Le théâtre traditionnel cherche à assumer le poids de l’héritage

L’explosion des médias modernes a fortement influencé les goûts artistiques de la jeunesse qui préfère la musique étrangère ou moderne aux pièces de théâtre et chants folkloriques.
Hanoi (VNA) –  Quand on parle d’arts traditionnels, on pense toujours au tuông (théâtre classique), au chèo (théâtre populaire), au cai luong (théâtre rénové) ou au quan ho (chant alterné du Nord)... Des trésors inestimables transmis par nos ancêtres, qui malheureusement se perdent peu à peu.
Le théâtre traditionnel cherche à assumer le poids de l’héritage ảnh 1Les arts scéniques traditionnels font face actuellement à de grands défis. Photo: VNA

L’explosion des médias modernes a fortement influencé les goûts artistiques de la jeunesse qui préfère la musique étrangère ou moderne aux pièces de théâtre et chants folkloriques.

Un public de plus en plus clairsemé

Le théâtre traditionnel connaît une époque difficile. De nombreuses formes de musique traditionnelle se perdent peu à peu. Parfois, des dizaines de comédiens participent à des pièces devant un public très clairsemé. Cela ne signifie pas de revenus supplémentaires pour ces professionnels, mais seulement le salaire de base, bien maigre il faut l’avouer...

Face à cette triste réalité, le Théâtre de la Jeunesse du Vietnam, à Hanoï, a décidé de revoir sa programmation. L’"Artiste Émérite" Chi Trung, son directeur, a opté pour plus de chants et de danses, avec l’espoir d’attirer davantage de spectateurs. En outre, il a lancé le projet "Compagnon des 100 ans de la musique vietnamienne", avec le même objectif.

"Si une pièce de théâtre implique un groupe de trois à cinq personnes et une représentation d’au minimum 20-25 minutes, la musique requiert seulement une petite scène, une chanson et une danse de 3 à 5 minutes, ce qui permet de créer un spectacle à moindre frais", a-t-il indiqué.

Auparavant, dans le Sud, les activités artistiques étaient très animées, mais aujourd’hui, elles rencontrent maints défis. Par exemple, l’"Artiste du Peuple" Hông Vân a dû fermer le Théâtre privé Superbowl à cause des coûts de location trop élevés et d’un manque de fréquentation, sauf à l’occasion du Têt. De nombreux théâtres à Hô Chi Minh-Ville risquent de fermer leurs portes pour des raisons similaires.

"Nous n’avons pas encore trouvé de moyens efficaces pour ramener les jeunes vers les théâtres", a déploré Nguyên Quang Long, chercheur en musique. "La scène traditionnelle manque d’innovation pour s’adapter au public du XXIe siècle. Il faut des changements radicaux car la société vietnamienne a profondément changé", a-t-il ajouté.           

"Ces dernières années, les efforts de promotion des arts traditionnels ont porté leurs fruits. Toutefois, il faudrait aller plus loin et créer une chaîne de télévision spécialisée pour que les Vietnamiens comprennent mieux ce patrimoine", a souligné l’"Artiste Émérite" Thanh Ngoan, directrice du Théâtre de chèo du Vietnam.

Le nombre d’élèves dans les écoles d’art ne cesse de diminuer. Par exemple, depuis plus de six ans, l’Académie de théâtre et de cinéma de Hanoï ne peut plus organiser de cours de formation en tuông à cause du manque de dossier de candidature.    

Divers projets de préservation et de valorisation des arts scéniques traditionnels ont été lancés, certains ciblant l’apprentissage, mais sans réels effets. Ces établissements de formation manquent toujours d’apprenants.    
Le théâtre traditionnel cherche à assumer le poids de l’héritage ảnh 2Une représentation de "chèo" à Ninh Binh (Nord). Photo: VNA
     
"Les arts scéniques traditionnels exigent des apprenants d’avoir des connaissances sur la culture, l’histoire et, surtout, un vrai amour du métier. Des exigences telles que ces écoles ont du mal à recruter des étudiants", a indiqué l’"Artiste Émérite" Thuy Huyên, directrice adjointe du Théâtre de chèo de Hanoï.

Selon elle, le programme d’enseignement de ces disciplines ne suscite pas la passion parmi les étudiants. Il met seulement l’accent sur la théorie et fait peu de cas de la pratique.      
       
"Ces arts demandent une bonne coordination entre chant, représentation et danse, requérant donc patience et détermination", a-t-elle constaté.

D’après Mme Ngoan, la politique de réduction des effectifs du personnel provoque aussi des difficultés dans l’attraction des apprentis comédiens.

De premiers résultats encourageants

Malgré les difficultés, ces derniers temps, quelques projets artistiques ont obtenu des résultats notables, notamment vis-à-vis des jeunes. Par exemple, le projet "Chèo 48h - Tôi chèo vê Quê Huong", c’est-à-dire "48 heures de chèo - Je retourne au pays natal", réalisé par l’organisation sociale à but non lucratif Tôi 20 (J’ai 20 ans), a vu la participation de nombreux jeunes. Malgré des conditions matérielles loin d’être parfaites, ces jeunes ont été enthousiasmés par cette spécialité culturelle nationale qu’est le chèo. La plupart des participants se sont pris de passion pour cet art scénique. De bon augure pour que celui-ci se perpétue au sein des générations futures.

Le Théâtre national de tuông, à Hanoï, n’est pas en reste. Il présente des spectacles les lundis et jeudis, qui attirent de nombreux spectateurs vietnamiens mais aussi étrangers, ravis de découvrir un art impressionnant, avec un jeu hautement stylisé, des costumes merveilleusement élaborés, de la comédie et de la tragédie. Le tuông a connu sa plus grande popularité sous la dynastie des Nguyên (1802-1945). Jusqu’en 2007, les représentations dans ce théâtre étaient sur invitation seulement. Maintenant, les spectacles sont ouverts aux habitants locaux et aux visiteurs. – CVN/VNA

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