Une belle histoire de retour aux sources

Dix-sept ans après avoir quitté un orphelinat vietnamien pour une nouvelle vie en France avec ses parents adoptifs, Hiên Munier, 25 ans, est retournée dans le pays qui l’a vue naître.
Hô Chi Minh-Ville (VNA) –  Dix-sept ans après avoir quitté un orphelinat vietnamien pour une nouvelle vie en France avec ses parents adoptifs, Hiên Munier, 25 ans, est retournée dans le pays qui l’a vue naître. Une visite remplie d’émotions.
Une belle histoire de retour aux sources ảnh 1Hiên Munier porte un bébé au Centre de patronage des enfants de Go Vâp. Photo: Tuôi Tre

Hiên Munier vit à Hô Chi Minh-Ville depuis quelques mois. Elle enseigne le français et l’anglais dans des centres de langues étrangères. Après son travail, elle consacre la majeure partie de son temps libre à s’occuper des enfants handicapés au Centre de patronage des enfants de Go Vâp, où certains travailleurs sociaux se souviennent encore d’elle comme d’une fillette de 8 ans.

La boucle est bouclée

"J’ai été abandonnée sur un pont, peu après ma naissance. J’ai été recueillie par cet orphelinat après qu’une femme m’ait trouvée et emmenée auprès des autorités compétentes", décrit Hiên.

Elle résida à l’orphelinat jusqu’à l’âge de 8 ans avant qu’un couple français l’adopte, un évènement qui changea sa vie.

"Dire au revoir n’est jamais facile, mais nous étions tous heureux de savoir qu’elle aurait un avenir meilleur", confie Lê Ngoc Anh, directrice adjointe du Centre de patronage des enfants de Go Vâp à propos de la journée où ses papiers d’adoption furent validés. Et de continuer: "Cela remonte à si loin! Elle est maintenant une jolie jeune femme épanouie qui a gardé en tête ses origines et qui fait du bénévolat en prenant soin des enfants. Il n’y a rien qui puisse me rendre plus heureuse".
 
L’orpheline d’hier ne sait plus parler le vietnamien. Dix-sept ans furent assez longs pour qu’elle oublie sa langue maternelle mais pas pour effacer les images dans sa tête. Les yeux embués de larmes, elle se rappelle le jour où une des femmes travaillant dans le centre lui annonça qu’une nouvelle vie l’attendait loin de l’orphelinat. Elle se souvient notamment de l’angoisse qui l’avait saisie lorsqu’elle comprit, après quelques explications (l’adoption étant une notion complexe pour un enfant de 8 ans), qu’elle devait aller vivre en dehors de l’orphelinat, chose qu’elle avait du mal à concevoir.

"Un jour, une assistante maternelle m’a habillée avec mes plus beaux vêtements. Puis ma mère adoptive est arrivée", raconte Hiên. "C’était la première fois que je voyais un étranger. Il y avait tellement de questions qui me traversaient l’esprit, mais avant de comprendre ce qui se passait, j’étais déjà devenue sa fille", poursuivit-elle.
Ses parents adoptifs ont ensuite dû patienter un mois afin d’avoir toutes les autorisations françaises pour emmener la petite en France. Afin de mettre ce temps à profit, ils décidèrent d’offrir à leur fille une visite de Hô Chi Minh-Ville. Tout paraissait neuf, en dehors du temps pour Hiên et, même si elle avait encore quelques appréhensions, la douceur du sentiment de se sentir choyée et protégée l’envahissait lentement mais sûrement. Elle comprenait peu à peu la sensation d’avoir un père et une mère.
Une belle histoire de retour aux sources ảnh 2Hiên Munier fait du bénévolat en prenant soin des enfants du Centre de patronage des enfants de Go Vâp. Photo: Tuôi Tre
L’ex-orpheline put s’envoler pour l’Hexagone en novembre 2001, cet évènement marquant le début de sa nouvelle vie à l’autre bout du monde. Elle fut d’abord prise d’une impression de solitude et d’une sensation de ne pas appartenir à ce nouveau monde qui, très vite, contribuèrent à nourrir le feu de la colère qu’elle entretenait contre ses parents biologiques, responsables à ses yeux de son mal-être.

Puis, peu à peu, avec le soutien de ses nouveaux parents, elle s’épanouit malgré tout mais gardait un fond de tristesse dans son cœur en pensant à ses compagnons d’infortune de l’orphelinat. "Je me souviens m’être souvent demandée pourquoi j’étais la seule à avoir eu la chance d’obtenir une nouvelle vie alors que tous les autres devaient rester derrière", dit-elle.

Très tôt mature à propos de son identité, elle rassembla tout son courage pour aller de l’avant et empêcher son passé de lui nuire. Un travail sur soi qu’elle estime maîtriser à la perfection aujourd’hui. "En six mois, je me suis montrée capable de communiquer en français, perdant au fur et à mesure mes capacités à parler le vietnamien", poursuit-elle.

Hiên ne fut pas la seule enfant adoptée dans sa nouvelle famille. Ses parents français ont par la suite adopté deux autres enfants venant du même orphelinat. Elle décrit son père comme un "ours en peluche" et sa mère comme une "wonderwoman" toujours là pour la soutenir et la protéger. "Leur amour a tout compensé et a fait de moi la Française que je suis aujourd’hui", partage-t-elle.

À la recherche du passé
 
Après des années à contenir ses émotions pour se consacrer à sa nouvelle vie, l’adolescence la troubla de nouveau au travers des questions existentielles que toute personne se pose à cet âge: "Qui suis-je? Pourquoi suis-je ici?". Si ces questions sont banales pour tous les jeunes adultes, on comprend aisément que le cas de la jeune femme s’avère plus compliqué.

Se confiant à sa mère à propos de ces problématiques douloureuses, celle-ci, sachant certainement que ces turbulences allaient apparaître tôt ou tard, lui expliqua en détail les étapes qui la menèrent du Vietnam en France.

Notons que la dame avait également fondé une association nommée "Un projet pour tous" dans le but de soutenir les bambins de l’orphelinat où vécu Hiên.

"Ma mère m’a beaucoup aidée en venant avec moi au Vietnam", déclare la jeune femme. Avec pour seul indice l’adresse de la femme qui l’avait trouvée il y a plus de 20 ans, elle se déclare déterminée à rencontrer ses géniteurs.

"Je me presse tous les jours: dépêche-toi! Il ne reste plus beaucoup de temps. Allez!", explique Hiên. Elle a ajouté que le travail bénévole à l’orphelinat l’avait également aidée à comprendre les difficultés financières qui conduisaient certains  parents vietnamiens à abandonner leurs enfants par crainte de ne pas pouvoir leur offrir une vie décente.

"La vie de mes parents biologiques a dû être très difficile", devine-t-elle, ajoutant que sa colère avait été remplacée par l’empathie.

Hiên continue de se représenter le jour où elle rencontrera finalement sa mère: elle ira vers elle pour lui dire que sa fille a bénéficié des bienfaits d’une vie faite de joie et d’amour. "Je lui dirai: Merci de m’avoir donné la vie. Je t’aime ", conclut-elle. D’ailleurs, elle apprend le vietnamien en partie pour se préparer à cette rencontre. – CVN/VNA

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