Et si l’on jouait du gong différemment?

Les modes de vie changent, les coutumes aussi, et les Ede de la province de Dak Lak font preuve de créativité pour faire évoluer leur musique traditionnelle.

Dak Lak (VNA) - Les modes de vie changent, les coutumes aussi, et les Ede de la province de Dak Lak font preuve de créativité pour faire évoluer leur musique traditionnelle. Non contents de reproduire exactement ce qu’ont fait leurs ancêtres, ils s’amusent à improviser avec les gongs, l’instrument phare des Hauts Plateaux.

Et si l’on jouait du gong différemment? ảnh 1 L’orchestre de gongs du village d’Ako Siêr, à Buôn Ma Thuôt. Photo: VOV

Avant toute chose, une précision s’impose : le mot « gong » ne désigne pas forcément le métallophone auquel on pense le plus souvent. Ici, il se réfère à un instrument de bambou, plus ancien, appelé ching kram, qui est de forme tubulaire.

Grêle est un morceau de gong traditionnel joué pour inviter à boire lors d’une fête villageoise. Il s’inspire du bruit que font les grêlons, d’où son titre. Mais les membres de l’orchestre de gongs du village d’Ako Siêr, à Buôn Ma Thuôt, l’ont renouvelé en le ponctuant d’acclamations. Et manifestement, ils ne sont pas les seuls : les orchestres villageois s’emploient désormais à donner une nouvelle jeunesse à leur répertoire, comme a pu le constater le folkloriste Vu Lân.  « C’est vraiment intéressant de voir comment les musiciens villageois revisitent les morceaux anciens. Si traditionnellement les gongs ne servent qu’à marquer le rythme, les villageois s’en servent aujourd’hui pour jouer des mélodies entières. Dans le cas de Grêle, ils poussent des cris dès le début du morceau, pour simuler l’effet soudain de la grêle sur les hauts plateaux », nous dit-il.

Cette version nouvelle de Grêle a été créée par un certain Y Due Niê Kdam. Selon ce dernier, les gongs ne résonnent d’ordinaire que lors des cérémonies de sacrifice d’animaux de taille importante, dont le plus petit est le porc. Après la partie rituelle, vient la partie beuverie. Les villageois s’invitent alors à siroter l’alcool contenu dans des jarres installées en rang, l’une après l’autre. La beuverie peut durer des heures entières aux sons des gongs et des tambours.« En tant que musicien, on ne veut pas se contenter de répéter le même rythme durant des heures, alors il faut improviser. Nous avons eu l’idée de ponctuer les morceaux anciens par des improvisations de 3 à 5 minutes », précise-t-il.

Et si l’on jouait du gong différemment? ảnh 2Non contents de reproduire exactement ce qu’ont fait leurs ancêtres, ils s’amusent à improviser avec les gongs

L’orchestre du village d’Ako Siêr, qui est donc celui de Y Due Niê Kdam, est le plus connu de Buôn Ma Thuôt. Il représente souvent la province de Dak Lak lors de concours et fêtes, dans le pays comme à l’étranger. De plus de plus de musiciens Ede lui emboitent le pas en revisitant le répertoire ancien. Selon le folkloriste Vu Lân, il est évident que la préservation du patrimoine culturel doit aller de pair avec son adaptation aux nouvelles réalités. « Nous apprécions ces efforts de créativité collective qui incarnent l’esprit même du folklore. Ces retouches permettent au gong de s’adapter à la société contemporaine. Que demander de plus ? », s’enthousiasme-t-il. 

Les musiciens Ede, eux, rêvent de faire du gong, qui est traditionnellement réservé aux cérémonies rituelles, un instrument de concert internationalement connu. -VOV/VNA

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