La tradition photographique vietnamienne

Situé en banlieue de Hanoï, Lai Xá est connu comme le berceau de la photographie nationale.

Hanoi, 29 décembre (VNA) - Situé en banlieue de Hanoï, Lai Xá est connu comme le berceau de la photographie nationale. En 1892, Nguyên Ðình Khánh, un villageois, a ouvert le premier studio dans la capitale, marquant le début de ce métier au Vietnam.
La tradition photographique vietnamienne ảnh 1Visiteurs au Musée de la photographie dans le village de Lai Xá. CTV/CVN

Modernisation signifie au Vietnam occidentalisation. La modernisation des lettres et des arts a commencé vers les années 1920 sous l’influence croissante de la culture occidentale sur la culture traditionnelle après l’implantation solide de la colonisation française.

En outre, le besoin de renouvellement s’est fait sentir, d’où la naissance du roman moderne avec Tô Tâm publié en 1925 de Hoàng Ngoc Phách (1896-1973), du mouvement de la Poésie Nouvelle ou "Tho Moi" et de la chanson moderne dans les années 1930, du Théâtre parlé (kich) au lendemain de la Première Guerre mondiale, de la peinture moderne avec la création de l’École des beaux-arts de l’Indochine en 1925…

La photographie servait le mouvement patriotique


Cependant, la photographie avait fait son apparition un demi-siècle plus tôt avec l’ouverture en 1869 à Hanoï, rue Ngo Gach (rue des Briques), d’un studio-boutique. Son propriétaire, le mandarin lettré réformateur Ðang Huy Tru (1825-1874), avait appris le métier au cours d’une mission d’étude en Chine. En 1873, les Français ayant occupé Hanoï, il abandonna son studio pour rejoindre la Résistance dans la haute région.

En 1892, à l’époque coloniale, Nguyên Ðình Khánh, dit Khánh Ký (1874-1946), a ouvert un studio-photo à Hanoï, rue Hàng Da (rue des Cuirs), qui devait marquer l’histoire de la photographie vietnamienne.

Il est curieux de remarquer qu’à ses débuts, la photographie nationale avait servi le mouvement patriotique vietnamien. Le photographe Khánh avait contribué aux activités du Ðông Kinh Nghia Thuc (École libre de la Capitale de l’Est), pépinière des militants anticolonialistes dirigée par des lettrés patriotes.

La tradition photographique vietnamienne ảnh 2Le village de Lai Xá est connu comme le berceau de la photographie nationale. Photo : CTV/CVN

Se sentant menacé par la police, Khánh a demandé à aller en France sous prétexte d’y approfondir son métier. Il a réussi professionnellement à Paris. Une de ses photos du président Raymond Poincaré a été reproduite sur la première couverture de la prestigieuse revue Illustration.

Khánh n’a pas manqué de soutenir financièrement le combat politique mené par les ressortissants vietnamiens, dont des figures de proue telles que Phan Châu Trinh, Phan Van Truong et Nguyên Ái Quôc, le futur Hô Chi Minh. Il a enseigné à Trinh et Quôc la photographie pour leur permettre de gagner leur vie tout en menant leurs activités révolutionnaires. Cette technique ne disposait pas alors de moyens perfectionnés et les travaux d’agrandissement et de retouche convenaient parfaitement à nos lettrés habitués à la calligraphie chinoise.

Choc culturel et piété filiale


Il va sans dire que l’introduction de la photographie occidentale au Vietnam a produit un choc culturel. Pour amortir ce dernier et plaider en faveur de la nouveauté, Ðang Huy Tru a invoqué la notion sacrée du hiêu (piété filiale), pierre angulaire de la morale traditionnelle fortement confucianisée : "De tout temps, on ne peut ressusciter la chair et les os. En correspondance avec le cœur, la photo peut faire revivre l’âme. Au-delà de la mort et de la disparition, l’enfant pieux ne se résigne pas à laisser ses parents tomber dans l’oubli… Jadis Vuong Kiên s’était dépensé en vain sans pouvoir faire jaillir dans le rêve les traits de son père et de sa mère… (À l’heure actuelle), pour que 100 ans après la mort des parents, leur image reste toujours présente et qu’on puisse témoigner sa piété filiale, le moyen unique est la photo" (1869).

En faveur de la piété filiale et du sentiment familial, la photographie vietnamienne, dès sa naissance, était axée sur le portrait, placé après la mort de l’intéressé sur l’autel des ancêtres. Pour de telles photos, les ouvriers photographes de Lai Xá, formés par Nguyên Ðình Khánh, leur co-villageois, ont adopté un style conventionnel inspiré sans doute par les anciens portraits dessinés sur soie, à l’encre de Chine. La personne photographiée doit être assise, vue de face, les deux mains avec leurs dix doigts posés sur les genoux. On doit voir nettement les yeux et les oreilles.

