Hanoi, 23 janvier (VNA) - Plus d’un siècle après sa construction, le pont Long Biên fait partie des monuments historiques incontournables de Hanoï.

Premier pont en acier enjambant le fleuve Rouge, le pont Long Biên relie les arrondissements de Hoàn Kiêm et de Long Biên. Sur ses 1.682 m de longueur, 20 piliers soutiennent 19 travées. De chaque côté, une voie est réservée aux deux-roues, un petit trottoir aux piétons. Au milieu se trouvent les rails de train. Sa construction, entreprise par les Français et réalisée par l’Entreprise Daydé&Pillé, s’est étendue de 1898 à 1902. Il avait été initialement nommé pont Doumer, en référence à Paul Doumer, le gouverneur général de l'Indochine de l’époque.

Le pont Long Biên ressemble à un dragon. Photo: Nguyên Tùng/CVN  

Si l’ouvrage architectural est une œuvre d’art avant tout, c’est pour sa ressemblance à un dragon enjambant le fleuve.  "Le pont Long Biên est construit selon une architecture originale. Les Français ont bien étudié le nom Thang Long pour qu’il ressemble à un dragon. Long Biên était l’un des quatre ponts en acier les plus magistraux au monde, et l’un des plus grandioses d’Indochine à cette époque", a souligné l’architecte Pham Thanh Tùng, membre de l’Association des architectes vietnamiens.

Le pont Long Biên, un témoin de la guerre

Le pont est une preuve éclatante de l’intelligence, de la créativité et du travail laborieux des 3.000 ouvriers vietnamiens mobilisés pour sa construction. Avec les machines rudimentaires de l’époque, ils ont utilisé des milliers de tonnes de bétons pour construire les piliers profonds de 40 m. Le tout a été édifié en quatre ans, un record pour l’époque.

De plus, l’édifice a traversé des années de guerre. "Le pont Long Biên est strictement lié à la lutte contre les envahisseurs français. Après neuf ans de résistance, les soldats vietnamiens sont retournés à la capitale en le traversant. Il illustre également la vaillance de l’armée et des citoyens dans la lutte contre les bombardements américains", se souvient Nguyên Van Huy du Centre de recherches et de préservation des vestiges culturels du Vietnam. Le pont est un témoin historique de la guerre. "De 1965 à 1968, il a subi les bombardements de l’Armée américaine à dix reprises, et sept de ses travées se sont écroulées. En 1972, l’Armée américaine a continué à le bombarder, et en a détruit quelques travées et deux piliers", a informé l’architecte Pham Thanh Tùng.

L'architecte Nguyên Nga. Photo: KT/CVN
 

Grâce à sa longevité et sa vitalité, le pont est devenu l’un des symboles de la capitale, un vestige culturel important. Il fait partie intégrante de l’édifice et du développement de Hanoï. Mais rien ne peut exister éternellemment, et le pont Long Biên n'est pas exclu. Il se détériore et a besoin d’être restauré. L’architecte Nguyên Nga, une Française d’origine vietnamienne, a lancé un projet d’envergure pour le transformer en musée. "Je voudrais faire du pont Long Biên un musée,  le plus long musée du monde. Il représenterait le processus de lutte pour la paix et l’indépendance du Vietnam. Hanoï a été nommée +ville de la paix+ par l’UNESCO. C’est pourquoi, il serait génial que la capitale abrite un musée aussi long que les Champs-Élysées !", a partagé l’architecte Nguyên Nga.

"L’architecture du pont Long Biên sera conservée, mais des travaux de restauration deviennent nécessaires. Le pont deviendra un musée, et sera réservé aux piétons. Une rue piétonne reliant l’Opéra de Hanoï et le pont Long Biên sera créée", a informé Lê Truong, directeur de la Société d’architecture TTAS.

Selon le projet de l’architecte, le musée s’étendrait sur 15.000 m2. Des pièces en verres installées sur l’encadrement "scintilleront sous le soleil comme les écailles d’un dragon de plus de 100 ans", a imaginé l'architecte Nguyên Nga. Car porteur de valeurs historiques et culturelles, le pont Long Biên mérite des projets de restauration à la hauteur de son envergure. - CVN/VNA