Le ca trù, patrimoine musical des Vietnamiens

Depuis 2009, le ca trù (chant des courtisanes) a fait son entrée dans la liste des patrimoines immatériels nécessitant une sauvegarde d’urgence. Après 13 années, cet art a pu affirmer sa forte vitalité.
Le ca trù, patrimoine musical des Vietnamiens ảnh 1Photo: VI/VNA

Hanoï (VNA) - Depuis 2009, le ca trù (chant des courtisanes) a fait son entrée dans la liste des patrimoines immatériels nécessitant une sauvegarde d’urgence. Après 13 années, cet art a pu affirmer sa forte vitalité et connaît une forte résurgence, attire l'attention particulière des jeunes avec un nombre de clubs qui ne cesse de croître au fil des années.

Un art apparu à la fin du XVe-début du XVIe siècles

Personne ne sait où est né le ca trù. Il était pratiqué par les chanteurs dans les maisons communales, aux temples dédiés aux génies,  aux pères d'un métier. Il contribuait non seulement aux activités culturelles du village, ou de la commune,  mais encore aux cérémonies de réception diplomatique sous les régimes féodaux.

 Le ca trù, aussi appelé "chant a dao", est une forme complexe de poésie chantée que l’on trouve dans le Nord du Vietnam et qui utilise des paroles écrites selon des formes poétiques vietnamiennes traditionnelles. Apparu à la fin du XVe-début du XVIe siècles, il s'est développé jusque dans les années 1930. Combinaison unique de poésie et de musique, il était joué à la cour royale, et était très prisé de l'aristocratie et de l'intelligentsia. En 2009, il a été reconnu par UNESCO « patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde d’urgence »

 Le ca trù, créé par la dame Đào, comporte de nombreuses formes dont la plus typiquement vietnamienne est le hát nói. Hát veut dire "chanter" et nói "dire". Le hát nói mêle le chant et le dire, les citations en chinois hán et la langue nationale, la poésie savante et l’expression populaire. Il obéit à une prosodie rigoureuse basée sur un modèle musical fixe mais flexible. Le morceau classique (du khô) a trois strophes dont deux quatrains et un tercet. Il peut comporter une ou plusieurs strophes additionnelles entre le premier quatrain et le tercet final. Il admet également un prélude et une conclusion (appelés muou) en distiques (6 syllabes + 8 syllabes) essentiellement vietnamiens.

Le ca trù, patrimoine musical des Vietnamiens ảnh 2La chanteuse Pham Thi Hue s'efforce  sans cesse de préserver, de perpétuer et de répandre le ca trù. Photo: VI/VNA

La structure poétique et musicale très souple du hát nói permet à l’auteur de chaque morceau de prendre toutes ses libertés pour exprimer son moi, car le lettré se plaît à s’écouter à travers la chanteuse et le musicien accompagnateur. Dans l’ancienne société confucéenne, il ne connaissait que la communauté, le devoir et la raison. Le hát nói lui offrait un terrain pour faire une critique voilée du régime féodal, philosopher sur la vie (Le pouvoir de l’argent de Nguyên Công Tru), méditer sur la futilité des grands événements historiques (La bataille de Xích Bích, du même auteur). Dans chaque lettré confucéen, veillait un épicurien plus ou moins taoïste. Le hát nói lui servait d’échappatoire. Les sentiments individuels refoulés pouvaient s’y étaler librement.

On y chantait la beauté de la nature et le détachement bouddhiste (La pagode des Parfums de Chu Manh Trinh), la poésie des ruines, les plaisirs de l’ivresse, le temps qui passe, l’otium à la manière d’Horace, surtout les joies et les peines de l’amour. L’inspiration rejoint parfois le pétrarquisme et les poètes français du XVIe siècle.

Les groupes de ca trù sont composés de trois personnes : une chanteuse qui utilise des techniques respiratoires et le vibrato pour produire des ornementations sonores uniques, tout en jouant des claquettes ou en frappant sur une boîte en bois ; et deux) instrumentistes qui l’accompagnent de la sonorité profonde d’un luth à trois cordes et du rythme énergique d’un tambour d’éloge. Certaines représentations de ca trù comprennent également de la danse.

Les diverses formes de ca trù remplissent des fonctions sociales différentes : on distingue notamment les chants de dévotion, les chants de divertissement, les chants interprétés dans les palais royaux et ceux interprétés lors des concours de chant). Le ca trù possède cinquante-six formes musicales ou mélodies différentes, chacune appelée thể cách. Des artistes populaires transmettent la musique et les poèmes qui composent le ca trù par transmission orale et technique, autrefois au sein de la famille, mais aujourd’hui à toute personne qui souhaite apprendre.

Le ca trù, patrimoine musical des Vietnamiens ảnh 3Présentation de l’art du ca trù au club Thang Long avant le début d’une représentation. Photo: VI/VNA

Résurgence du ca trù

Le 23 février 2020, Google a mis une image  illustrant  l’espace de représentation du ca trù du Vietnam à sa fonction Google Doodle comme un honneur accordée cet art original du monde. Au-dessus de l’image montrant trois artistes de ca trù assis sur une natte à fleurs, Google a précisé que le ca tru est une sorte de musique traditionnelle du Vietnam, qui fut autrefois un loisir des nobles de la Cour, puis qui pénétra dans la vie des Hanoïens.

