Hanoi (VNA) – Face à la sophistication croissante des contenus en ligne et à la difficulté grandissante de leur vérification, rendues possibles par l’intelligence artificielle (IA) et la technologie des deepfakes, le Vietnam intensifie ses efforts pour construire un «bouclier numérique», renforcer son cadre juridique et diffuser proactivement des informations fiables afin de préserver sa souveraineté numérique nationale.
Efforts de construction d’un «bouclier numérique»
La résolution n°57-NQ/TW du 22 décembre 2024 du Politburo sur les percées dans le développement de la science, de la technologie, l’innovation et la transformation numérique nationale a permis des progrès significatifs en matière de réforme institutionnelle, de développement des infrastructures numériques, de services publics et d’économie numérique. Toutefois, ce processus de transformation numérique engendre également des risques croissants en matière de cybersécurité.
L’IA, le big data et la technologie des deepfakes constituent en eux-mêmes des avancées scientifiques et technologiques majeures. Les risques découlent de leur utilisation. Lorsqu’ils sont exploités à des fins de falsification et de distorsion, ils peuvent amplifier considérablement les menaces dans le cyberespace.
Lê Thanh Tung, responsable du Département de la communication et de la vulgarisation des connaissances au sein de l’Union des associations scientifiques et technologiques du Vietnam (VUSTA), a indiqué que l’IA est désormais capable de générer de grands volumes de textes, d’images, d’audios et de vidéos en très peu de temps. La technologie du «deepfake» permet de produire des images et des voix extrêmement convaincantes, créant ainsi de «fausses preuves qui semblent authentiques» et rendant difficile la vérification des informations par les utilisateurs.
Le big data et les algorithmes de diffusion de contenu permettent également de cibler des groupes en fonction de leur profil psychologique, de leurs centres d’intérêt et de leur situation. Les fausses informations jouant fortement sur les émotions peuvent se propager rapidement et de manière répétée, donnant l’impression d’une vérité admise.
Cela nécessite une détection plus précoce, une vérification plus rapide et des réponses plus réactives, ainsi que la diffusion proactive d’informations exactes et dûment étayées. Il faut éviter que les lacunes en matière d’information ne deviennent un terreau fertile pour les fausses nouvelles et les déformations des faits, a indiqué Lê Thanh Tung.
Un «bouclier numérique» efficace devrait reposer sur trois capacités clés : une alerte précoce pour identifier les sujets, sources et schémas de diffusion inhabituels, ainsi que les signes de fabrication ou d’activité coordonnée ; une vérification rapide grâce à la coordination entre les autorités, les bases de données, les experts et la presse ; et une communication proactive, fournissant des contenus exacts, accessibles et multimédias aux publics cibles une fois l’information vérifiée.
L’IA peut également aider à analyser les besoins en information, à identifier les lacunes en matière de connaissances et à soutenir la présentation ainsi que la diffusion de contenus fiables. Toutefois, M. Tung a souligné que tout contenu doit être vérifié et relever de la responsabilité humaine, plutôt que d’être entièrement laissé aux algorithmes.
La résolution n°57-NQ/TW exige la maîtrise des technologies ainsi que le développement des infrastructures numériques, des données et des capacités d’innovation. Parallèlement, la directive n°57-CT/TW, publiée le 31 décembre 2025 par le Secrétariat du Comité central du Parti, appelle à renforcer la cybersécurité ainsi que la sécurité de l’information et des données.
Le bouclier numérique doit donc s’inscrire dans le cadre des capacités numériques nationales, plutôt que de constituer une simple solution logicielle isolée.
Responsabilité juridique relative aux contenus générés par l’IA
Le Vietnam a accompli des progrès significatifs dans l’élaboration de son cadre juridique pour l’environnement numérique. La Loi sur les données (entrée en vigueur le 1er juillet 2025), la Loi sur la protection des données personnelles (applicable à partir du 1er janvier 2026) et la Loi sur la cybersécurité (applicable à partir du 1er juillet 2026) constituent un socle juridique essentiel pour la gestion des risques technologiques, la protection des données, la définition des responsabilités des parties concernées et le traitement des infractions dans le cyberespace.
Toutefois, à mesure que des technologies telles que les « deepfakes » évoluent rapidement, la législation doit suivre le rythme et prévoir des mécanismes clairs, applicables et suffisamment dissuasifs. La priorité doit être donnée à des cadres juridiques adaptables qui définissent des principes, des responsabilités et des seuils de risque clairs, tout en permettant des mises à jour techniques rapides, des expérimentations encadrées et une coordination entre les différentes instances.
Le Dr Nghiêm Vu Khai, ancien vice-président de la VUSTA, a souligné que les citoyens sont de plus en plus confrontés à des escroqueries transfrontalières, à des usurpations d’identité d’organismes publics, à des contrats électroniques et investissements financiers frauduleux, à des fraudes liées aux cryptomonnaies, ainsi qu’à des usurpations d’identité générées par l’IA et au vol de données personnelles. Dans de nombreux cas, les victimes ne violent pas la loi intentionnellement, mais manquent d’accès en temps utile à des conseils juridiques fiables.
Il a proposé de privilégier le développement d’un système national d’assistance juridique numérique basé sur l’IA, afin d’aider les organisations et les particuliers à accéder à des informations juridiques officielles, à obtenir des conseils et à recevoir des alertes en temps utile sur les risques juridiques. Ce système national d’IA devrait également soutenir la diffusion du droit et l’éducation juridique, tout en garantissant la fiabilité et la sécurité des données juridiques, la protection des données personnelles ainsi que le contrôle de la qualité des contenus générés par l’IA.
Abondant en ce sens, Lê Thanh Tung a souligné la nécessité de clarifier la responsabilité juridique liée aux contenus générés par l’IA — qu’il s’agisse des fournisseurs de modèles, des plateformes de diffusion, des entités déployant ces technologies, ou des créateurs et diffuseurs de contenu —, en particulier lorsque des contenus fabriqués portent atteinte à l’ordre et à la sécurité publics, à la dignité et à la réputation des personnes, ou aux intérêts des organisations et des citoyens.
Les évolutions législatives doivent protéger les droits et les intérêts légitimes des citoyens et des entreprises, garantir l’accès à l’information et préserver un espace propice à l’innovation, a-t-il encore indiqué. – VNA