Hanoi (VNA) - Face à la volatilité persistante du marché mondial du riz, les exportateurs vietnamiens sont invités à surveiller de près les politiques commerciales et la demande sur les marchés clés, tout en ajustant leurs plans d’exportation, en améliorant la qualité des produits et en diversifiant les débouchés afin de accroître la valeur des expéditions.
Hausse du volume des exportations de riz malgré une baisse des recettes
Selon le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, le Vietnam a exporté environ 5,5 millions de tonnes de riz entre janvier et juillet, soit une hausse de 0,5% sur un an. Toutefois, les recettes d’exportation ont reculé de 6,7% pour s’établir à 2,64 milliards de dollars, et le prix moyen à l’exportation a chuté de 7,1%, à environ 476,6 dollars la tonne.
Les possibilités d’augmenter sensiblement les volumes d’exportation au cours des mois restants de l’année sont également limitées. La production de riz pour 2026 est estimée à environ 43-44 millions de tonnes, un volume suffisant pour couvrir la consommation intérieure et dégager quelque 7 à 7,5 millions de tonnes pour les réserves et les exportations. Compte tenu des 5,5 millions de tonnes déjà expédiées durant les sept premiers mois, il ne reste qu’environ 1,5 à 2 millions de tonnes disponibles à l’exportation jusqu’à la fin de l’année.
Cela laisse penser qu’il sera difficile d’accroître les recettes d’exportation en augmentant simplement les volumes. Les exportateurs vietnamiens devront plutôt s’attacher à accroître la valeur de leurs produits.
L’évolution du marché mondial accentue encore ce défi. En Inde, premier exportateur mondial de riz, les prix ont atteint leur niveau le plus élevé depuis près de dix mois, sous l’effet d’une offre plus restreinte et d’une reprise progressive de la demande à l’importation. Cette tendance pourrait ouvrir la voie à de nouvelles hausses de prix dans les mois à venir.
Toutefois, l’offre mondiale est abondante. Le Conseil international des céréales (CIC) prévoit que la production mondiale de riz pour la campagne 2026-2027 s’établira à environ 545 millions de tonnes, soit un volume supérieur d’environ 2 millions de tonnes à la consommation. Le commerce mondial du riz devrait atteindre 62 millions de tonnes, tandis que les stocks pourraient grimper à près de 199 millions de tonnes, en grande partie grâce à l’abondance des disponibilités en provenance de l’Inde.
L’abondance de l’offre maintient une concurrence intense. Le riz vietnamien a pris l’avantage sur le segment du riz de haute qualité, mais les exportateurs continuent de faire face à une forte concurrence de l’Inde et du Pakistan sur le segment du riz blanc ordinaire, où ces concurrents bénéficient d’un avantage en termes de coûts.
La pression s’accentue également sur le marché intérieur, les prix des matières premières destinées à l’exportation demeurant relativement élevés. Les données du Centre d’information sur l’industrie et le commerce (relevant du ministère de l’Industrie et du Commerce) indiquent que les agriculteurs du delta du Mékong ont tendance à maintenir leurs prix, tandis que les négociants achètent principalement en fonction de la demande réelle, ce qui montre que la liquidité du marché ne s’est pas encore sensiblement améliorée.
L’écart qui en résulte entre les coûts des intrants sur le marché intérieur et les prix à l’exportation exerce une pression sur les exportateurs. Face à la hausse des coûts d’approvisionnement et à la faiblesse des prix internationaux, les entreprises font preuve d’une plus grande prudence quant à l’achat de riz et à la signature de nouveaux contrats.
Amélioration de la qualité et diversification des marchés
La concurrence par les prix n’est pas le seul défi auquel sont confrontés les exportateurs de riz vietnamiens. Les pays importateurs renforcent progressivement les mesures de gestion du marché et mettent en place des politiques protectionnistes.
Les Philippines constituent le principal marché d’exportation du riz vietnamien, représentant près de 45% des recettes d’exportation. Toutefois, le pays intensifie ses efforts pour stabiliser les prix intérieurs du riz, notamment en augmentant les achats locaux et en envisageant des mesures de sauvegarde sur le riz importé. Un durcissement des contrôles à l’importation pourrait freiner la croissance des exportations de riz vietnamien vers ce marché.
La Chine, en revanche, affiche des signes plus encourageants. Le volume de ses importations de riz vietnamien a doublé par rapport à la même période l’an dernier, offrant aux exportateurs une opportunité de pénétrer ce marché et de réduire progressivement leur dépendance à l’égard des destinations traditionnelles.
Selon l’Association des vivres du Vietnam (VFA), face à une reprise lente de la demande sur certains marchés et à une concurrence internationale accrue, la filière rizicole vietnamienne doit poursuivre simultanément deux objectifs : diversifier les marchés d’exportation et renforcer la valeur de ses marques.
Le président de la VFA, Dô Hà Nam, a déclaré que les exportateurs devaient œuvrer activement pour lever les obstacles sur les marchés clés, en particulier aux Philippines, et s’implanter sur des destinations prometteuses comme l’Afrique. Une telle diversification permettrait de répartir les risques et de réduire la dépendance aux marchés traditionnels.
Cependant, l’expansion vers de nouveaux marchés aura un impact limité sur la valeur des exportations si le riz vietnamien continue de rivaliser principalement par les prix. Le développement d’une marque nationale de riz, fondée sur des variétés de haute qualité telles que le ST25, le Jasmine et d’autres variétés parfumées, doit donc être considéré comme une stratégie clé pour accroître la valeur des exportations et faire évoluer progressivement l’avantage concurrentiel du Vietnam : passer d’une compétitivité fondée sur le prix à une compétitivité fondée sur la qualité et la notoriété de la marque.
Parallèlement au développement de la marque, la VFA recommande d’étendre les zones de production concentrée de matières premières et de renforcer la coopération entre entreprises, coopératives et agriculteurs afin de garantir un approvisionnement stable. Une meilleure traçabilité et un contrôle qualité plus rigoureux au stade de la production seront également essentiels pour répondre aux normes de plus en plus strictes des marchés internationaux. – VNA