Quang Trung ou la trahison du destin

En 1789, le héros national Quang Trung commanda l’armée des Tây Son pour vaincre définitivement les 200.000 envahisseurs. Chaque année, la fête du monticule de Dông Da commémore sa victoire en cet endroit

Hanoi, 9 février (VNA) - En 1789, le héros national Quang Trung commanda l’armée des Tây Son pour vaincre définitivement les 200.000 envahisseurs. Chaque année, la fête du monticule de Dông Da, qui a lieu le 5e jour du Têt, commémore sa victoire en cet endroit.

Quang Trung ou la trahison du destin ảnh 1Chaque année, au 5e jour du 1er mois lunaire, la fête de Dông Da est organisée pour commémorer la victoire du roi Quang Trung en 1789. Photo: VNA

Les deux plus grandes villes du Vietnam, Hanoï et Hô Chi Minh-Ville, donnent le nom du roi Quang Trung (alias Nguyên Huê) à l’une de leurs plus importantes artères. Il me semble que c’est la règle pour les autres villes du pays.

La mémoire collective vietnamienne est hantée par le mythe Quang Trung - Nguyên Huê, depuis des dizaines de générations, surtout sous l’occupation coloniale française. L’imagination populaire voit en cette prestigieuse figure un Mutsuhito qui aurait pu, à la fin du XVIIIe siècle, moderniser à temps le Vietnam féodal pour tenir tête plus tard à l’offensive coloniale.

On déplore sa mort précoce, âgé alors de 39 ans, alors qu’il s’imposait comme grand capitaine, réformateur perspicace, homme politique averti et diplomate habile. L’histoire aurait privé le peuple vietnamien d’un souverain éclairé.

Le héros national Quang Trung - Nguyên Huê

Né en 1753, au village de Tây Son dans la province de Binh Dinh, Nguyên Huê vivait à une époque où le pays, depuis le milieu du XVIe siècle, avait été divisé en deux : le Nord était gouverné par les Seigneurs Trinh et le Sud dont faisait partie Binh Dinh était entre les mains des Seigneurs Nguyên, alors que ces clans shogounaux se réclamaient, tous deux, de l’autorité des rois Lê qui régnaient sans gouverner.

Mais le régime féodal était en pleine crise, au Nord comme au Sud. En 1771, à Tây Son, trois frères - Nguyên Nhac (petit fonctionnaire), Nguyên Huê et Nguyên Lu - suscitèrent un mouvement insurrectionnel paysan qui finit par submerger tout le Sud et leur donna le pouvoir. Le descendant des Nguyên, Nguyên Ánh, appela à la rescousse des Siamois qui envoyèrent à son secours 20.000 hommes avec 300 vaisseaux. Nguyên Huê attira l’ennemi dans une embuscade sur la rivière de My Tho. L’armée siamoise fut rapidement taillée en pièces, il ne lui resta que 2.000 hommes qui s’enfuirent par voie terrestre.

Les Tây Son se tournèrent ensuite vers les Trinh qui avaient tiré les marrons du feu en occupant Phú Xuân (Huê). En 1786, Nguyên Huê franchit le col des Nuages, s’empara de Phú Xuân et commença sa marche vers le Nord, soutenu par la population. Le shogounat des Trinh prit fin.

Nguyên Huê alla présenter ses hommages au roi Lê qui le maria à l’une de ses filles. Tandis qu’il regagna le Sud, un nouveau roi Lê, Lê Chiêu Thông, auquel son prestige portait ombrage, fit appel à l’empereur sino-mandchou des Qing qui, de son côté, voulait conquérir le Vietnam.

En 1788, une armée chinoise de 200.000 hommes commandée par Shun Shiyi (Tôn Si Nghi) occupa Thang Long (Hanoï) sous prétexte de restaurer les Lê.

Nguyên Huê campait alors dans son fief à Phú Xuân, ses deux frères ayant chacun leur fief plus au Sud. Il se proclama Roi sous le nom de règne de Quang Trung. Il marcha rapidement sur Thang Long. L’année lunaire touchait à sa fin. Arrivé à la province de Ninh Bình (Nord), dix jours avant le Têt, le Nouvel An vietnamien, il ordonna à ses troupes de célébrer cette fête sacrée à l’avanie, leur disant : "Au 7e jour du 1er mois de l’année nouvelle, nous entrerons dans Thang Long et y fêterons le printemps. Souvenez-vous de mes paroles…"

Après un repos de dix jours pour recruter de nouvelles troupes, l’armée des Tây Son fonça sur le Nord en trois colonnes. Celle commandée par Nguyên Huê, éléphants en tête, enleva Ha Hôi, à 15 km au sud de Thang Long. Les deux autres colonnes percèrent le flanc ouest de la capitale à Dông Da (aujourd’hui dans Hanoï), qui fut le site d’une bataille sanglante en une journée, le commandant du poste se pendit à un arbre.

La victoire éclair des Vietnamiens sidéra le commandant en chef chinois Tôn Si Nghi qui n’eut même pas le temps de seller son cheval et de mettre sa cuirasse avant de s’enfuir avec ses cavaliers. Ce fut la débandade des troupes chinoises.

Au 5e jour du Têt de 1789, année de la grande révolution française, Nguyên Huê fit son entrée dans la capitale du Nord. Au 7e jour, il y fit célébrer le Têt comme promis. En six jours, ses troupes avaient avancé de 80 km, et défait l’armée chinoise de 200.000 hommes. Ce fut la plus brillante victoire de l’histoire vietnamienne.

Le Têt de la grande victoire

Nguyên Huê avait mis fin à deux siècles de sécession nationale, chassé les Siamois, soustrayant le pays à une nouvelle occupation chinoise. Bon diplomate, il manœuvra pour sauver la face à l’Empereur de Chine et assurer son investiture royale.

Nguyên Huê se fit remarquer aussi par ses réformes. Il réorganisa l’armée, l’administration, l’enseignement avec des hommes de talent dont il sut s’entourer. C’est ainsi qu’il instaura une politique judicieuse concernant le partage des terres communales et l’encouragement de l’agriculture, le développement de l’artisanat et du commerce. Il fit adopter les idéogrammes vietnamiens nôm (pour transcrire la langue nationale) pour les textes officiels et l’enseignement en remplacement des caractères chinois. Il réforma aussi les programmes de l’enseignement.

Malheureusement, Quang Trung mourut subitement en 1792, n’ayant pas eu le temps d’achever l’œuvre commencée. Son fils et ses frères ne surent l’égaler. La dynastie des Tây Son fut d’ailleurs remplacée par celle des Nguyên (1802) de Gia Long (Nguyên Ánh).

La légende de Quang Trung reste vivace. Et les historiens se demandent : s’il avait pu vivre encore longtemps, aurait-il eu la possibilité de réaliser une modernisation du Vietnam à la manière du tsar Pierre Ier ? Nombreux sont ceux qui hésitent en raison de la difficile conjoncture socio-économique à l’époque en Asie et dans le pays.

En tout cas, Quang Trung demeure un héros vénéré et populaire. Chaque année, la fête de Dông Da, qui a lieu le 5e jour du Têt, commémore sa victoire en cet endroit. Dans la matinée, la cérémonie du sacrifice se déroule à la maison communale de Khuong Thuong, et vers midi, une procession conduit le palaquin du héros de la maison communale au temple sur le sommet de Dông Da. Pendant ce temps, on organise une cérémonie d’absolution pour les mânes des soldats ennemis tombés au combat. -CVN/VNA

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