Pêche illicite: la marche forcée des réformes

Un an après le "carton jaune" infligé par l’Europe, le Vietnam accélère ses réformes afin de mettre un terme à ses pratiques de pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN).
Hanoi, 13 janvier (VNA) - Un an après le "carton jaune" infligé par l’Europe, le Vietnam accélère ses réformes afin de mettre un terme à ses pratiques de pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN).
Pêche illicite: la marche forcée des réformes ảnh 1Le Vietnam compte environ 109.000 navires de pêche, dont 28.600 hauturiers.   Photo : VNA


Un an après l’avertissement lancé par l’Union europénne (UE) contre les pratiques de pêche au Vietnam, Hanoï a mis en œuvre de nombreuses mesures en faveur d’un développement durable de la pêche.

L’UE avait averti le Vietnam de ce carton jaune fin octobre 2017. Elle jugeait insuffisantes tant les mesures de lutte contre la pêche illicite, non déclarée ni réglementée, que celles censées assurer la traçabilité des produits halieutiques exportés vers l’UE. En juin 2018, Bruxelles a décidé de maintenir ce “carton jaune” jusqu’en janvier 2019. Récemment, une mission de 7 parlementaires européens s’est rendue au Vietnam pour une visite de terrain. Elle a reconnu les efforts déployés par Hanoï pour lutter contre la pêche illicite, et a rappelé que les recommandations émises par Bruxelles avaient pour objectif d’aider le Vietnam à promouvoir une pêche durable et responsable. Concrètement, la Commission européenne a demandé à Hanoï de garantir la traçabilité des produits capturés, de renforcer le contrôle des bateaux de pêche dans les ports et au large, d’installer un système de surveillance satellite sur tous les navires de renforcer les sanctions contre les pêcheurs illégaux.

Selon le ministre de l’Agriculture et du Développement rural Nguyên Xuân Cuong, la levée du “carton jaune” est urgente, car si cet avertissement  se transformait en “carton rouge“, l’Europe fermerait l’accès des produits halieutiques vietnamiens à son marché. Bien que la mesure ait valeur d’avertissement, et qu’elle n’affecte pas techniquement la politique commerciale de la CE, l’industrie de la pêche vietnamienne craint que ce “carton jaune“ ne nuise gravement à la réputation des produits vietnamiens. Les pays qui ne respectent pas les normes communautaires reçoivent un “carton jaune“, suivi d’un “carton vert“ si les problèmes sont résolus ou d’un “carton rouge“ s’ils ne le sont pas. Un “carton rouge“ pourrait conduire à une interdiction commerciale des produits issus de la pêche.

Cap sur une pêche responsable et durable

Le Vietnam n’a pas encore estimé les pertes enduites par ce carton jaune, mais leur ampleur est indéniable. Au lieu d’arriver directement chez l’importateur, les produits exportés sont au préalable stockés dans un entrepôt désigné par Bruxelles, où ils font l’objet d’un contrôle de vérification avant d’être expédiés sur les marchés européens. Ce dispositif coûteux affecte le prix de vente, et donc la compétitivité des produits concernés.

Les premières conséquences de l’avertissement européen se sont déjà fait sentir. Les exportations (hors aquaculture) vers l’Europe ont chuté de 21,3%. À leur arrivée dans les ports européens, tous les produits halieutiques vietnamiens subissent une inspection rigoureuse, à la charge de l’importateur. Le prix du thon, des céphalopodes et autres poissons et coquillages s’en trouve alourdi. Un tiers des 9 millions de tonnes (hors aquaculture) annuellement produites par le Vietnam est destiné à l’exportation, pour un total de 2,5 milliards de dollars. Avant le "carton jaune", l’Union européenne était le second marché à l’export du Vietnam.

Le Vietnam a immédiatement réagi à cet avertissement. En novembre 2017, les propositions de Bruxelles ont été introduites par amendements dans la loi sur les produits aquatiques, a rappelé le ministre Nguyên Xuân Cuong. Cette loi réglemente pour la première fois le contingent de permis de pêche commerciale, de captures pour certaines espèces de poissons migrateurs et pour les espèces grégaires. En même temps, elle réaffirme l’interdiction des activités de pêche illégales en dehors des eaux vietnamiennes. Les matières premières importées doivent elles aussi se conformer aux exigences en matière d’hygiène et de sécurité alimentaire. En ce sens, les entreprises ont obligation de compléter les documents attestant de l’origine des produits. En outre, des textes d’application des lois ont été publiés avec l’aide d’experts de l’Union européenne, ce qui renforce leur applicabilité.
Pêche illicite: la marche forcée des réformes ảnh 2Les neuf recommandations de l’UE concordent avec les objectifs fixés par le Vietnam pour le développement d’une pêche responsable et durable.

Photo: Thê Duyêt/VNA/CVN


Logbooks, GPS, contrôles renforcés

Pour répondre aux exigences de l’Europe et éviter le “carton rouge“, le Vietnam a mis l’accent sur la traçabilité et le contrôle. Le gouvernement a mis en place un programme d’action pour obtenir la levée du “carton jaune“, où sont impliqués les professionnels de la pêche des 28 provinces littorales du pays. Les dirigeants de ces provinces doivent veiller à ce que les pêcheurs ne travaillent pas dans les eaux étrangères et déclarent leurs captures. Leurs bateaux doivent être équipés d’un système de surveillance satellite. Les ports et le système d’entrepôt doivent aussi être modernisés. Le ministère de l’Agriculture et du Développement rural a travaillé avec celui de la Défense pour le contrôle des bateaux de pêche en mer, et s’est coordonné avec les organisations internationales concernées pour lutter contre la pêche illégale.

