Le lettré confucéen démocrate Phan Châu Trinh

Phan Châu Trinh (1872-1926) est l’un des patriotes vietnamiens du début du XXe siècle. Lettré confucéen, anticolonialiste, nationaliste réformateur, il est considéré comme le père de l’idéal démocratique.

Hanoï (VNA) - Phan Châu Trinh (1872-1926) est l’un des patriotes vietnamiens du début du XXe siècle. Lettré confucéen, anticolonialiste, nationaliste réformateur, il est considéré comme le père de l’idéal démocratique.

Le lettré confucéen démocrate Phan Châu Trinh ảnh 1Temple dédié au lettré confucéen démocrate Phan Châu Trinh à Hô Chi Minh-Ville. Photo : Archives

Plus d’une ville du Vietnam possède une rue ou même une école portant le nom de Phan Châu Trinh (appelé Phan Chu Trinh au Nord). Qui est cet homme dont les funérailles en 1926, au temps de la colonisation française, ont déchaîné une vague de manifestations patriotiques suivie de dures répressions dans tout le pays ?

Pour le connaître, plaçons-le dans le contexte historique et social de son époque. Le traité de 1884 avait consacré la mainmise de la France sur tout le Vietnam. Les insurrections menées par les lettrés confucéens sous le drapeau du Cân Vuong (Servir le Roi) avaient pris fin au tournant du siècle. Comment libérer le pays du joug colonial ?

Deux tendances s’étaient dessinées, la lutte armée et la lutte pacifique par les moyens légaux.

Phan Châu Trinh est le leader de la seconde. Originaire de Quang Nam (Centre), il est l’enfant d’un petit mandarin militaire et d’une mère lettrée qui l’initie à la culture classique. Reçu Docteur ès humanités du Second Tableau (Phó bảng), il est nommé mandarin au ministère des Rites (1903). Deux ans après, sous l’influence des auteurs progressistes chinois et de certains penseurs français du XVIIIe siècle, dont Montesquieu et Rousseau, lus dans les traductions chinoises, il abandonne le mandarinat.

Mobilisation des élites intellectuelles

À la recherche d’une voie pour le salut national, il parcourt le pays pendant cinq ans pour contacter les lettrés patriotes. Il rend visite au chef de la guérilla Hoàng Hoa Thám (1836-1913) dans le maquis du Yên Thê et part en Chine et au Japon rencontrer Phan Bôi Châu, partisan de la lutte armée, avec qui il discute longuement sans pouvoir trouver de points d’accord.

Le lettré confucéen démocrate Phan Châu Trinh ảnh 2Timbre à l’effigie du lettré confucéen démocrate Phan Châu Trinh. Photo : Archives

Phan Châu Trinh ne croit ni à la violence armée, ni à l’aide désintéressée des autres pays d’Asie, y compris le Japon.

Il représente les tendances réformatrices d’une bourgeoisie naissante. En vue de la reconquête de l’indépendance nationale, il préconise l’abolition de la royauté et du mandarinat, la réalisation des libertés démocratiques, l’élévation du niveau culturel du peuple par la rénovation de l’enseignement, le développement de l’industrie et du commerce. Il pense assez naïvement qu’il est possible d’exploiter les promesses de l’administration coloniale quant à sa "mission civilisatrice" pour la pousser à agir dans ce sens.

En 1906, il adresse une lettre au Gouverneur général d’Indochine pour dénoncer la pourriture du mandarinat. Il y écrit en particulier :

"Depuis une vingtaine d’années, les grands dignitaires de la Cour se complaisent dans le luxe et ne jettent plus qu’un regard distrait sur les affaires publiques. Les mandarins de province ne songent qu’à consolider leur position et pressurer les campagnes.  Les lettrés rivalisent de servilité et de flagornerie au prix de leur dignité. Le peuple a été saigné à blanc et peut à peine survivre. Aujourd’hui tout va à vau-l’eau, le peuple est désuni, les mœurs se relâchent et la morale est battue en brèche. Un peuple de vingt millions d’âmes est presque ramené à l’âge de la barbarie.

Des intellectuels, devant ce désastre national, s’inquiètent de l’avenir de notre race. Ils ont voulu sonner le réveil de la conscience nationale et cherchent ensemble une voie de salut. Mais hélas, les plus courageux, réfugiés à l’étranger, se contentent de gémir au fond de leur cœur sans oser risquer le retour. Les autres, plus pusillanimes, se terrent à la campagne, ferment les yeux et les oreilles et n’osent plus discuter de ces questions. Il ne s’est trouvé personne pour venir frapper à la porte d’un fonctionnaire du Protectorat 
(français), lui parler franchement et lui exposer sans détour le comportement cruel des mandarins vietnamiens, les malheurs que subit le peuple, de manière à ouvrir les yeux des représentants de la France sur les crimes de ces derniers et les souffrances qu’ils infligent à notre peuple…".

École Ðông Kinh Nghia Thuc

En 1907, Phan Châu Trinh encourage la population de sa province à ouvrir des écoles puis donne des cours à une grande école privée dirigée par des lettrés réformateurs (le Ðông Kinh Nghia Thuc ou l’École libre de la Capitale de l’Est). La grève des impôts suscite dans le Centre du Vietnam, en 1908, un vaste mouvement de répression. Phan Châu Trinh est exilé à Poulo Condore.

