La Voie du pinceau des jeunes

À l’ère numérique, des jeunes se passionnent encore pour l’art de la calligraphie. Pour préserver les valeurs morales transmises par les anciens, mais aussi à la recherche d’une perfection ou d’une vérité.

Hanoï (VNA) - À l’ère numérique, des jeunes se passionnent encore pour l’art de la calligraphie. Pour préserver les valeurs morales transmises par les anciens, mais aussi à la recherche d’une perfection ou d’une vérité.

La Voie du pinceau des jeunes ảnh 1Trân Trong Duong se concentre sur ses œuvres.

Lorsque l’on parle de calligraphie, on pense aussitôt à un vieil homme très digne, en tunique noire, pinceau à la main, traçant avec concentration des caractères han-nôm (écritures en idéogrammes chinois et sino-vietnamiens) sur du papier rouge. Son image nous fait penser au poème Ông dô (le calligraphe) du lettré Vu Dinh Liên :

«Mỗi năm hoa đào nở
Lại thấy ông đồ già
Bày mực tầu giấy đỏ
Bên phố đông người qua
».

Chaque année quand  la fleur du pêcher s’ouvre
On revoit le vieux calligraphe
Qui étale son encre de Chine sur ses papiers rouges
Dans la rue parmi la foule des passants

(Traduction de Viên Nguyên)

Quant l’art et l’histoire se rejoignent

Il n’y a pas que  Vu Dinh Liên qui se souvienne de l’image des vieux ông dô d’autrefois, avec leur encre de Chine et leurs papiers rouges. À l’ère numérique, des jeunes se passionnent encore pour l’art de la calligraphie et souhaitent préserver les valeurs morales transmises par les anciens.

Trân Trong Duong, un Docteur de 36 ans, se passionne pour la culture vietnamienne ancienne, pour le han et le nôm. Il a fait de nombreuses études sur ces écritures, qui ont été bien accueillies par ses collègues en raison de ses nouvelles découvertes et de ses arguments. Il est aussi un des cinq membres du groupe de calligraphie Tiên Vê (Avant-garde), lequel porte activement le nôm dans la modernité.

Trân Trong Duong a passé plus de 10 ans à étudier le han et le nôm comme la calligraphie. Après avoir enseigné le han  à l’Université de la culture, il travaille depuis 2007 à l’Institut du han-nôm pour approfondir ses recherches sur ces idéogrammes. En 2011, il a obtenu le titre de Docteur en han-nôm après avoir soutenu une thèse sur la langue vietnamienne au XIVe siècle.

Il a par ailleurs publié plusieurs travaux de recherche et de traduction, dont le dictionnaire des mots anciens et de l’écriture sino-vietnamienne ancienne, et une étude des idéogrammes sino-vietnamiens et de la langue vietnamienne à travers les traductions.

Trân Trong Duong a encore une grande passion pour la calligraphie, art noble qui vient en parfaite complétude avec toutes ses connaissances. Il a participé à de nombreuses expositions de calligraphie dans comme hors du pays. «L’étude de l’histoire vietnamienne et de la culture traditionnelle repose forcément sur des documents anciens. J’écris sur l’histoire et la culture afin de répondre aux besoins de notre société contemporaine qui souhaite mieux comprendre ses traditions, son passé et son histoire», confie Trân Trong Duong.

Pour lui, l’important est l’esprit de l’œuvre calligraphique, et non son sens littéral. Utiliser le pinceau et conserver la racine spirituelle de l’idéogramme. «Savoir estimer sa langue, c’est une façon de préserver ses mœurs et sa culture. Ainsi, il est probable que ces bonnes mœurs perdureront parallèlement au développement et à la prospérité du pays», ajoute-t-il.

La Voie du pinceau des jeunes ảnh 2Une œuvre de Nguyên Quang Thang. Photo : QT/CVN

La calligraphie coule dans ses veines

Nguyên Quang Thang, est aussi un membre actif du groupe Tiên Vê. Chaque fois qu’il commence à écrire, son esprit se libère des contraintes linguistiques, comme un ruisseau qui court. «J’ai eu la chance de grandir dans une famille possédant une bonne connaissance du han et du nôm. Je les ai appris de mon grand-père et de mon père lorsque j’avais environ neuf ans, et j’ai continué de les étudier à l’université. Ensuite, j’ai rencontré des amis partageant la même passion, et nous avons alors organisé nos premières expositions à Hanoï. C’est ainsi que ma voie de la calligraphie a commencé», explique Nguyên Quang Thang.

Son nom de plume est Ân Xuyên (Rivière). Né en 1973 à Son Tây, en banlieue de Hanoï, il est enseignant-chercheur sur les écritures han-nôm. Nguyên Quang Thang a plus de 20 ans d’expérience dans la calligraphie, et a organisé des expositions au Vietnam, à Hong Kong (Chine) et aux États-Unis.

Selon lui, on divise la calligraphie vietnamienne en trois catégories : premièrement, la calligraphie de rue, qui est liée à l’image de vieux maîtres dessinant des lettres sur le trottoir ; deuxièmement, celle qui a été développée pour servir à la restauration des certificats royaux et des planches laquées des pagodes et des temples, et troisièmement, la calligraphie contemporaine.

«Je suis deux styles, le classique, dans le but de retrouver l’essence de l’art de nos ancêtres, et la contemporaine, en caractère romain, partage-t-il. J’ai besoin de lire des livres écrits par les générations précédentes et d’étudier les beaux-arts modernes afin de pouvoir suivre le développement des arts contemporains comme de contribuer à la diversité des arts et de la calligraphie».

«Notre génération ne peut que jeter les bases du développement de la calligraphie. J’espère que les générations futures auront plus de connaissances et de meilleures compétences linguistiques, et plus d’opportunités d’aller étudier à l’étranger, afin d’échanger avec des artistes du monde entier et de contribuer à la calligraphie vietnamienne», conclut-il. -CVN/VNA

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