Kuala Lumpur (VNA) - Alors que le commerce mondial entre dans une ère de fragmentation et de multipolarité, le Vietnam consolide sa position de centre de production et d’exportation durable. Cette ascension repose sur une exécution politique fiable et une gestion monétaire prudente, selon une analyse de Shan Saeed, économiste en chef du groupe IQI Juwai.
D’après cet expert basé en Malaisie, cette discipline politique constituera, dès 2026, un avantage décisif à l’heure où les multinationales réévaluent les risques liés à la concentration de leurs chaînes d’approvisionnement, privilégiant désormais la fiabilité, la capacité d’extension et la prévisibilité réglementaire.
L’évaluation de l’économiste Shan Saeed souligne qu’au niveau macroéconomique, le cadre politique du Vietnam privilégie une croissance stable plutôt qu'une stimulation excessive. La croissance du Produit intérieur brut (PIB) réel devrait s'établir entre 7 % et 8 % à moyen terme, soutenue par une dynamique d'investissement durable, une montée en gamme industrielle et une demande intérieure résiliente.
L’inflation, maintenue dans une fourchette de 3 % à 3,5 %, contribue à préserver la compétitivité des coûts de production tout en protégeant le pouvoir d’achat. Par ailleurs, une dette publique modérée — estimée entre 37 % et 38 % du PIB — offre au gouvernement une marge de manœuvre budgétaire suffisante pour financer les infrastructures, la logistique et les politiques industrielles sans compromettre la solidité des finances publiques. Cette structure macroéconomique est jugée « cruciale » pour maintenir la confiance des investisseurs.
Selon l'économiste, les politiques commerciales ont déjà produit des résultats tangibles. En 2024, les exportations de marchandises ont dépassé 405 milliards de dollars, avec une diversification accrue vers l’ASEAN, le Moyen-Orient et l’Asie du Sud, en complément des marchés traditionnels que sont les États-Unis et l’Union européenne.
L'intégration du Vietnam dans des accords de libre-échange de haut standard — tels que le Partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP), l'Accord de libre-échange Vietnam-UE (EVFTA) et le Partenariat économique régional global (RCEP) — garantit un accès préférentiel à des marchés représentant plus de 30 % du PIB mondial. Cette connectivité réduit considérablement les barrières tarifaires tout en renforçant la flexibilité opérationnelle des chaînes d'approvisionnement.
L’économiste note également que la politique de la Banque d’État du Vietnam demeure disciplinée et orientée vers le marché. En se concentrant sur la stabilité du taux de change et la résilience du système financier, l’institution parvient à ancrer les anticipations d’inflation et à atténuer les chocs extérieurs.
Cette stabilité a favorisé un afflux important d’investissements directs étrangers (IDE), qui ont dépassé 25 milliards de dollars en 2024. Ces capitaux s’orientent de plus en plus vers des secteurs à forte valeur ajoutée, notamment l’électronique, les semi-conducteurs, les composants pour véhicules électriques et la fabrication industrielle de pointe.
À l’avenir, la poursuite des investissements dans les infrastructures portuaires, les corridors logistiques et les systèmes douaniers numériques — conjuguée aux politiques de renforcement de l’écosystème des fournisseurs locaux et des compétences de la main-d’œuvre — devrait encore accroître la résilience de l’économie vietnamienne.
Dans un contexte mondial où la crédibilité politique et la capacité d’exécution sont devenues aussi essentielles que les coûts de production, le Vietnam est idéalement positionné pour s’affirmer comme un partenaire de confiance à long terme dans la recomposition du commerce mondial, a conclu l’économiste.-VNA