La résistance aux antibiotiques, un problème de santé majeur

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le Vietnam est l'un des pays ayant le taux de résistance aux antibiotiques le plus élevé au monde.
La résistance aux antibiotiques, un problème de santé majeur ảnh 1 L’utilisation irraisonnée d’antibiotiques est la cause principale de la résistance aux médicaments. Photo : CVN

Hanoï (VNA) - Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le Vietnam est l'un des pays ayant le taux de résistance aux antibiotiques le plus élevé au monde. De nombreuses causes ont entraîné cette situation notamment l'habitude d'utiliser des antibiotiques sans ordonnance.

L'augmentation de la résistance aux antibiotiques signifie qu'à l'avenir il n'y aura pas de remède. Récemment, le Département des urgences - Réanimation intensive – Antipoison de l’Hôpital des maladies tropicales de Hô Chi Minh-Ville a traité le patient N.N.C (56 ans, de la province de Binh Thuân) empoisonné par des champignons. Avant son hospitalisation, le patient avait de la fièvre et de la diarrhée. Il a utilisé des médicaments traditionnels, mais sa santé ne s'est pas du tout améliorée.

Le docteur Du Thi Thanh Xuân a déclaré que ce patient était atteint du syndrome de Cushing. Malgré son traitement à base d’antibiotiques, son état s’est gravement dégradé. Alors, on lui a administré des antibiotiques plus puissants, de type Carbapénem, Ceptaxidime et Caspofulgin pendant 25 jours. "Actuellement, le patient  guérit progressivement", a déclaré le Dr Du Lê Thanh Xuân.

Ce n'est pas le seul cas enregistré par ce Département. Selon le Dr Du Lê Thanh Xuân, parmi 10 cas de maladie grave liés à la septicémie et au choc septique, le taux de résistance aux antibiotiques atteint 50%.

Pour les médecins, le problème le plus difficile est de ne pas savoir quels médicaments les patients ont utilisés auparavant et à quelles doses. "Les patients ont bien confirmé l’usage de médicaments mais sans savoir leur nom car ils les ont achetés eux-mêmes sans ordonnance", explique Nguyên Thanh Truong, vice-directeur de l'hôpital des maladies tropicales de Hô Chi Minh-Ville.

Selon lui, le taux de résistance aux médicaments dans son hôpital est actuellement de 30-40%. On y compte 150 cas de bactéries résistantes chaque année et ce nombre est en augmentation. De début à fin novembre 2020, l'hôpital a enregistré 147 échantillons sur 1700 testés positifs aux bactéries multi-résistantes, soit 8,7%.

Les bactéries super-résistantes sont de type Acinetobacter, Pseudomonas, E. coli. Elles résistent à la nouvelle génération d'antibiotiques de la famille des Carbapénème.

Selon M.Trân Quyêt Tiên, vice-directeur de l'hôpital Cho Rây, le taux de multi-résistance aux médicaments dans cet hôpital est plus de 60%. Cela rend les traitements plus difficiles, plus longs et plus coûteux et affecte  le rétablissement des patients.

Comment éradiquer l'utilisation d'antibiotiques sans avis médical ?

Selon le Dr Nguyên Van Vinh Châu, président de l'Association des maladies infectieuses de Hô Chi Minh Ville,   l'achat, la vente et l'utilisation de médicaments sans ordonnance est la raison principale de ce phénomène. Les recherches montrent qu'environ 88% des Vietnamiens achètent régulièrement des antibiotiques dans les pharmacies et les utilisent sans ordonnance.

Par ailleurs, certains médecins prescrivent des médicaments de manière inappropriée, en particulier dans les cliniques privées et certains hôpitaux publics.

À noter que selon le Dr Nguyên Van Hao, du département des urgences - soins Intensifs – anti-toxicité de l’Hôpital des maladies tropicales, l'environnement hospitalier est aussi l'endroit idéal pour que les bactéries résistantes se propagent, en particulier dans les unités de réanimation d'urgence. Les bactéries se propagent entre patients et provoquent des multi-résistances aux médicaments.

De plus, l'incapacité à contrôler les antibiotiques utilisés en agriculture est également à l'origine de l'augmentation de la résistance aux médicaments. La prof. agrégée Ngô Thi Hoa, de l’annexe de recherche clinique de l'Université d'Oxford à Hô Chi Minh-Ville, et ses collègues ont mené une étude sur l'utilisation des antibiotiques dans des élevages de poulets du delta du Mékong.

Leurs études ont montré que sur 204 élevages, 40 utilisaient des antibiotiques Colistin. L'examen microbiologique d'échantillons de fumier de poulet a également montré qu'environ 40% des échantillons contenaient des bactéries résistantes à la colistine. Par ailleurs, 33% des éleveurs  sont   porteurs de bactéries résistantes à la colistine.

Ils peuvent avoir été infectés par des bactéries résistantes aux médicaments lors d'un contact direct avec les poulets. En outre, les consommateurs de viande et d’œufs ont également un certain taux de bactéries résistantes à la colistine, de 9 à 17%. Les experts ont prévenu qu'à l'avenir, les malades pourraient être confrontés à la possibilité de ne pas avoir de médicaments pour un traitement efficace des maladies infectieuses.

Aussi est-il urgent de trouver une solution convenable pour ralentir le processus actuel de résistance aux médicaments. "On prévoit que d'ici 2050, 10 millions de personnes dans le monde mourront chaque année à cause de la résistance aux médicaments", s’est inquiété le Dr Nguyên Van Vinh Châu.-CVN/VNA

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