Actuellement, le ca trù connaît une forte résurgence grâce aux efforts sans cesse des organes compétents de l’Etat, des organisations internationales et, particulièrement, des artistes, des amoureux de cet art.

Selon les résultats de récentes enquêtes, cet art revit vigoureusement dans plusieurs localités. On a recensé, en 2010, environ 63 clubs dans l’ensemble du pays représentant environ 769 artistes dont 513 chanteuses et 256 instrumentistes. Les clubs opèrent régulièrement et transfèrent cet art aux jeunes.

En plus, l’Institut de musique national du Vietnam conserve  des archives de 7 danses, 42 chants de ca trù, 26 documents sino-vietnamien sur l’art du ca tru, et environ 25 livres en la matière. 

 La capitale  Hanoï est considérée comme le berceau du ca trù et la première localité en termes d’organisation, de recherche et d’artistes talentueux. Elle ne recensait  en 2009 que 9 clubs contre 16 actuellement, 220 pratiquants et 50 enseignants. Les clubs de la capitale augmentent non seulement en nombre, mais s’améliorent encore en qualité. Ils ont restitué et produit une trentaine de chants, d’anciennes danses et cérémonie de représentation et conçu 18 nouveaux airs.

Les clubs disposent actuellement chacun d’un lieu de représentation tels que le club Bich Cau, les temples Quan De ou Kim Ngan… d’horaires de représentation réguliers chaque semaine, accueillant aussi bien des habitants locaux que des touristes. 

Parmi les célèbres clubs de ca trù de Hanoï, on peut citer  le club de Hanoï, dont le siège est au temple de Kim Ngân, arrondissement de Hoan Kiêm, le club Thai Ha,  au  27, rue Thuy Khuê, le club Lô Khe, district de Dông Anh, le club Dông Chu, district de Chuong My, le club Ngai Câu, district de Hoai Duc, le club Tranh Thon, district de Phu Xuyên…

Le ca trù, patrimoine musical des Vietnamiens ảnh 4Des touristes se renseignent sur le ca tru à une scène de représentation de ca trù, au temple Quan De, à Hanoï. Photo: VI/VNA

Le club Thai Ha, réputé à Hanoï, compte sept générations de  membres pratiquant et enseignant. Il  se produit régulièrement dans plusieurs lieux de la ville, à des événements culturels spéciaux. Le club est financé par le Fonds Ford et le Département de représentation scénique du ministère de la Culture et du Sport pour enseigner à une trentaine de clubs de plusieurs localités. Plusieurs étrangers venus de Grande-Bretagne, de France, et des Etats-Unis y sont venus pour apprendre le ca trù, et même faire des études ou une thèse sur cet art vocal.

Après la pluie vient le beau temps. Après avoir surmonté des hauts et des bas dans son développement et de mauvais préjugés de la société, l’art de ca tru vietnamien a pu fait son retour  par sa belle identité et ses valeurs humaines indiscutables. Avec sa forte résurgence, fruit des efforts ininterrompus des organes compétents de l’Etat, des organisations internationales et particulièrement des artistes et amoureux de cet art, on espère que cet art vocal folklorique sortira le plus tôt possible de la liste des patrimoines immatériels nécessitant une sauvegarde d’urgence de l’Unesco, se développera de façon durable et continuera d'enrichir le trésor musical du pays. - VI/VNA

Voir plus

Une image faisant la promotion des destinations vietnamiennes sur CNN International fin 2024.

Le Vietnam s’allie à CNN pour promouvoir son tourisme

CNN est un partenaire efficace depuis plusieurs années, contribuant à mettre en valeur la culture, le peuple, la gastronomie et la diversité des expériences locales vietnamiennes lors de forums et d'événements internationaux, ainsi que sur ses plateformes médiatiques.

Le vice-président du Comité populaire municipal de Hue, Tran Huu Thuy Giang (debout), s'exprime à la conférence de presse. Photo : VNA

Festival de Hue 2026 : la musique internationale à l’honneur en juin

La programmmation de la Semaine internationale de la musique de Hue 2026 qui aura lieu du 13 au 18 juin 2026 a été dévoilée lors d’une conférence de presse organisée par le Comité d’organisation du Festival de Hue, relevant du Comité populaire de cette ville du Centre.

La pagode Serey Meang Kol Sa Kor, trésor culturel d’An Giang

La pagode Serey Meang Kol Sa Kor, trésor culturel d’An Giang

Située dans la province d’An Giang, la pagode Serey Meang Kol Sa Kor, également connue sous le nom de Vinh Thanh, se distingue par son impressionnant ensemble de statues bouddhiques et par une architecture fortement empreinte de l’identité culturelle du bouddhisme theravāda khmer.

