Hanoi (VNA) – Face à l’intensification de la concurrence mondiale dans les domaines numérique, souterrain, maritime et spatial, la Résolution n°79-NQ/TW du Politburo sonne comme un appel à la mobilisation pour l’économie étatique – véritable pilier de l’économie nationale – afin qu’il dépasse son rôle traditionnel de «pilier de soutien». Elle met en lumière le rôle des entreprises étatiques, les présentant comme des précurseurs, des leaders et des moteurs de croissance qui propulseront le pays dans une nouvelle ère.
Un tournant dans la gouvernance
Près de quarante ans depuis le Dôi moi (renouveau), l’économie étatique a joué le rôle de baromètre de l’économie, préservant la stabilité macroéconomique même dans les périodes les plus difficiles. Mais l’histoire est en perpétuel mouvement. L’intensification de la concurrence stratégique, la transformation numérique rapide et la restructuration continue des chaînes d’approvisionnement mondiales impliquent que le simple rôle de «bouclier» ne suffit plus. La résolution n°79-NQ/TW place la barre plus haut, exigeant de l’économie étatique qu’elle devienne un véritable moteur de croissance, capable de briser les freins traditionnels à la croissance.
Au cœur de cette résolution se trouve l’élargissement du champ d’action de l’économie étatique. Celle-ci dépasse largement la gestion traditionnelle des capitaux et des actifs pour englober les ressources, les infrastructures stratégiques, les zones maritimes, le sous-sol, l’écosystème numérique et les territoires émergents. L’économie étatique joue un rôle décisif en créant les conditions fondamentales au développement des autres secteurs économiques. Autrement dit, elle constitue la plateforme stratégique qui permet à l’ensemble de l’économie de réaliser une percée.
Mais cette plateforme ne sera véritablement solide que si elle repose sur une nouvelle gouvernance.
La résolution s’attaque à un goulot d’étranglement majeur qui persiste depuis des années : la persistance d’un contrôle de type administratif sur les opérations des entreprises. Elle appelle à une transition claire : du contrôle direct à l’accompagnement, de l’interventionnisme excessif à l’autonomisation, et des procédures d’approbation préalable à la supervision a posteriori.
Dissocier clairement la fonction de propriété de l’État de la gouvernance d’entreprise quotidienne n’est pas un simple ajustement technique, mais un changement de paradigme fondamental. Les entreprises publiques ne peuvent plus rester prisonnières du cercle vicieux où elles « jouent et arbitrent », ni se développer si chaque décision commerciale doit être soumise à une procédure d’autorisation.
Le mécanisme autorisant la création de fonds de capital-risque, associé à un cadre de protection des fonctionnaires qui osent penser et agir dans l’intérêt général, témoigne d’un engagement politique fort visant à lever la peur de l’erreur et la crainte de la responsabilité – un frein invisible qui a entravé le développement.
Pour la première fois, l’intégration de concepts tels que l’«économie spatiale», l’«économie de basse altitude» et l’«espace souterrain» dans une vision stratégique démontre que le Parti a placé l’économie d’État au cœur du développement futur, où la concurrence ne repose plus uniquement sur la taille, mais aussi sur la technologie et la capacité à créer de nouveaux espaces de développement.
Les «grues de tête» et le défi de la croissance
La résolution n°79-NQ/TW affiche clairement ses ambitions : d’ici 2030, une cinquantaine d’entreprises publiques devraient figurer parmi les 500 plus grandes entreprises d’Asie du Sud-Est, et une à trois d’entre elles parmi les 500 premières mondiales. Toutes les entreprises publiques sont censées opérer sur des plateformes entièrement numériques, conformes aux normes de gouvernance de l’OCDE.
Derrière ces chiffres se cache une ambition de taille, mais aussi de prestige. Les normes de l’OCDE ne sont pas qu’un simple ensemble de règles de gouvernance. Elles constituent un passeport pour les entreprises publiques vietnamiennes souhaitant s’imposer sur la scène internationale : plus transparentes, plus professionnelles et plus accessibles aux flux de capitaux, aux technologies et aux partenaires stratégiques. Plus important encore, elles offrent aux entreprises la possibilité de passer de la passivité à la proactivité, de simples suiveuses du marché à des acteurs clés de son développement.
Une entreprise étatique bien gouvernée n’est pas isolée. Elle devient un axe central d’un écosystème de production, intégrant de nombreuses entreprises nationales aux chaînes d’approvisionnement et formant des pôles industriels dotés d’une réelle compétitivité.
C’est pourquoi la vision de la «grue de tête» énoncée dans la Résolution n°79-NQ/TW ne vise pas à répartir les ressources uniformément, mais à les concentrer sur des secteurs moteurs : l’énergie, les infrastructures numériques, les télécommunications, l’industrie manufacturière et la défense-sécurité nationale. Des entreprises phares telles que Viettel, PVN, EVN et les principales banques commerciales étatiques sont positionnées non seulement pour assurer leur propre croissance, mais aussi pour propulser l’ensemble du secteur vers le succès.
La vérité se mesure à l’action.
Une résolution, aussi pertinente soit-elle, ne se concrétise pas automatiquement. Le passage des idées à la pratique est toujours ardu, et la capacité d’exécution est déterminante. Pour donner vie à la Résolution n°79-NQ/TW, il est impératif de la transposer rapidement en lois, notamment celles régissant le capital étatique dans les entreprises, afin de réduire l’ingérence administrative dans les opérations commerciales tout en renforçant la discipline grâce à un cadre institutionnel et à la transparence.
L’esprit de « décision locale, mise en œuvre locale, responsabilité locale », maintes fois souligné par le Premier ministre Pham Minh Chinh, doit être appliqué de manière cohérente. Pour les entreprises étatiques, une véritable autonomie doit être accordée aux conseils d’administration, tandis que le pouvoir doit être contrôlé par des mécanismes et une transparence accrue.
Avant tout, la main-d’œuvre doit être considérée comme la pierre angulaire de toute stratégie. Les entreprises publiques ne peuvent prospérer que si elles attirent les talents, en offrant aux professionnels compétents un environnement propice à l’épanouissement et à une rémunération à la hauteur de leurs résultats et de la valeur ajoutée qu’ils créent.
La résolution n°79-NQ/TW ne concerne pas uniquement les entreprises étatiques. Plus fondamentalement, elle porte sur la manière dont le Vietnam réorganise ses moteurs de développement dans un monde en pleine mutation.
Lorsque ces «grues de tête» déploient pleinement leurs ailes, elles assument non seulement les responsabilités économiques, mais aussi les aspirations de la nation à l’autonomie et au progrès. Lors d’une récente conférence réunissant des membres du gouvernement et des représentants des collectivités locales pour le lancement des objectifs 2026, le secrétaire général du Parti, Tô Lâm, a déclaré que le Vietnam possède désormais les conditions, les capacités, la volonté et la détermination nécessaires pour entrer dans une nouvelle ère. La résolution n°79-NQ/TW constitue précisément le tremplin permettant à l’économie étatique de devenir une base solide, permettant au pays de progresser résolument sur la voie d’un développement rapide et durable. – VNA