Gros plan sur l’image du serpent dans le folklore vietnamien

Tout au long de l’histoire du Vietnam, les images d’animaux ont été profondément liées à la vie humaine. Parmi ces animaux, aucun n’est aussi singulier que le serpent. Ce dernier n’apparaît que dans des jeux folkloriques et des contes populaires, où il symbolise à la fois le mal, la tromperie et la trahison, tout en étant aussi vu comme un messager divin porteur de chance et d’espoir.

Surface du tambour en bronze de Ngoc Lu avec l’image de serpent.
Surface du tambour en bronze de Ngoc Lu avec l’image de serpent.

Hanoi (VNA) – Les images de serpents sont rarement présentes dans les objets du quotidien ou dans les pratiques de culte. Toutefois, on trouve encore cette représentation singulière sur le trésor d’art folklorique du Vietnam.

Tout au long de l’histoire du Vietnam, les images d’animaux ont été profondément liées à la vie humaine. Parmi ces animaux, aucun n’est aussi singulier que le serpent. Ce dernier n’apparaît que dans des jeux folkloriques et des contes populaires, où il symbolise à la fois le mal, la tromperie et la trahison, tout en étant aussi vu comme un messager divin porteur de chance et d’espoir.

Dans plusieurs régions du pays, telles que les vallées des rivières Dà, Lam et fleuve Rouge, ainsi que la baie de Ha Long, des temples dédiés aux serpents subsistent encore, témoignant de cette dualité symbolique.

Cependant, malgré cette présence dans les récits populaires, les serpents apparaissent rarement dans les objets découverts par les archéologues.

Sur le tambour en bronze de Ngoc Lu

Selon le Dr. Nguyên Van Doàn, chef du bureau de recherche sur les collections du Musée national d’histoire, les images de serpents, en dehors de celles du Nāga dans les croyances et la culture Champa, sont extrêmement rares dans l’iconographie vietnamienne. À ce jour, l’un des seuls exemples connus est une représentation de serpent découverte sur le célèbre tambour en bronze de Ngoc Lu, datant de la culture de Dông Son, il y a environ 2.000 ans. En revanche, dans les périodes historiques ultérieures, les archéologues n’ont trouvé aucun objet portant des images de serpents.

Le tambour en bronze de Ngoc Lu, découvert dans le village du même nom dans la province de Hà Nam (Nord), présente une caractéristique unique : un serpent d’eau, couché sur le dos, la gueule ouverte, dont le corps constitue la coque d’un bateau, ce qui en fait la toute première image d’un bateau-dragon. Au-dessus de ce bateau-dragon se trouve une statue représentant un oiseau aux ailes repliées, plongeant sa tête dans la gueule du serpent.

Le Dr. Doàn interprète cette scène comme une illustration de la vision du monde et de la spiritualité vietnamiennes, marquées par une dualité et une harmonie entre le yin et le yang. Le serpent, en tant que créature aquatique, symbolise le yin, tandis que l’oiseau, venant du ciel, incarne le yang. L’image de l’oiseau plongeant dans la gueule du serpent traduit cette harmonie, une union entre deux principes opposés mais complémentaires. Cette représentation s’inscrit dans la continuité des motifs culturels vietnamiens, tels que les images d’Âu Co et de Lac Long Quân, ou encore les oppositions symboliques entre mère et père, montagne et mer.

Dans les légendes vietnamiennes

Dans l’histoire du Vietnam, de nombreux rois et personnages célèbres ont accompli des exploits ou, au contraire, vu leur carrière brisée à cause des serpents. Bien que certaines de ces histoires ne figurent pas dans les récits historiques officiels, elles sont transmises oralement depuis des générations et profondément ancrées dans la mémoire collective.

Parmi les histoires les plus tragiques et terrifiantes figure celle de la vengeance du serpent dans l’affaire de Lê Chi Viên, qui a entraîné la disparition des trois clans de Nguyên Trai, poète et homme politique sous les dynasties des Hô (1400-1407) et des Lê So (1428-1527).

Tout commence lorsque le père de Nguyên Trai, Nguyên Phi Khanh, défricha un jardin abandonné. Une nuit, il fit un rêve dans lequel une femme, accompagnée de ses enfants, lui demandait de retarder son travail de quelques jours afin de leur permettre de s’éloigner. Le lendemain, alors qu’il n’avait pas encore averti sa famille, ses élèves tuèrent les bébés serpents et blessèrent leur mère. Le soir venu, alors qu’il était en train de lire, Nguyên Phi Khanh aperçut un serpent rampant sur les chevrons, et son sang s’égoutta sur trois pages du manuscrit.

Selon la légende, le serpent se transforma ensuite en Nguyên Thi Lô, une talentueuse vendeuse de nattes qui écrivit de la poésie avec Nguyên Trai avant d’être introduite au palais comme concubine. Elle aurait empoisonné le roi, puis se serait noyée dans une rivière, redevenant un serpent avant de disparaître. Les trois pages imbibées de sang symboliseraient les trois générations de la famille Nguyên Trai frappées par la mort.

À Hanoï, près du parc zoologique de Thu Lê, se trouve un temple dédié au dieu Linh Lang. Ce dernier, quatrième prince du roi Ly Thanh Tông, naquit en 1064 dans le village de Tri Cho, aujourd’hui arrondissement de Ba Dinh.

Selon la légende, sa mère, une femme stérile du district de Tu Liêm, rêva d’un serpent poursuivant la lune avant de tomber enceinte et donna naissance d’une fille, baptisée Hao. En grandissant, la très belle Hao attira l’attention du roi Ly Thanh Tông, qui l’amena à vivre au palais royal.

Après avoir séjourné au palais, elle mourut en laissant derrière elle Linh Lang, qui se distingua en repoussant l’ennemi Trinh Vinh avant de se transformer en serpent et de disparaître dans le lac de l’Ouest.

Une autre légende, sous le règne de Ly Thai Tông, raconte qu’un jeune homme nommé Hoàng sauva une princesse attaquée par un serpent géant sur la rivière Thiên Duc. En guise de reconnaissance, il demanda seulement au roi de permettre aux pauvres de s’installer autour de Thang Long pour cultiver des terres. Les habitants lui rendirent hommage en l’érigeant en dieu tutélaire et en organisant des fêtes annuelles en son honneur. – CVN/VNA

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