Dó, un café pas comme les autres

Situé 25A Ly Quôc Su, à environ 200m de la cathédrale, Dó se distingue d’un millier d’autres cafés de Hanoï par des œuvres d’art qu’il abrite.

Hanoï (VNA) - Situé 25A Ly Quôc Su, à environ 200m de la cathédrale, Dó se distingue d’un millier d’autres cafés de Hanoï par des œuvres d’art qu’il abrite. Mais ce n’est toutefois pas une galerie d’art, car aucune œuvre exposée n’est à vendre. Ce sont des chouchous de Thu Hang, sa propriétaire, qui est également une passionnée de la peinture et de la sculpture vietnamiennes.

Une fois franchie la porte de Dó, l’agitation qui caractérise le quartier, un quartier éminemment touristique, n’est plus qu’un lointain souvenir. À l’intérieur, tout n’est que luxe, calme et volupté, pour reprendre la formule consacrée, dont on pourrait facilement intervertir les termes en affirmant que le calme et la volupté qui règnent en ces lieux en font tout le luxe! Le fait est qu’on a plutôt l’impression d’être chez un mécène averti que dans un débit de boissons.

Binh Minh est un client fidèle de Dó, dont l’ouverture est pourtant récente puisqu’elle remonte à février 2021. Tous les samedis matins, il monopolise le deuxième étage et y convie le banc et l’arrière banc de ses connaissances.

«Beaucoup de mes amis croient, à tort, que je suis le propriétaire de Dó, tout simplement parce que je passe beaucoup de mon temps libre ici. Il m’a suffi de venir ici une seule fois pour comprendre que j’avais trouvé mon petit recoin à moi…   Pourquoi? Je pourrais vous dire que c’est parce que le café est excellent, parce que les prix sont abordables, parce que la musique de fond est de bon goût, parce que le service très professionnel… C’est vrai, tout ça, mais ce qui m’attire, ici, c’est que c’est comme un petit musée d’art contemporain, et ça, c’est vraiment unique, au Vietnam!», nous dit-il.

Ce fameux deuxième étage qui fait le bonheur Binh Minh est idéal pour des conciliabules réunissant une dizaine de personnes. C’est aussi celui où l’on trouve le plus d’œuvre exécutés sur papier Dó, ce papier traditionnel qui a donné son nom à l’endroit.

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Certaines œuvres sur du papier dó. Photo: Facebook Dó Café & Art

«Je me passionne pour le papier dó qui sert de support aux calligraphies, aux canons bouddhiques, aux dessins folkloriques et modernes… Pour moi, c’est l’essence même de l’art vietnamien, et je tiens absolument à ce que les étrangers qui viennent ici puissent le découvrir. Beaucoup d’entre eux sont des gens cultivés ou issus d’un milieu social élevé, mais ils ne connaissent pas la vie artistique au Vietnam», nous explique Thu Hang.

Dó, un café pas comme les autres ảnh 2Thu Hang, la propriétaire de Dó, également une passionnée pour le papier dó et l'art vietnamien. Photo: Facebook Dó Café & Art

Si vous venez seul, vous pouvez rester au rez-de-chaussée pour y déguster une bonne tasse de café ou un verre de jus tout frais... Vous ne serez pas venu pour rien. Mais peut-être aurez-vous aussi la chance de croiser un ou plusieurs artistes qui exposent à Dó, exactement comme les clients du mythique Café de Flore pouvaient y croiser Picasso ou Giacometti dans les années 1930.

 «J’ai trois-quatre tableaux exposés à Dó. C’est Hang, la propriétaire, qui m’a contactée pour acheter mes tableaux, puis qui m’a invitée à visiter son café. Je suis très impressionnée de côtoyer des artistes de la trempe de Ngô Phuong Binh ou de Nguyên Thành, que je considère comme un grand aîné.», nous confie-t-elle.

Les tableaux signés Nguyên Thành et Phuong Binh sont figuratifs. La différence est que si Nguyên Thành est fidèle aux hommes au faciès déformé, Phuong Binh a un net penchant pour les femmes nues. 

«Je suis particulièrement sensible aux œuvres qui suscitent de fortes émotions. Nguyên Thành peint des visages perturbés et torturés, mais dont les regards restent très doux…   À l’inverse, Phuong Binh nous montre des femmes épurées, mais qui sont dans l’excès. Je peux sentir la colère, la tristesse, la joie, la passion dans les œuvres de Phuong Binh. Un homme qui dessine une femme nue, c’est pour célébrer la beauté du corps féminin. Mais une femme qui dessine une femme nue, là c’est autre chose…», commente Thu Hang.

Les visiteurs de Dó sont pour la plupart dans la trentaine ou la quarantaine, mais il y a parfois des jeunes dans la vingtaine qui viennent pour se prendre en photo devant les œuvres. Il y a aussi celles qui comme Anh Hông, viennent à Dó juste par curiosité.

Dó, un café pas comme les autres ảnh 3Le menu de Dó est soignesement conçu par la propriétaire même. Photo: Facebook Dó Café & Art

«J’ai découvert Dó à l’occasion d’une balade dans le vieux quartier», nous raconte-t-elle. «C’est cette devanture plutôt sympa qui a piqué ma curiosité, et de là, les découvertes se sont enchaînées. J’ai commandé un café à l’œuf en guise de «billet d’entrée» sans m’attendre à quelque chose d’extraordinaire, mais je dois avouer que là aussi, j’ai été bluffée. Donc, je viens ici assez régulièrement, et je ne suis jamais déçue».

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Parfois, le balcon du premier étage est transformé en atelier de création des artistes. Photo: Facebook Dó Café & Art

À Dó, il existe aussi un petit espace en plein air, au balcon du premier étage, réservé aux fumeurs, à moins que pris par l’inspiration, un artiste n’investisse les lieux…-VOV/VNA

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