L’artisan Lâu Cha Cua.


Hanoi (VNA) - Lâu Cha Cua, de l’ethnie H’mông, est le meilleur fabricant du khèn de la province montagneuse de Hà Giang. Un instrument de musique à vent traditionnel qui fait la fierté des locaux.

La maison de Lâu Cha Cua, septuagénaire, se situe dans le village de Ha Pia, terrain le plus élevé et le plus reculé de la commune de Sung Trai, district de Dông Van, province de Hà Giang (Nord). Un village écarté des autres et encore privé d’électricité. Le sentier y amenant zigzague entre les montagnes karstiques striées de lapiés.

Après une heure d’escalade, on entre comme par surprise dans une forêt de bambou luxuriante. "Sa maison se niche à l’autre côté de la forêt", explique Ly Mi Po, président de la commune de Sung Trai, qui accompagne les visiteurs.

Apparaît au milieu de la verdure une jolie maison de style traditionnel de l’ethnie H’mông: couverte de tuiles doubles, entourée de murs en roche et caractérisée par un porche en bois. Dans la véranda, le patron s’assoit sur un tabouret au milieu des tubes en bambou, des barres en bois de pin et d’outils simples comme un rabot, un marteau, un couteau, une paire de ciseaux... Sur le mur, deux khèn (appelé encore "orgue à bouche") fraichement fabriqués sont accrochés.

Artisan autodidacte

Lâu Cha Cua accueille les visiteurs avec un large sourire. Il se lève rapidement et apporte une jarre d’alcool de maïs. Et puis, autour d’un verre d’alcool, on s’entretient joyeusement, à propos du khèn bien sûr. Enthousiasmé, le septuagénaire révèle son amour infini pour cet instrument de musique propre aux ethnies minoritaires du Nord et l’art de sa fabrication.

Charmé par le son du khèn dès son enfance, Lâu Cha Cua s’en est procuré un pour la première fois quand il avait 14 ans. Il a rapidement appris à interpréter les airs folkloriques des H’mông. Comme d’autres hommes de son ethnie, ce jeune jouait du khèn avec brio lors des fêtes communautaires, des cérémonies de mariage ou des funérailles.

Une fois, son khèn était détraqué à cause des araignées qui cherchaient à y construire leur nid. Le garçon téméraire a donc décidé de démonter l’instrument, de le nettoyer puis de le remonter. Intelligent de nature, il examina soigneusement sa structure et étudia sa composition. Et l’idée de fabrication du khèn lui est venue en tête. "Il faut croire que le Ciel me gâte, car il existe tout près de chez moi une forêt de bambou et de pin. C’est une source de matières premières importante et intarissable", s’enthousiasme l’artisan autodidacte.

"La fabrication du+ khèn+ demande à l’artisan non seulement habileté, méticulosité, patience, mais aussi une passion infinie. Sans oublier une sensibilité pour la musique afin de pouvoir ajuster les sons de l’instrument", indique l’artisan. Une année de pratique est nécessaire avant de pouvoir produire un bon khèn. Et la maîtrise de la technique d’ajustement des sons rajoute encore deux ans de formation.

L’anche en bronze, languette primordiale

En effet, la fabrication du khèn comprend plusieurs étapes: on procède avant tout au choix des barres en bois de pin appropriées et des six tubes de bambou de longueur différente (normalement: 25, 30, 45, 70, 75 et 100 cm) qui sont ensuite séchés au-dessus du foyer de la cuisine pendant quelques jours. Une méthode de séchage originale qui permet de protéger l’instrument du ravage des vrillettes et des termites. Puis, à l’aide d’outils comme le rabot, la scie, le ciseau, on façonne la boîte de résonnance à partir des barres de bois séchées.

Les tubes de bambou sont tous percés à 3 cm de leur entre-nœud, afin d’accueillir une anche en bronze. "L’anche, partie la plus importante du +khèn+, doit être façonnée dans une forge en suivant un procédé méticuleux. C’est l’étape déterminante de la fabrication: le doigté dans l’insertion de l’anche conditionne la qualité du son de l’instrument. Ce procédé demande donc un savoir-faire unique et délicat à l’artisan", explique le mélomane.

Entretemps, la longueur des tubes de bambou sont aussi ajustée pour améliorer encore les sons du khèn. Cela fait, les tubes et la boite de résonnance sont assemblés pour former le khèn autour duquel on met une ficelle servant d’objet de décoration.

D’ordinaire, Lâu Cha Cua prend un jour complet pour la fabrication d’un khèn (sans compter l’étape de séchage). Mais, "je ne le fais que pour le plaisir. Ou bien, quand un client amoureux du +khèn+ vient s’en entretenir avec moi avant de passer une commande".  Pour cette raison, chaque khèn "de fabrication Lâu Cha Cua" est une œuvre inimitable. L’année passée, il n’en produisait qu’une quarantaine. "Quelle joie de voir un bon +khèn+ sortir de l’atelier! En écoutant les sons envoûtants qu’il produit, je me sens vraiment heureux", confie le vieil artisan, satisfaisant.

Ces derniers temps, Lâu Cha Cua transmet volontiers son métier à des jeunes. "Dans l’ensemble, les jeunes H’mông sont excellents dans la pratique du +khèn+. Je souhaite qu’ils puissent en fabriquer eux-mêmes et conserver cet instrument de musique transmis par nos ancêtres", conclut-il. -CVN/VNA