Le phénomène Lai Xá
La tradition photographique vietnamienne ảnh 3Le village de Lai Xá est surnommé "Village traditionnel de la photographie. Photo : CTV/CVN


Parlant des temps héroïques de la photographie vietnamienne, on ne saurait passer sous silence le "phénomène Lai Xá".

Lai Xá, à 15 km de Hanoï, est surnommé "Village traditionnel de la photographie". Partant de cet endroit, Nguyên Ðình Khánh a contribué à faire prospérer la photographie commerciale durant la période 1892-1945 dans tout le pays. Les villageois, ses élèves, ont ouvert 150 studios ou travaillé comme ouvriers photographes (2.000) dans tous les coins du Vietnam et même en France, en Allemagne, en Chine, au Laos et au Cambodge.

L’âge d’or de Lai Xá a pris fin avec les bouleversements économiques et sociaux causés par la Révolution de 1945 et les deux guerres de résistance (1945-1975). Un grand nombre de ses photographes se sont distingués par leurs services rendus au pays, dans les organismes civils ou dans l’armée (surtout comme reporters de guerre). La photographie commerciale dépérissait dans les conditions de guerre. Plus d’un photographe de Lai Xá a dû abandonner son métier pour vivre de moyens fortuits.

Le regain n’a eu lieu que depuis l’adoption de la politique de Ðôi moi (Renouveau) en 1986, grâce à une amélioration sensible des conditions de vie. Les photographes de Lai Xá ont rouvert ou ouvert partout des studios, ou trouvent de nouveau des emplois. Le métier se ranime au village. Une dizaine de jeunes villageois vont chaque jour à Hanoï comme photographes ambulants au service des touristes visitant les sites.

Pas mal de paysans pratiquent la photo comme ressource d’appoint. J’ai rencontré trois jeunes femmes, très dégourdies, prêtes à laisser de côté leurs travaux champêtres pendant un certain temps si quelqu’un de la région leur demande d’aller prendre des photos (titre d’identité, mariage, fête populaire). C’est que pour le budget familial, la photo rapporte quatre fois plus que la culture du riz.

Lai Xá a créé un club de photographes qui a ouvert deux classes de formation et de perfectionnement professionnels. Cette agglomération rurale a fait l’objet d’une étude faite par Hoàng Kim Ðáng (Lai Xá, làng nhiêp anh - 2006). Dans cet article, nous ne traitons pas encore de la photographie d’art et de la photographie médiatique qui ont pris un grand essor à partir des années 1930. - CVN/VNA
 

Voir plus

Des touristes assistent à une démonstration de calligraphie lors d'une visite nocturne du Temple de la Littérature à Hanoï. Photo : VNA

Transformer le patrimoine en moteur des industries culturelles

Avec son immense patrimoine culturel, le Vietnam dispose d’un capital précieux dont peu de pays peuvent se prévaloir. Dans un contexte d’intégration et de concurrence mondiales, transformer ce patrimoine en données, en savoirs numériques, en propriété intellectuelle et en produits des industries culturelles est devenu une nécessité afin de renforcer le soft power national et de créer un nouveau moteur de développement.

Les candidates à Miss Grand Vietnam 2026 défilent lors de la soirée de demi-finale. Photos : Organisateurs de Miss Grand Vietnam

Les plus jolies candidates à Miss Grand Vietnam 2026 montent en scène

La demi-finale de Miss Grand Vietnam 2026 s’est déroulé le 28 juillet à Hô Chi Minh-Ville. Les téléspectateurs ont pu découvrir les 30 meilleures prétendantes à la prestigieuse couronne défiler en maillot de bain, en robe de soirée et costume traditionnel. Retour sur une soirée qui s’est achevée en beauté.

Trois statues de Bouddha en céramique au corps d'oiseau seront présentées à l’exposition. Photo : Sun World Ba Den Mountain

Les céramiques spirituelles font vibrer le mont Bà Den à Tây Ninh

Une exposition de céramique, Sutras de céramique - Le son du monde, se tiendra du 8 août au 6 septembre, présentant plus de 400 sculptures en céramique sur le thème bouddhiste de l'artiste Nguyên Tuân, connu sous le nom de Tuân Gôm, et d'artisans du village de poterie de Phu Lang dans la province septentrionale de Bac Ninh.