Selon Luu Van Huy, chef du Département de surveillance de la pêche, à l’heure actuelle, le Vietnam compte environ 109.000 navires de pêche, dont 28.600 hauturiers. Le volume d’exploitation en 2017 est estimé à 3,2 millions de tonnes, en grande partie destinées aux exportations. La filière représente plus d’un million d’emplois dans l’ensemble du pays. Cependant, le nombre de navires a connu une croissance trop rapide par rapport au stock de ressources halieutiques. La pêche illicite et non réglementée a appauvri les ressources maritimes intérieures, avec des conséquences sur les revenus des pêcheurs. En conséquence, ces derniers ont illégalement exploité les eaux étrangères.

Pour éradiquer ce phénomène, tous les bateaux devront tenir un logbook (livre de bord), manuel pour les plus petits, électronique pour les plus gros (plus de 24m), qui sera contrôlé par les autorités portuaires à chaque marée. D’ici 2020, les bateaux de 15 à 24m seront progressivement équipés de transpondeurs, avec émission d’un signal toutes les deux heures. Ceux de plus de  24m et 200 chevaux émettront un signal GPS satellitaire, selon le projet Movimar mené par le consortium français CLS de Toulouse. Tout un arsenal de mesures coercitives sera disponible contre les récalcitrants (amendes multipliées par dix et retrait des licences). - CVN/VNA

Voir plus

Hanoï souhaite renforcer des partenariats mutuellement bénéfiques avec les groupes singapouriens

Hanoï souhaite renforcer des partenariats mutuellement bénéfiques avec les groupes singapouriens

Le secrétaire du Comité du Parti de Hanoï, Tran Duc Thang, a salué la présence de longue date et les investissements à grande échelle des entreprises singapouriennes au Vietnam, certaines y étant implantées depuis plus de trente ans. Il a souligné que, dans le contexte du développement positif des relations bilatérales, l’expansion des investissements des groupes singapouriens contribuait activement au renforcement des liens économiques et commerciaux entre les deux pays.

Étudiants effectuant un stage en programmation de microcontrôleurs au Collège de technologie Vietnam-République de Corée, à Bac Giang. Photo : VNA

Le Centre national de l’innovation lance le 1er hackathon national d’IA au Vietnam

Plutôt que de se concentrer sur des concours de programmation mettant principalement en valeur des compétences techniques, le Vietnam AI Hacks plonge les jeunes développeurs dans un environnement bien plus proche des réalités du marché, avec de véritables défis commerciaux, des délais serrés, la pression du produit, des exigences de déploiement et des opportunités de nouer des contacts avec des entreprises et des investisseurs après la compétition.

Des délégués à la séance de travail. Photo: SSC

Vietnam-Thaïlande : coopération renforcée autour des nouveaux produits financiers

La Commission d’État des valeurs mobilières du Vietnam et la Commission thaïlandaise des valeurs mobilières et des changes ont échangé leurs expériences sur le développement, les mécanismes de gestion et de fonctionnement des produits dérivés sur l’or, des marchés d’actifs numériques, ainsi que sur la gestion des risques et le développement de nouveaux produits financiers.

Un parc industriel VSIP à Hô Chi Minh-Ville. Photo: VNA

Vietnam-Singapour : partenariat renforcé pour une ASEAN résiliente

Le Vietnam et Singapour renforcent leur partenariat stratégique global à travers de nouveaux axes de coopération dans les domaines de la transition numérique, de l’énergie verte, des semi-conducteurs et de l’innovation, contribuant non seulement à la croissance des deux pays mais aussi à la consolidation d’une ASEAN résiliente et durable face aux incertitudes géopolitiques et économiques mondiales.

Le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Vietnam (VCCI), Hô Sy Hung, s’exprime lors de l’événement. Photo : VNA

Le rapport économique du delta du Mékong 2025 appelle à des percées institutionnelles

Ce rapport présente une analyse complète du paysage économique du delta du Mékong, soulignant que les progrès futurs ne proviendront pas simplement d'une augmentation de la production de riz, de produits aquatiques ou de fruits. La région doit au contraire opérer une transition vers une économie agricole axée sur l'innovation et fondée sur les principes de l'adaptation au changement climatique et du développement durable.

Une chaîne de production de modules de caméra et de composants électroniques destinés à l'exportation dans l'usine de la Sarl MCNEX VINA entièrement à capital sud-coréen, dans le parc industriel de Phuc Son, province de Ninh Binh. Photo : VNA

IDE : le temps est venu de passer du déroulement du tapis rouge au partenariat à long terme

Pour de nombreux experts, le Vietnam doit désormais passer résolument de l’approche consistant à attirer les investissements directs étrangers (IDE) à tout prix à celle plus sélective et qualitative, fondée sur la technologie, l’innovation, le développement vert, les liens avec les entreprises nationales et la valeur ajoutée comme principaux critères d’évaluation.

Le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam et président de la République, To Lam reçoit Thammasak Sethaudom, président-directeur général du groupe thaïlandais SCG. Photo: VNA

Le dirigeant vietnamien To Lam rencontre des dirigeants de grands groupes thaïlandais

Dans le cadre de sa visite officielle en Thaïlande, le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam et président de la République, To Lam, a rencontré le 28 mai les dirigeants de plusieurs grands groupes thaïlandais afin de promouvoir la coopération dans les secteurs de l’industrie verte, de l’énergie, des services et du développement urbain.