Les petites mains de Van Phuc

C’est dans le sud-ouest de la capitale vietnamienne que se situe le village de Van Phuc, un site touristique qui regroupe plus d’une centaine de magasins de soie.
Les petites mains de Van Phuc ảnh 1Un jeune homme en train de découper un motif. Photo: Léo-Paul Guyot

Hanoï (VNA) - C’est dans le sud-ouest de la capitale vietnamienne que se situe le village de Van Phuc, un site touristique qui regroupe plus d’une centaine de magasins de soie. Cet endroit a la réputation de promouvoir l’artisanat du tissage traditionnel, ce qui attire un grand nombre de touristes nationaux et étrangers, mais aussi des collectifs qui cherchent à promouvoir la soie de manière différente par rapport aux commerces traditionnels.

Le collectif Vun Art est né avec le désir de créer des emplois pour les personnes handicapées et de recycler les morceaux de soie utilisés par les autres commerces dans le but de protéger l'environnement. Selon Nguyên Duy Hoàng, les mots d’ordre de ce groupe sont “L’amour du prochain et la bienveillance”. Ce professeur accompagne et supervise l'apprentissage de la couture de l’atelier de Van Phuc aux handicapés. Ces derniers sont les petites mains du collectif qui confectionnent des vêtements et créent des assemblages de morceaux de tissu, en suivant minutieusement un guide sur papier qui leur dit étapes par étapes ou placer les morceaux de couleurs.

“Certains sont autistes ou mentalement déficients, d'autres sont handicapés moteurs, d'autres sont sourds et muets. Ils ont tous appris les bases de la couture, et maintenant ils sont devenus des artisans capables de produire de très beaux articles.”, explique Nguyên Duy Hoàng.

Apprendre la couture a permis aux employés de s'épanouir professionnellement, d’abord en leur apprenant la dextérité et l’assiduité du travail mais aussi en stimulant leur capacité cognitive en offrant la possibilité d'êtres créatifs, et d’assembler des produits uniques et colorés. Mais, le collectif ne s'arrête pas à la simple confection de vêtements, c’est tout un modèle économique qui est pensé par un handicapé pour les handicapés. En effet, Vun Art a une noble mission, qui est la création d'emplois stables pour les populations défavorisées. Un objectif qui a vu le jour grâce à la précieuse aide du comité populaire de l’arrondissement d'Hà Dông, qui a financé l’achat de plusieurs machines, et a permis au collectif de s’installer dans le village pour mettre en place leur atelier. Comme nous témoigne le créateur de Vun Art, Lê Viêt Cuong: “C’est mon histoire personnelle qui m’a incité à créer cet atelier. Dans les années 90, les personnes handicapées comme moi avaient beaucoup de mal à gagner leur vie. Aussi ai-je créé cet atelier pour apprendre un métier à des handicapés, pour qu’ils puissent avoir un emploi et un revenu durable. Notre objectif à plus long terme est d’aider nos employés à s’intégrer à la société.”

Le Vietnam a un taux de personnes handicapées parmi les plus élevés en Asie-Pacifique et dans le monde: plus de 7% de sa population, soit plus de 6,2 millions de personnes âgées de plus de 2 ans sont handicapées, selon une enquête nationale publiée en janvier 2019 par l’Office général des statistiques et le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF). Ce chiffre alarmant a fait réagir le gouvernement, qui prend en charge sérieusement ce problème. En 2020, l’État a ainsi versé un peu plus de 17 milliards de dôngs aux localités pour mettre en place une aide sociale aux personnes nécessiteuses, et 374 milliards de dôngs à l’assistance éducative des personnes handicapées.

Les politiques du gouvernement en faveur des handicapés sont présentes, mais les difficultés que rencontrent les handicapés sur le marché de l’emploi restent nombreuses. Ces derniers sont très complexés, et ont généralement un niveau d’instruction assez bas. Il leur est donc très difficile de trouver un emploi qui convient à la fois à leur état de santé et à leur niveau d’instruction. Vun Art prend soin de donner une éducation gratuite aux travailleurs en prenant en compte le handicap de chacun, ceux qui doivent passer le plus de temps sont les autistes et les retardés mentaux et mettent cinq ans d’apprentissage avant de pouvoir travailler, alors que c’est seulement un an pour les autres. Du coup, les revenus diffèrent.

"Les personnes ayant une déficience auditive ou un handicap mobile gagnent beaucoup plus que les personnes atteintes d'autisme ou de troubles mentaux. Leur salaire varie entre 1,5 et 8 millions de dôngs par mois. Nous payons leur sécurité sociale et le logement pour ceux qui viennent de loin. Grâce à cette politique, nos collaborateurs demeurent très attachés à Vun Art, et obtiennent un taux de démission minimal par rapport aux autres entreprises employant des personnes handicapées”, explique Lê Viêt Cuong.

Une démarche inclusive qui permet d'insérer les personnes en difficultés tout en présentant des produits en soie qui respectent la tradition culturelle du village.-Léo-Paul Guyot/VOV/VNA

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