Des artistes du Théâtre d’Opéra Giuseppe Verdi de Trieste présentent le chef-d’œuvre « La Traviata » au Théâtre Ho Guom à Hanoï. Photo: VNA

« La Traviata » fait vibrer Hanoï dans une collaboration artistique Vietnam-Italie

Créée en 1853 au Théâtre La Fenice à Venise, « La Traviata » a été composée d’après la pièce « La Dame aux camélias » d’Alexandre Dumas fils. Plus de 170 ans après sa création, l’œuvre occupe toujours une place particulière dans l’histoire de la musique et demeure régulièrement jouée sur les plus grandes scènes internationales.

Un spectacle artistique présenté à la clôture du 8e Festival des enfants Vietnam - Laos - Cambodge. Photo : VNA

Clôture du 8e Festival des enfants Vietnam - Laos - Cambodge

Le 8e Festival des enfants Vietnam-Laos-Cambodge, placé sous le thème "Cercle d’amis", déroulé à Hô Chi Minh-Ville qui vient d'être achevé  a contribué à renforcer les échanges, à consolider la solidarité et l’amitié entre les enfants des trois pays.

Le thé au lotus de Quang An, joyau raffiné du patrimoine hanoïen

Le thé au lotus de Quang An, joyau raffiné du patrimoine hanoïen

Réputé comme le « plus noble des thés », le thé au lotus de Quang An, dans le quartier de Tay Ho, représente l’une des expressions les plus raffinées du patrimoine gastronomique de Hanoï. Fruit d’un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération, ce produit d’exception révèle toute la richesse de la culture culinaire de la capitale et perpétue une tradition précieuse intimement liée au lac de l’Ouest.

Photo: VNA

Le Vietnam ambitionne de créer sa première « ville de la photographie » d'ici 2027

Le Vietnam souhaite ajouter un nouveau titre à sa liste croissante de villes créatives de l'UNESCO en créant sa première « ville de la photographie » dès 2027. Cette initiative fait suite au succès de quatre villes vietnamiennes déjà reconnues par le Réseau des villes créatives de l'UNESCO : Hanoï pour le design, Hoi An pour l'artisanat et les arts populaires, Da Lat pour la musique et Hô Chi Minh-Ville pour le cinéma.

Hanoï parmi les dix meilleures villes du monde pour la cuisine de rue. Photo : VNA

Hanoï parmi les dix meilleures villes du monde pour la cuisine de rue

Hanoï se classe au huitième rang des dix meilleures villes du monde pour la cuisine de rue, selon une étude publiée par Radical Storage, une plateforme de consigne à bagages en ligne spécialisée dans les technologies du voyage. Ce classement confirme l'attrait croissant de la capitale vietnamienne comme destination gastronomique auprès des visiteurs internationaux.

Situé dans la commune de Thu Bon, à Da Nang, le sanctuaire de My Son est réputé pour son architecture monumentale. Photo: VNA

My Son prépare l'inscription de son trésor épigraphique au Registre de la Mémoire du monde de l'UNESCO

Déjà inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, le sanctuaire de My Son ambitionne désormais de faire reconnaître son exceptionnel corpus d'inscriptions anciennes au Registre de la Mémoire du monde pour l'Asie et le Pacifique. Soutenu par une coopération scientifique internationale, ce projet vise à préserver et à valoriser un patrimoine documentaire unique retraçant près de neuf siècles d'histoire du royaume du Champa.

En adaptant ses créations en brocart aux tendances contemporaines, le village de tissage de My Nghiêp innove pour offrir de nouvelles perspectives au patrimoine culturel Chăm. Photo: VNA

Résolution 06-NQ/TW : le Vietnam entend renforcer son soft power par la diplomatie culturelle

La mise en œuvre de la Résolution 06-NQ/TW du Bureau politique et de la Stratégie de diplomatie culturelle à l’horizon 2030, avec une vision jusqu’en 2045, marque une nouvelle étape dans la politique extérieure du Vietnam. Le pays ambitionne de faire de sa culture, de son patrimoine et de l’innovation des leviers essentiels pour accroître son influence internationale et soutenir son développement durable.

Le festival touristique de l'ao dài de Hanoï 2025, placé sous le thème "ao dài de Hanoï - Éclat du patrimoine", du 7 au 9 novembre 2025 au Musée de Hanoi. Photo: VNA

La résolution du Politburo revitalise les espaces urbains grâce aux ressources culturelles

Hanoi a récemment lancé une série d’initiatives pour concrétiser sa vision de devenir une capitale « civilisée, distinctive et créative », où la culture et l’innovation sont des moteurs de croissance essentiels. Parmi les plus remarquables figurent le programme de développement des infrastructures créatives et le concours de design d’espaces créatifs 2026.