Libéré en 1910 grâce à l’intervention de la Ligue des droits de l’homme, il accepte l’exil à Paris espérant s’appuyer sur des politiciens plus ou moins libéraux pour faire appliquer des réformes. Mais ses efforts s’avèrent infructueux. En 1922, quand le roi Khai Ðinh (1855-1925) se rend en France, il lui écrit une lettre où il lui reproche ouvertement son incapacité, ses vices et sa trahison envers la nation.

En 1925, il rentre à Saïgon (aujourd’hui Hô Chi Minh-Ville) où il donne quelques conférences sur des questions politiques et sociales, conférences qui ont un grand écho parmi les intellectuels et la jeunesse. Il succombe à une grave maladie à l’âge de 54 ans. -CVN/VNA

Voir plus

Ouverture du 12e Festival de l’ao dai de Ho Chi Minh-Ville 2026, placé sous le thème "Fils de soie dorée – Tisser des aspirations", le 6 mars. Photo: : VNA

Coup d'envoi du 12e Festival de l'ao dai à Ho Chi Minh-Ville

Le 12e Festival de l'ao dai à Ho Chi Minh-Ville propose 17 activités principales tout au long du mois de mars, transformant la métropole en une vaste scène culturelle où l’ao dai s’invite non seulement dans les spectacles artistiques, mais aussi dans la vie communautaire, les espaces urbains et les activités touristiques.

Des femmes en ao dài. Photo: VNA

Le mois de mars resplendit d’élégance avec l’ao dài, tunique traditionnelle

Début mars, les scènes de femmes en ao dài prenant des photos de printemps au bord des lacs, dans les parcs, devant les bureaux, les temples et les sites historiques sont devenues un spectacle familier à Hanoi. Les réseaux sociaux regorgent également d’images et de récits autour de cette tenue élégante, devenue un symbole de la saison dédiée à la célébration des femmes.

Le comité d'organisation rend hommage aux artistes et chanteurs présents lors de la cérémonie d'annonce et d'ouverture du vote pour la 20e édition des Prix Công hiên.

Soobin et Hoa Minzy, premier duo d’ambassadeurs des Prix Công hiên 2026

Le choix de Soobin et Hoa Minzy s’est fondé sur leur stature artistique, leur esprit créatif et leur dévouement, valeurs en parfaite adéquation avec celles des Prix Công hiên (Contributions). Ce choix leur permettra de tisser des liens plus étroits avec un public plus jeune, tout en préservant leur professionnalisme.

L’ikebana incarne l’esthétique et la philosophie japonaise, offrant un regard profond sur la relation entre l’homme et la nature. Photo: Musée des beaux-arts du Vietnam

À l’écoute des fleurs de pêcher sur les ailes de l’ikebana, art floral japonais

Inspirée par la douce brise d’est annonçant le printemps, l’exposition reflète la renaissance des vergers de pêchers le long du fleuve Rouge après le typhon Yagi, qui a causé d’importants dégâts à Hanoi en 2024. Plutôt que de se concentrer sur la perte, l’événement met en lumière la résilience et le renouveau, explorant comment la nature et les êtres humains se relèvent après l’adversité.

Photo: VNA

Intelligence, courage et ambition : les femmes façonnent le Vietnam d'aujourd'hui et de demain

Au Vietnam, les femmes s’imposent comme une force motrice essentielle du développement économique national. Leur influence, loin de se limiter aux secteurs traditionnels, s’étend aujourd’hui de la production manufacturière aux affaires et aux services, en passant par l’entrepreneuriat innovant, l’économie numérique, l’économie verte, l’économie circulaire et la finance inclusive.

Des étudiants de l'Université nationale de Brunei Darussalam à un atelier de décoration avec des motifs traditionnels vietnamiens et brunéiens. Photo : VNA

Au Brunei, le Têt vietnamien devient un pont culturel entre les deux peuples

À l’occasion du Nouvel An lunaire 2026 (Têt traditionnel de l’Année du Cheval), l’ambassade du Vietnam a organisé, les 26 février et 3 mars, une série d’événements consacrés aux coutumes du Têt vietnamien, créant un espace d’échanges culturels riche en couleurs associant promotion linguistique et artisanat traditionnel vietnamien auprès des étudiants et du public brunéiens.

L'équipe féminine vietnamienne se prépare minutieusement, tant sur le plan technique que physique, en vue de la Coupe d'Asie 2026. Photo ; journal Lao Dong

Le Vietnam prêt à affronter l'Inde à la Coupe d'Asie

L'Inde sera le premier adversaire du Vietnam dans le groupe C de la Coupe d'Asie féminine de l'AFC 2026, le 4 mars en Australie. Cette compétition se déroule lors de la deuxième participation de l'équipe à une Coupe du monde.

Le défilé d'ao dai est l'un des points d'orgue de l'événement le matin du 3 mars. Photo : baotintuc

Ho Chi Minh-Ville : le Festival de l'''ao dai" 2026 célébrera l’héritage et les ambitions de la mégapole

Organisé conjointement par le Département municipal du Tourisme et l’Union des femmes de Ho Chi Minh-Ville, le Festival de l'''ao dai" 2026 proposera un programme dense comprenant 17 activités majeures. L’objectif est d’intégrer cette tunique traditionnelle non seulement dans les spectacles artistiques, mais également au cœur de la vie quotidienne, urbaine et touristique.