Hanoï (VNA) - Dans un contexte mondial marqué par une restructuration profonde et des évolutions rapides et imprévisibles, le Vietnam ne doit pas seulement maintenir sa dynamique de reprise : il lui faut désormais établir un nouveau palier de croissance, plus élevé, plus durable et plus résilient face aux chocs extérieurs.
Selon les experts économiques, cet objectif dépasse largement une simple exigence à court terme pour la période 2026-2030 : il s’agit d’un tournant stratégique visant à repositionner le modèle de croissance vietnamien au sein des chaînes de valeur mondiales.
L’économiste Dr. Nguyen Bích Lam, ancien directeur général de l’Office général des statistiques relevant du ministère du Plan et de l’Investissement (aujourd’hui Département des statistiques rattaché au ministère des Finances), identifie trois grandes tendances qui structurent l’économie mondiale actuelle : transition technologique fondée sur l’intelligence artificielle et l’économie numérique ; restructuration des chaînes d’approvisionnement et de valeur mondiales et transition verte vers la neutralité carbone (« zéro émission nette »).
Sur le plan national, les marges de croissance extensive – fondées sur le capital, la main-d’œuvre à bas coût et l’exploitation des ressources naturelles se réduisent progressivement. Si la productivité du travail s’améliore, elle reste sans percée décisive. De nombreux secteurs industriels demeurent cantonnés à des activités d’assemblage à faible valeur ajoutée, et les liens entre les investissements directs étrangers (IDE) et les entreprises nationales restent limités. Sans transformation profonde, l’économie risque de s’enfermer dans une croissance moyenne prolongée, compromettant les objectifs de développement rapide et durable.
Selon le Dr. Nguyen Bich Lam, l’enjeu ne réside pas uniquement dans le rythme de croissance du PIB, mais dans la qualité et la durabilité de cette croissance. L’établissement d’un nouveau palier de croissance doit reposer sur trois piliers : perfectionnement des institutions ; transformation du modèle de croissance fondée sur la science, la technologie et l’innovation ; amélioration de la qualité des ressources humaines.
Les institutions doivent ouvrir la voie. De nombreux experts s’accordent à considérer qu’elles constituent encore un goulot d’étranglement majeur.
Le Dr. Nguyen Dinh Cung, ancien directeur de l’Institut central de recherche en gestion économique (CIEM), relevant auparavant du ministère du Plan et de l’Investissement, souligne que l’exigence actuelle dépasse la simple révision de certaines réglementations : il s’agit d’une réforme institutionnelle substantielle garantissant le fonctionnement plein et entier de l’économie selon les principes du marché.
Parallèlement à cette réforme institutionnelle, la modernisation accélérée des infrastructures stratégiques – transports, énergie, infrastructures numériques et dispositifs d’adaptation au changement climatique – est indispensable pour renforcer la compétitivité nationale, a-t-il ajouté.
La transformation du modèle de croissance implique également un repositionnement du Vietnam dans les chaînes de valeur mondiales. Si le pays demeure principalement concentré sur les activités d’assemblage à faible valeur ajoutée, ses perspectives de croissance resteront limitées.
Il est en outre nécessaire de bâtir un nouvel écosystème de développement, dans lequel l’attraction d’une nouvelle génération d’IDE soit associée au transfert de technologies, au développement de la sous-traitance industrielle et au renforcement des liens avec les entreprises nationales.
Les experts soulignent enfin que l’établissement d’un nouveau palier de croissance ne doit pas rester un simple slogan. Il exige un programme d’action concret, assorti d’un calendrier précis et de responsabilités clairement définies. La réforme institutionnelle doit être réelle ; la transformation du modèle de croissance doit se décliner par secteur et par territoire ; l’investissement dans la science, la technologie et les ressources humaines doit devenir une priorité absolue dans l’allocation des ressources.- VNA