Vietnam - Afrique, une ambition économique francophone

Le Vietnam et l’Afrique affichent une nouvelle ambition économique et humaine pour toute la Francophonie, selon Jean-Claude de l’Estrac, ancien ministre des Affaires étrangères de l’île Maurice, secrétaire général de la Commission de l’océan Indien et candidat au secrétariat général de la Francophonie. Article paru samedi 8 novembre sur le Courrier du Vietnam.
Le Vietnam et l’Afriqueaffichent une nouvelle ambition économique et humaine pour toute laFrancophonie, selon Jean-Claude de l’Estrac, ancien ministre desAffaires étrangères de l’île Maurice, secrétaire général de laCommission de l’océan Indien et candidat au secrétariat général de laFrancophonie. Article paru samedi 8 novembre sur le Courrier du Vietnam.

Les évolutions démographiques et économiques del’Afrique et de l’Asie permettent à la Francophonie de jeter un pontentre ces deux espaces majeurs de croissance. Les pays francophonesd’Asie du Sud-Est, en particulier le Vietnam, occupent une place dechoix.

Le monde quitte à marche forcée lesparadigmes hérités successivement de 1945, de la guerre froide et del’hyper puissance américaine. En 2030, plus de la moitié de lapopulation mondiale sera originaire d’Afrique et d’Asie. Avec unecroissance de 5% à 6% par an, cet ensemble pèsera quatre fois l’apportdes pays de l’Organisation de coopération et de développement économiqueà la croissance mondiale et conditionnera le rythme de production et deconsommation des quinze prochaines années. Mais surtout, comme lesouligne le chercheur français Jean-Joseph Boillot : «Les deux tiers ducapital humain mondial se trouveront dans ce triangle des géants d’ici2030».

Dans cet univers en recomposition, les paysgagnants de demain seront ceux qui parviendront à s’insérerharmonieusement dans cette géo-économie Sud-Sud inédite.

L’espace réservé à la langue français


Quel espace sera réservé à la langue française et aux paysd’expression francophone dans ce chamboulement majeur de la scèneinternationale ? Comment s’inscrire dans ce nouveau paysage comme forced’accompagnement innovante et proactive ?

J’ai laconviction que les évolutions démographiques et économiques de l’Afriqueet de l’Asie permettent à la Francophonie de jeter un pont entre cesdeux espaces majeurs de croissance.

Dans cettevision, les pays francophones d’Asie du Sud-Est, en particulier leVietnam, principale puissance francophone de l’ASEAN, occupent une placede choix. Le Vietnam est déjà très présent dans les échangesAfrique-Asie. Qu’on en juge : dans la première décennie du siècle, leséchanges commerciaux entre Hanoi et le continent africain ont crû de 31%par an et les échanges commerciaux, quasi inexistants en 1995, ontatteint 4,3 milliards de dollars en 2013 ! Sur le plan de l’appuitechnique, plusieurs centaines de coopérants vietnamiens sont aussiprésents sur le continent africain.

Ces échanges engrande mesure intra-francophones sont aussi en prise directe sur lesgrandes orientations de la croissance mondiale. Pourtant, les obstaclestechniques, telle que l’absence de partenariat direct entre les banquescommerciales des pays francophones du Mékong et celles des zonesafricaines UEMOA (l’Union économique et monétaire ouest-africaine) etCEMAC (la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), oul’impossibilité d’utiliser des instruments de règlement aussi classiquesque les crédits documentaires, sont encore trop nombreux.

Prometteuse Francophonie économique

Face à cette situation, notre organisation francophone doit contribuerà valoriser et à appuyer cette création de richesse en pleine phase dedécollage qui constitue une facette prometteuse de la Francophonieéconomique.

Sous la conduite remarquable duprésident Abdou Diouf, la Francophonie a commencé à s’intéresser à cettequestion. De façon symbolique, le «Pacte de Hanoi», scellé lors dufameux Sommet de 1997, marquait aussi l’affirmation de cette convergencede vue entre l’Afrique et l’Asie francophones. Je souhaite désormais enfaire un axe systématique de l’action de notre organisation et l’unedes premières missions de l’Agence de promotion des investissements dela Francophonie que je propose de créer avec l’appui du secteur privé.Une conférence francophone ASEAN-Afrique, au sein de laquelle leVietnam, le Cambodge et le Laos tiendraient à l’évidence une placeéminente, pourrait être réunie rapidement sous les auspices del’Orgnisation internationale de la Francophonie pour donner un cadrepolitique dynamique à ce qui demeure encore un mouvement spontané desopérateurs économiques.

La consolidation descompétences par le développement de l’enseignement à distance dufrançais technique et commercial permettra aussi aux entrepreneurs,techniciens et ingénieurs d’Asie et d’Afrique francophone de parler lemême langage en dépassant leur éloignement géographique et culturel.

Né à Maurice, pays africain par sa géographie,asiatique en partie par son peuplement et ouvert sur l’océan Indien, jesais que ce dialogue-là sera fécond pour l’Afrique comme pour la zone dugrand Mékong. Avec l’aide de la Francophonie, cet échange contribuera àlancer de nouvelles pistes de croissance, d’innovation et de dialoguedes cultures dans un monde qui en a un infini besoin. – VNA

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