Ninh Binh séduit les visiteurs avec ses saisons florales patrimoniales

Ninh Binh séduit les visiteurs avec ses saisons florales patrimoniales

La province septentrionale de Ninh Binh séduit les visiteurs non seulement par ses montagnes spectaculaires et ses réseaux de grottes, mais aussi par les magnifiques saisons florales qui éclosent au cœur de ses paysages patrimoniaux. L’association entre la beauté naturelle et des spectacles immersifs transforme l’ancienne capitale impériale en une destination de plus en plus prisée pour le tourisme saisonnier.

Le vice-ministre de la Culture, des Sports et du Tourisme, Phan Tâm (à gauche) et le vice-président exécutif de CNN International Commercial (CNNIC), Phil Nelson, à Hanoi, le 25 mai. Photo : baovanhoa.vn

CNN accompagne le Vietnam pour promouvoir son image à l’international

Le vice-ministre de la Culture, des Sports et du Tourisme, Phan Tâm, a réaffirmé la volonté du ministère de renforcer sa coopération avec CNN afin de partager des histoires uniques sur le Vietnam avec le public international, qu’il s’agisse de sa culture, de sa cuisine, de son peuple ou du parcours du pays vers l’innovation et le développement durable.

Des chefs étoilés Michelin se réuniront à Dà Nang pour le Festival artistique et gastronomique de Dà Nang. Photo : organisateurs

Grande valse de chefs étoilés au Festival artistique et gastronomique de Dà Nang

Placé sous le thème «L’art rencontre la gastronomie», le festival international des arts et de la gastronomie de Dà Nang promet une expérience multisensorielle sur la péninsule de Son Trà, avec des fêtes animées sur la plage, des dîners dignes d’un restaurant étoilé Michelin, des spectacles de cocktails et des concerts.

Des touristes internationaux profitent de promenades en cyclo-pousse dans le vieux quartier de Hanoï. Photo znews.vn

Hanoï parmi les villes les plus colorées du monde

Ville aux toits rouges, aux lacs émeraude, aux ruelles sinueuses du Vieux Quartier et au flot incessant de motos, Hanoï figure parmi les villes les plus colorées du monde, selon une nouvelle étude internationale consacrée aux destinations les plus captivantes sur le plan visuel.

Le programme d’échanges en beaux-arts Vietnam - Thaïlande réunit des peintres des deux pays afin de renforcer l’amitié et la diplomatie culturelle bilatérale. Photo: VNA

Échanges culturels Vietnam-Thaïlande à travers la peinture

À l’occasion du 50e anniversaire des relations diplomatiques entre le Vietnam et la Thaïlande, des artistes des deux pays se sont réunis à Bangkok dans le cadre d’un programme d’échanges en beaux-arts organisé par l’ambassade du Vietnam, illustrant le rôle de la peinture comme vecteur de rapprochement culturel et de coopération bilatérale.

Tirage au sort de l'équipe vietnamienne des moins de 17 ans. Photo : FIFA

Mondial U-17 2026: Les Vietnamiens tirent Mali, Belgique et Nouvelle-Zélande

Avant le tirage au sort, le 21 mai à la Maison du football, à Zurich, de nombreuses prédictions laissaient présager que le Vietnam se retrouverait dans un groupe particulièrement difficile, aux côtés de grandes nations du football comme le Brésil ou la France. Le résultat final semble toutefois plus abordable, même s’il représente encore de sérieux défis pour le sélectionneur Cristiano Ronaldo et sa jeune équipe.

Cérémonie d'ouverture de la Semaine du tourisme de Ninh Binh 2026. Photo: VNA

Ouverture de la Semaine du tourisme de Ninh Binh 2026 : un voyage à travers les patrimoines

Entre rizières dorées et paysages karstiques classés au patrimoine mondial, la province de Ninh Binh a donné le coup d’envoi, le 23 mai, à sa Semaine du tourisme 2026. À travers une série d’événements culturels et artistiques, la localié entend affirmer son statut de destination majeure du tourisme patrimonial, écologique et spirituel au Vietnam.

Les athlètes s'affrontent après la cérémonie d'ouverture. Photo : VNA

Près de 900 athlètes aux Championnats d’Asie de lutte 2026 à Da Nang

Pendant plus de deux semaines, Da Nang devient la capitale asiatique de la lutte en accueillant les Championnats d’Asie de lutte 2026. Réunissant près de 900 athlètes venus de 25 pays et territoires, cette compétition continentale confirme les ambitions du Vietnam sur la scène sportive internationale et le rôle grandissant de Da Nang comme destination des grands événements sportifs en Asie.

Techniques de façonnage exceptionnelles sur les céramiques de Bat Trang, témoignant du talent des artisans. Photo : VNA

Hanoï souhaite transformer ses villages de métiers en écosystèmes verts et créatifs

Hanoï accélère la transformation de ses villages de métiers traditionnels en écosystèmes verts et durables, conciliant préservation du patrimoine artisanal, développement touristique et transition écologique. À travers une stratégie fondée sur l’économie verte, les technologies propres et l’aménagement d’espaces de vie durables, la capitale ambitionne de faire de ces villages des moteurs de croissance et des modèles de développement harmonieux.