l’orientation politique et du cadre juridique du Vietnam, alors que le pays poursuit sa transformation économique et son intégration mondiale.

Le projet d’échangeur routier de An Phu, à Hô Chi Minh-Ville, comprendra un passage souterrain à double sens reliant l'autoroute Hô Chi Minh-Ville–Long Thành–Dâu Giây au boulevard Mai Chi Tho (côté tunnel de la rivière Saigon) et s'étendant jusqu'à l'intersection Mai Chi Tho–Dông Van Công. Photo : VNA

Développement du secteur privé : de la résolution à l’action

Le passage de la résolution à l’action exige une forte volonté politique, des efforts coordonnés et des mécanismes de mise en œuvre efficaces. En tant que locomotive économique, Hô Chi Minh-Ville déploie des efforts concrets pour concrétiser l’esprit de réforme, avec pour objectif de créer un environnement optimal pour le développement rapide et durable du secteur privé, afin qu’il devienne véritablement l’un des moteurs clés de la croissance.

La zone industrielle complexe d'An Phát, à Hai Duong, est une zone éco-industrielle. Photo : VNA

Zones industrielles vertes : Le nouveau sésame pour séduire les investisseurs étrangers

Face aux nouvelles exigences environnementales mondiales et aux mécanismes comme le CBAM de l’Union européenne, les infrastructures industrielles vertes s’imposent comme un facteur clé pour attirer les investissements directs étrangers au Vietnam. La transition vers des zones industrielles écologiques, intégrant énergies renouvelables et solutions durables, devient ainsi un levier stratégique pour maintenir la compétitivité du pays dans les chaînes de valeur mondiales.

Les agriculteurs du delta du Mékong adoptent des pratiques agricoles durables pour répondre aux exigences des marchés d'exportation de haute qualité grâce à l'initiative Mekong Rice financée par ACIAR et SunRice de 2022 à 2025. Photo : Ambassade d’Australie au Vietnam

La riziculture climato-intelligente au delta du Mékong au cœur d’un partenariat vietnamo-australien

Cette initiative illustre le partenariat stratégique global entre l’Australie et le Vietnam, dans le cadre duquel l’Australie soutient la croissance économique durable et l’innovation du Vietnam dans le secteur agricole. Il est encourageant de constater comment un partenariat public-privé rigoureux entre l’ACIAR et le groupe SunRice peut s’appuyer sur la science pour stimuler la croissance économique et réduire les émissions.

Ces derniers temps, les investisseurs privés continuent d’intensifier leur soutien aux entreprises vietnamiennes en leur apportant non seulement des capitaux, mais aussi une expertise en gestion, des conseils stratégiques et des connexions aux marchés internationaux. Photo: VNA

Les entreprises vietnamiennes portées par l’essor des technologies et de la production verte

Portées par la transition verte et l’innovation technologique, plusieurs industries vietnamiennes attirent un intérêt croissant des investisseurs. Au-delà du simple financement, ces investissements accompagnent désormais les entreprises dans leur développement, de la production à la commercialisation, ouvrant de nouvelles perspectives dans des secteurs comme la mobilité électrique et l’ameublement destiné aux marchés internationaux.

Les cadres du poste de garde-frontière de Son Tra sensibilisent les pêcheurs locaux à la pêche INN. Photo: VNA

INN: les groupes de solidarité de pêcheurs de Da Nang mobilisés pour lever le carton jaune de la CE

À Da Nang, les groupes de solidarité en mer formés par les pêcheurs jouent un rôle important non seulement dans l’entraide en mer et l’exploitation des ressources halieutiques, mais aussi dans les efforts visant à lutter contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), contribuant ainsi à l’objectif du Vietnam de faire lever le « carton jaune » de la Commission européenne.

Malgré un contexte international marqué par les tensions géopolitiques et l’incertitude commerciale, les perspectives économiques du Vietnam pour 2026 restent globalement positives. Photo: VNA

UOB : les perspectives économiques du Vietnam restent solides malgré les incertitudes mondiales

Malgré un contexte international marqué par les tensions géopolitiques et l’incertitude commerciale, les perspectives économiques du Vietnam pour 2026 restent globalement positives. Selon la banque singapourienne United Overseas Bank Limited (UOB), la stabilité macroéconomique, la vigueur de la demande intérieure et les investissements dans les infrastructures devraient continuer de soutenir la croissance, même si certains risques extérieurs pourraient peser sur l’économie. 

Des produits agricoles vietnamiens vendus dans un supermarché en France. Photo: VNA

VIFON chez Carrefour, riz A An au Japon : l'essor des produits agricoles vietnamiens à l'export

Selon le vice-ministre de l’Agriculture et de l’Environnement, Phung Duc Tien, le secteur agricole vise une valeur d’exportation de 74 milliards de dollars pour les produits agricoles, forestiers et aquatiques en 2026. Pour atteindre cet objectif ambitieux - après un record de 70,09 milliards de dollars en 2025 -, le Vietnam entend intensifier le développement de produits à forte valeur ajoutée, améliorer la qualité et renforcer la construction de marques nationales.

Immeuble d’appartements investi par le groupe BCONS dans le quartier de Bình Thắng, ville de Dĩ An, province de Bình Dương. Photo : VNA.

La Résolution 68 stimule l’entrée des entreprises sur le marché

Portée par la Résolution n°68-NQ/TW sur le développement du secteur privé et par les réformes juridiques visant à améliorer l’environnement des affaires, la création d’entreprises au Vietnam connaît une dynamique positive depuis le début de l’année 2026, reflétant la confiance croissante de la communauté entrepreneuriale dans les perspectives de l’économie nationale.