Hanoi (VNA) – Le secteur vietnamien des produits de la mer s’efforce de trouver des solutions pour lutter contre la pêche illicite, qui fait l’objet d’une attention toute particulière de la Commission européenne. Celle-ci vient de transmettre au Vietnam un avertissement.

Le 23 octobre dernier, la Commission européenne a adressé un avertissement au Vietnam, symbolisé par un «carton jaune», en pointant du doigt l’insuffisance de la lutte des autorités vietnamiennes contre la pêche illicite. Le Vietnam a six mois pour pallier les manquements notifiés.

Ensuite,  le pays peut recevoir un «carton vert» si les problèmes sont résolus, ou «un carton rouge» dans le cas contraire. Un carton rouge aurait des conséquences néfastes sur l’économie nationale, puisque toute une série de mesures de sanction serait prise à l’encontre des produits vietnamiens. Le «carton jaune» est considéré comme un simple avertissement et laisse donc la possibilité au Vietnam de prendre les mesures nécessaires pour remédier à la situation, et se mettre aux normes, dans un délai raisonnable.

Le secteur des produits de la mer s’efforce de trouver des solutions pour lutter contre la pêche illicite. Photo : VNA
 
Vers une meilleure traçabilité des produits

Cette décision repose sur le règlement de l’Union concernant la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), effectif depuis 2010. Ce règlement est un instrument clé de la lutte contre la pêche illicite. Celui-ci garantit que seuls les produits de la pêche ayant été certifiés conformes peuvent accéder au marché de l’Union européenne (UE).

L’avertissement a été adressé par la Commission européenne au Vietnam au vue de la situation de sa pêche halieutique qui ne correspondait pas aux normes définies et requises par l’UE, notamment du fait de l’absence d’un cadre juridique permettant la gestion et le contrôle des 3.500 navires de pêche sur les côtes du pays. Les règles de l’UE en la matière visent aussi à obtenir une meilleure traçabilité des produits.

«La sanction de l’UE peut potentiellement affecter les entreprises vietnamiennes du secteur des produits de la mer, en provoquant la chute du volume des exportations vietnamiennes vers ce marché», a estimé Nguyên Quôc Oai, directeur du Département général des produits de la pêche du Vietnam. De plus, les taxes douanières pourraient exploser, jusqu’à environ 10.000 euros par conteneur. Si le carton jaune se transforme en carton rouge, l’Europe fermerait alors son marché à l’ensemble des produits de la mer vietnamiens. Une perte potentielle d’un milliard d’euros sur les 8 milliards d’euros que rapportent l’exportation des produits de la pêche au Vietnam, troisième exportateur mondial.

L’UE, premier importateur de produits de la pêche dans le monde, a, au fil des années, sanctionné de plus en plus durement plusieurs pays pour leur absence de réformes. Actuellement, les produits de la pêche venant du Cambodge, des Comores, de l’île Saint-Vincent et des Grenadines sont ainsi interdits d’importation au sein de l’UE. La Guinée, Belize et le Sri Lanka ont un temps été frappés par de telles interdictions, mais celles-ci ont été levées après la volonté de ces pays de faire des efforts. En tout, près de 25 «cartons jaunes» ont été distribués par l’UE depuis 2012, notamment à l’encontre de la Thaïlande, également gros producteur mondial de produits de la mer. 

L’Association des producteurs et exportateurs de produits aquatiques du Vietnam (VASEP) a demandé aux entreprises concernées d’appliquer le règlement de l’UE destiné à décourager et à éradiquer la pêche INN, tout en s’orientant vers une exploitation durable et responsable des ressources halieutiques. «Il faut que les entreprises respectent les règles, les lois de l’État et les préconisations de la VASEP, émises en collaboration avec le ministère de l’Agriculture et du Développement rural. Il est nécessaire de sensibiliser davantage les entreprises au respect des programmes de lutte contre l’INN», a rappelé Nguyên Hoài Nam, vice-président de la VASEP.

Mieux sensibiliser les entreprises au respect des programmes de lutte contre la pêche INN. Photo : VNA

Lutter contre la pêche illicite

La VASEP a présenté un comité de pilotage du programme de lutte contre la pêche INN, réunissant des représentants de la VASEP, du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, et des directeurs d’entreprises. Le but est d’inciter les entreprises en activité à contribuer activement à la réussite des objectifs du comité, et à élaborer des programmes d’action contre la pêche INN. En outre, ce comité établira un centre de données sur les métiers de la pêche pour avoir une meilleure traçabilité des produits halieutiques.

Tout récemment, la VASEP a signé avec le commandement des garde-côtes un accord de coopération pour lutter contre la pêche INN. Selon les termes de ce mémorandum, la VASEP et la Garde-côte s’entraideront pour mettre en œuvre le programme d’action national contre la pêche INN, ainsi que leurs engagements respectifs dans ce domaine. Outre des échanges d’informations, la VASEP assistera la Garde-côte dans les enquêtes concernant la pêche INN. Les deux parties comptent en outre travailler avec le ministère de l’Agriculture et du Développement rural et les organes gestionnaires de la pêche sur l’établissement d’un centre de données de manière à mieux vérifier l’origine des produits. La coopération entre la VASEP et la Garde-côte illustre les efforts du gouvernement et des entreprises dans la lutte contre la pêche INN.

Le Vietnam dispose de nombreuses ressources halieutiques. Le ministère de l’Agriculture et du Développement rural élabore actuellement un plan pour exploiter durablement les ressources halieutiques et  se coordonner avec d’autres pays pour instaurer un cadre légal à l’activité pêche. De plus, le ministère de l’Agriculture et du Développement rural a amendé le projet de loi sur la pêche avant de le soumettre à l’Assemblée nationale, actuellement en réunion à Hanoï. La modification de la Loi sur la pêche ira dans le sens d’une plus grande sévérité à l’égard des entreprises ne respectant pas les règles, afin d’accélérer la mise en place d’un développement durable dans ce secteur. – CVN/VNA