Hanoi (VNA) – Sécheresse, inondations. Ces phénomènes se sont aggravés dans de nombreuses localités en raison des activités anthropiques, qui ont un effet sur le volume et la qualité des eaux. Un phénomène qui nuit à l’agriculture et à la vie des habitants. Il est grand temps d’agir.
 
Les effets combinés de la démographie et du réchauffement climatique font craindre le pire pour les régions où les ressources en eau sont déjà sur-utilisées. Photo : VNA
 
«Ces derniers temps, nous avons consommé trop d’eau pour la production de riz. Le déplacement de l’eau douce vers les champs entraîne de graves pénuries pour l’alimentation quotidienne des villes, surtout pendant la saison sèche. C’est la raison pour laquelle, il est nécessaire de sensibiliser les gens sur la mise en place d’un nouveau modèle de production plus adapté aux changements climatiques, et de privilégier une utilisation économe de l’eau douce», a remarqué le Professeur en agronomie Vo Tong Xuân.

Après s’être rendu sur le terrain dans une province du delta du Mékong pour étudier les canaux d’eau douce, il a mis en avant un paradoxe. Alors que beaucoup de canaux du delta du Mékong manquaient d’eau et ont été affectés gravement par la sécheresse, dans les autres pays que le fleuve Mékong traverse, l’eau est encore stockée dans les réservoirs.

Le Professeur Vu Trong Hông, de l’Association d’irrigation du Vietnam, a abondé dans ce sens : «Réaménager les cultures permettra de réduire le gaspillage d’eau». Les habitants peuvent par exemple changer les calendriers des semis, du repiquage et des récoltes. Il est aussi possible d’utiliser des animaux ou des plantes moins gourmandes en eau, pour lutter contre le gaspillage. Des investissements dans des technologies permettant des économies d’eau sont également nécessaires.

Anticiper les besoins
 
Préserver les ressources en eau, c’est de se préserver soi-même. Photo : VNA

Selon le Professeur Vu Trong Hông, le plus important est de réussir à mettre en application ces principes dans l’ensemble du pays. Plus précisément, la quantité d’eau entrante (eau de pluie, débit des cours d’eau, eau souterraine) et la demande en eau doivent être calculées avec précision pour être mises en adéquation. À partir de là, il faut déterminer la quantité d’eau nécessaire (et destinée à être stockée), et anticiper le manque de précipitations pendant les années de sécheresse. Il est nécessaire d’utiliser les statistiques pour améliorer dans la gestion de la consommation quotidienne de l’eau.

«Jusqu’à présent, nous n’arrivons pas à gérer l’eau d’une manière équilibrée. La principale raison, c’est que nous n’avons pas encore développé de véritable stratégie d’une gestion rationalisée. Nous avons désormais connaissance de la situation des pénuries d’eau, donc nous sommes en mesure de planifier la construction de réservoirs, de stations de pompage, etc.», a commenté Vu Trong Hông.
 
Selon Hoàng Anh Tuân, directeur adjoint du comité de gestion des ressources en eau et de l’eau propre en milieu rural, relevant du Département général de l’irrigation, ces dernières années, beaucoup de projet sur la planification des ressources en eau dans les bassins fluviaux, ou concernant le système d’irrigation ont été  approuvés. Parmi eux, trois projets d’aménagement global du système d’irrigation, visant à faire face aux changements climatiques, et plus particulièrement l’élévation du niveau de la mer dans plusieurs régions (le delta du fleuve Rouge, le Centre et le delta du Mékong) ont été approuvés par le Premier ministre Nguyên Xuân Phuc.

Cependant, faute de moyens, les autorités ne vont pas investir dans un système d’irrigation complet et autonome gérant l’ensemble du territoire comme prévu initialement dans le plan approuvé.  En parallèle,  les changements climatiques s’accélèrent d’année en année, et ses conséquences comme notamment l’élévation du niveau de la mer risquent de se faire fortement ressentir dans les années à venir.

Réduire le gaspillage

Il faut donc que les dirigeants, les bureaux centraux, provinciaux, régionaux, mais aussi les spécialistes, experts locaux et étrangers travaillent main dans la main pour chercher des solutions susceptibles de contrecarrer ces nuisances qui risquent de s’avérer rapidement dramatiques. 

Stocker l’eau de la saison des crues pour l’utiliser à la saison sèche est une des solutions efficaces pour la résilience à la sécheresse. Sur le long terme, le pays doit s’intéresser à garder l’eau au service de l’agriculture à la saison sèche. Il faudra creuser des étangs, des canaux dans ce but, de pair avec une utilisation raisonnée de l’eau douce.

Il est important d’appliquer des mesures concrètes, par exemple en choisissant des animaux et plantes moins gourmands en eau, rajuster les périodes de culture, lutter contre le gaspillage dans l’arrosage. Une chose est sûre : pour s’assurer d’un développement durable, le Vietnam devra appliquer de nombreuses mesures homogènes avec la participation de tous.

Le développement d’une culture de l’utilisation rationnelle et responsable de cette ressource vitale exige une politique active de prise de conscience associant tous les acteurs des secteurs que cela implique. L’information, l’éducation et la formation sont les domaines d’action prioritaires. Il existe de nombreuses possibilités permettant de relever ce défi. L’étiquetage en tant que moyen efficace de fournir des informations ciblées au public sur la consommation d’eau et sur des pratiques durables de gestion de l’eau n’est qu’une des options possibles.

Il est également important d’accélérer l’élaboration de la loi sur l’approvisionnement et la consommation d’eau, laquelle sera soumise pour approbation à l’Assemblée nationale dans l’optique d’entrer en vigueur dès 2020. Avec la loi sur les ressources en eau, la loi sur la protection de l’environnement et le projet de loi sur le drainage de l’eau et le traitement des eaux usées, ce texte contribuera à une gestion efficace de l’eau orientée vers un développement durable.

Enfin, le problème de la rareté de l’eau douce n’est pas géographiquement limité au Vietnam et a des répercussions internationales. Il existe déjà de nombreux conflits internationaux portant sur l’eau et le danger d’en voir la fréquence augmenter va croissant. Aussi est-il nécessaire d’adopter une approche plus large de la rareté de cette ressource indispensable à la vie. – CVN/VNA