Le goût du théâtre traditionnel

L’expérience «Du théâtre à l’école» est fort prometteuse. Les clubs scolaires d’arts scéniques pourraient s’en servir comme ferment pour aider à préserver et à développer notre héritage théâtral.
Le goût du théâtre traditionnel ảnh 1Un spectacle de théâtre traditionnel à l’école primaire Trân Cao Vân à Dà Nang (Centre). Photo : TCV/CVN

Hanoi (VNA) - L’expérience «Du théâtre à l’école» est fort prometteuse. Les clubs scolaires d’arts scéniques pourraient s’en servir comme ferment pour aider à préserver et à développer notre héritage théâtral. Modèle de formation de jeunes comédiens et spectateurs.

Au Vietnam, la formation des spectateurs s’avère aussi indispensable que celle des comédiens, en particulier pour le théâtre traditionnel qui compte deux genres : le chèo ou opéra populaire et le tuông ou opéra classique.

La concurrence effrénée de la télévision, du cinéma, de la pop, du karaoké, du football international cause une diminution alarmante du nombre de spectateurs du chèo et du tuông. Les jeunes, habitués au rythme de la vie moderne, ne goûtent plus la finesse et la profondeur des pièces qu’ils jugent surannées.

Le théâtre au service des élèves

L’opéra populaire chèo, théâtre authentiquement vietnamien, est né dans le delta du fleuve Rouge, berceau de notre culture. Reflet de la vie paysanne, il abonde en flèches acérées contre les classes féodales. L’opéra classique tuông, à la fois aristocratique et populaire, puise ses sujets dans les histoires dynastiques, il exalte la loyauté confucéenne envers le monarque.

Ces deux genres scéniques font usage d’un langage symbolique et conventionnel qui pourrait rebuter un public non averti.

Les spectateurs initiés, surtout parmi les personnes d’un certain âge, se font de plus en plus rares ; il est naturel de former une relève parmi les jeunes. Cette idée m’est venue il y a plus d’une décennie, lorsqu’à une conférence de l’UNESCO en Indonésie, j’ai vu de petits élèves présenter avec brio des danses et des scènes folkloriques. Le séminaire international sur les arts scéniques d’Asie (1998) me conforte dans mon opinion.

Le projet «Du théâtre à l’école» pourrait être le premier pas dans la réalisation de mon vœu. Mis en oeuvre par le Département des arts scéniques, il est parrainé par la Ford Foundation et a trouvé une excellente animatrice en la personne de Mme Pham Thi Thành, metteur en scène. Il se propose modestement «d’attirer l’attention des élèves sur le théâtre traditionnel». C’est un effort conjugué des organismes de la culture et de l’éducation en vue de répondre aux besoins de loisirs des  enfants, mariant l’enseignement esthétique et moral. Le champ d’expérimentation englobe trois endroits, Hanoï et Nha Trang pour le tuông et Nam Dinh pour le chèo, chacun avec la participation de trois écoles primaires ou secondaires pour une durée de deux à cinq mois.

Trois étapes du projet

La première étape est celle de la préparation par les services culturels et éducatifs locaux : constitution de groupes de comédiens et d’organisateurs, élaboration d’un programme de vulgarisation, contacts entre les comédiens et les élèves.

La deuxième étape est marquée par 23 représentations de tuông et chèo sur place, lesquelles ont attiré plus de 5.000 spectateurs parmi les élèves et la population.

La troisième étape vise à organiser des clubs pilotes d’arts scéniques pour neuf écoles – chacun composé de 15 élèves, 3 à 4 pour l’orchestre et 11–12 pour la représentation. Le choix est très serré : certains ont choisi 15 sur 200 à 300 postulants. Les acteurs du Théâtre national tuông, de la Troupe tuông de Nam Dinh et du Théâtre tuông de Khánh Hòa se sont relayés pendant deux mois pour donner aux membres du club un enseignement professionnel extra- -scolaire. Pendant cette période, chaque club a reçu un équipement sommaire pour la musique (5-7 instruments), l’habillement (pour la représentation de 3 extraits de pièce), le maquillage (fard, couleurs...), le décor (fond, meubles...), le son (3-4 micros, porte-voix...) et l’éclairage.

Les clubs n’ont pas tardé à montrer leur savoir-faire en donnant des représentations en différentes occasions, à l’intention des écoles et du public local. En même temps, de jeunes talents se sont révélés.

L’expérience «Du théâtre à l’école», riche d’enseignement, est fort prometteuse. Les clubs scolaires d’arts scéniques pourraient servir de ferment pour aider à préserver et développer notre héritage théâtral en lui fournissant de nouveaux contingents de comédiens et de spectateurs.-CVN/VNA


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